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    Impression du texte

    Sophocle

    Poète tragique grec.

    "Sophocle naquit probablement en 495 avant J.-C. Son père se nommait Sophilos; c’était un forgeron du dême de Colone, selon Aristoxène; il paraît avoir été assez riche pour donner à son fils une éducation distinguée, ce qui, du reste, n’était point difficile dans un état démocratique. Sophocle suivit les leçons du musicien Lampros. À quinze ans, après la victoire de Salamine, il conduisit le chœur qui chanta le péan devant le trophée funéraire; il était nu, c’est-à-dire vêtu du seul chitôn, et, les cheveux parfumés d’huile selon la coutume antique, il chanta une lyre à la main. Ce fut en 468, à l’âge de vingt-sept ans, qu’il obtint pour la première fois un chœur; le prix lui était disputé par Eschyle, qui avait à cette époque cinquante-sept ans : l’archonte éponyme Aphépsion remit à Cimon et à ses neufs collègues le soin de juger du mérite des concurrents; les juges donnèrent la victoire à Sophocle; il est probable que la pièce couronnée était le Triptolème. Sophocle remporta dans sa carrière dramatique vingt fois le prix; dans les autres concours il obtint toujours le second rang : ce fait nous montre quelle fécondité de grandes œuvres théâtrales régnait alors dans Athènes. L’Antigone, qui remporta le prix en l’année 440, fit nommer le poète stratège l’année suivante; c’est en cette qualité que, collègue de Périclès, il dirigea avec lui l’expédition contre l’aristocratie de Samos, alliée des Perses. À Samos, Sophocle fit la connaissance d’Hérodote, qui avait alors quarante-cinq ans; il en avait lui-même cinquante-six. Tout le reste de la carrière du poète fut consacré à l’art dramatique : depuis l’année 468 jusqu’en 406 où il mourut, il composa cent-vingt-trois pièces dont vingt ou vingt-deux étaient des drames satyriques. Le scholiaste raconte qu’avant de mourir, il eut à soutenir un procès contre un de ses fils. Sophocle en effet s’était marié deux fois : sa première femme était une Athénienne nommée Nicostraté, dont il avait eu Iophon; la seconde était une Sicyonienne nommée Théoris, pour laquelle il eut un grand amour et qui lui donna un autre fils, Ariston, père de Sophocle le jeune. Il se peut que le vieillard ait voulu laisser à ceux-ci une part plus grande de son héritage. Iophon le traduisit devant sa phratrie, sorte de conseil de famille, comme un homme tombé dans l’enfance. On dit que le poète se contenta pour toute défense de lire son fameux chœur sur Colone, et que la plainte fut écartée. Du reste il était d’un caractère doux, affable et aimé de tout le monde; plein de patriotisme, il ne voulut jamais quitter son pays natal; et comme il avait chanté sa gloire au commencement de sa carrière, c’est elle encore qu’il célébra dans sa tragédie d’Œdipe à Colone, qui fut la dernière. Il fut, dit-on, enterré à Décélie, pendant que ce dême était occupé par les Lacédémoniens.

    La génération qui sépare Eschyle de Sophocle suffit pour opérer de grands changements dans l’esprit, la langue et la composition des tragédies. (…) il faut observer que la génération à laquelle appartiennent Sophocle, Périclès, Phidias et tant d’autres hommes distingués dont l’histoire cite les noms, fut une génération politique, réfléchie, déjà savante, regardant moins le passé que l’avenir, ayant conscience de son rôle et pesant la valeur morale de ses actions et de ses paroles, avant de parler et d’agir. Les grandes luttes nationales contre l’Asie occupaient toute l’âme des soldats de Marathon et de Salamine et ils pensaient beaucoup avec leurs souvenirs : un reste d’héroïsme vivait en eux. La génération suivante est dans de nouvelles conditions : on répare les ruines, ou pour mieux dire on reconstruit à neuf les monuments, les États, les constitutions et les hommes. Les écrivains ne sont plus des hommes de haute imagination, amoureux des grands tableaux de la mythologie ou de la réalité. Une raison plus mûre domine dans leurs ouvrages et soumet toutes les créations de l’esprit aux règles les plus sévères de l’eurythmie, des proportions et du bon sens. Dans les créations de Sophocle, rien de heurté, d’anguleux ou d’extravagant; sous les dehors les plus naturels et sous les formes les plus humaines, se cachent les analyses du cœur humain les plus justes et souvent les plus profondes; ce n’est plus simplement un poète aux grandes images qui a la parole, c’est un philosophe, un psychologue et un moraliste; c’est à mettre aux prises les sentiments naturels, nés des situations, que les faits de la tradition lui servent, et non à montrer aux yeux un grand ou effrayant tableau des temps fabuleux. Bacchus et le dithyrambe ne sont plus rien dans Sophocle; ces formes rudimentaires, qui ont encore laissé quelques traces dans Eschyle, ont entièrement disparu. Le drame est la seule préoccupation du poète, et pour lui le drame est le développement d’un conflit engendré par les sentiments nés des situations, sentiments qui, dans leur marche, font naître à leur tour des situations nouvelles, des péripéties et des dénouements. Le destin n’est plus le grand moteur du drame : la personne humaine, avec ses idées, ses sentiments, sa moralité et son autonomie, est ici la source presque unique de l’action. Il y a telle pièce de Sophocle qui roule tout entière sur la lutte de la conscience morale contre la destinée, et qui se termine par la victoire de l’homme juste et par l’affirmation de son immortalité. Ainsi, analyse de la pensée, sentiment de la moralité humaine, affirmation de la valeur personnelle de l’homme, voilà les caractères dominants du drame sophocléen. Il faut opposer le chœur d’Eschyle dans le Prométhée (…), avec celui de l’Antigone de Sophocle (…) : et l’on mesurera la distance qui sépare les deux poètes; voici ces chœurs :

    Str. 2
    De tes bienfaits vois le salaire, ô mon ami;
    dis-le moi, quel appui, quel secours
    te vient-il de ces êtres d’un jour?
    Ne connaissais-tu pas
    l’impuissance
    vaine, pareille à un rêve, où des humains
    l’aveugle race est enchaînée?
    Jamais les volontés des hommes ne peuvent
    s’écarter de l’ordre établi par Jupiter Esch., Prom., 558
    C’est la même pensée qu’exprimait Pindare dans sa huitième Pythique (…). Voici au contraire les paroles de Sophocle :

    Str. 1

    Il est bien des merveilles, et rien
    n’est plus merveilleux que l’homme.
    C’est un être qui à travers la mer blanchissante
    marche au souffle de la tempête,
    fendant la vague qui mugit autour de lui.

    La première des déesses, la terre
    Incorruptible, infatigable, il la creuse
    et la retourne avec la charrue d’année en année,
    la labourant par la force des chevaux.

    Ant. 1

    Et la race des oiseaux à l’esprit léger,
    il l’enveloppe et la saisit;
    et les troupes des bêtes sauvages,
    et celles qui habitent les eaux de la mer,
    il les enlace dans les replis de ses filets,
    l’homme plein d’intelligence.

    Il prend dans ses pièges la bête
    qui erre sur la montagne; il amène
    sous le joug deux fois recourbé le cheval au col chevelu
    et le taureau indompté

    Str. 2

    La parole, la pensée qui vole,
    et les besoins d’où naissent les
    lois des cités, il les a étudiés. Il sait
    s’abriter contre la froidure du ciel serein,
    échapper aux coups de la pluie.
    Il pourvoit à tout;
    jamais l’avenir ne le prend
    au dépourvu. À Pluton seul
    il ne peut échapper :
    car, pour les maladies sans espoir
    il a des remèdes.

    Ant. 2

    Habile et industrieux
    au delà de toute croyance,
    il va tantôt au mal, tantôt au bien.
    Quand il suit les lois de la nature
    et la justice qui jure au nom des dieux,
    la cité grandit;
    plus de cité pour qui se livre
    au mal et à l’audace du crime.
    Qu’à mon foyer jamais
    il ne s’asseoie et n’ait mon amitié, celui
    qui fait ainsi.

    D’une part le sentiment de l’impuissance de l’homme devant la loi du destin, de l’autre la glorification de l’intelligence, de l’industrie et de la moralité humaines.

    La langue grecque a revêtu dans Sophocle tous les caractères de l’esprit du temps; elle est moins remplie d’images que celle d’Eschyle, et n’a pas besoin, pour exprimer les idées, de créer des mots nouveaux, dont chacun forme à lui seul un tableau. Les idées étant plus philosophiques et plus humaines que celles de la génération précédente, les poètes du temps de Périclès n’emploient pour ainsi dire que les termes de la langue usuelle, sans les détourner de leur vrai sens, leur donnant seulement une acception plus précise et en quelque sorte plus scientifique qu’on ne l’avait fait auparavant. On a remarqué avec raison que les mots dans Sophocle sont pris souvent dans leur sens étymologique, qui après tout est le vrai sens. Il en résulte que si l’on veut comprendre toute la portée des paroles du poètes, il faut remonter à cette signification et ne pas s’en tenir aux sens détournés ou dérivés que les mots ont eus plus tard ou qu’ils avaient mêm déjà dans le peuple à cette époque. C’est faute d’user, quand il le faut, de ce procédé analytique, qu’on rencontre quelquefois dans Sophocle des obscurités; quand on en use à propos, les obscurités disparaissent.

    Sophocle est un des poètes dramatiques qui a le plus habilement usé de l’ironie scénique : cette figure de langage consiste à mettre dans la bouche d’un personnage des expressions à double portée, s’appliquant à sa situation présente, telle qu’il croit qu’elle est, et à sa situation véritable, telle que le spectateur la connaît ou telle que la révélera la marche des événements. Cette manière de parler se remarque par exemple très souvent dans l’Œdipe-roi, dans les paroles de Tirésias, dans celles d’Œdipe lui-même et de plusieurs autres personnages. Elle est très rare dans Eschyle. Cette ironie dramatique est étroitement liée avec un élément nouveau qui à cette époque s’introduisit dans le drame, avec l’intrigue. Celle-ci, qui est très différente de l’action, vient de l’inconnu qui plane sur une situation et le plus souvent d’une cause imprévue et fortuite, qui vient se mêler aux événements et les compliquer. L’intrigue est presque nulle dans les anciens drames, quoique l’action y soit très puissante : elle existe au contraire dans l’Œdipe-roi, dans l’Antigone, et ailleurs; il arrive même que si elle manque, l’auteur la crée au moyen d’un événement fictif, tel que la mort simulée d’Oreste dans son Électre. Mais il ne lui a jamais donné une importance telle qu’elle pût se substituer à l’action véritable et la faire disparaître, comme on l’a souvent fait dans les temps modernes. C’est un des mérites de Sophocle d’avoir su manier cet instrument dangereux et en tirer avec une juste réserve des effets nouveaux, que l’action dramatique n’eût pas produits.

    Du reste, toutes les tragédies de Sophocle ne sont pas également parfaites. Quoique nous ne puissions porter un jugement certain sur ses progrès dans l’art dramatique durant sa longue carrière, puisque, des sept pièces qui nous restent, la plus ancienne est de 440, il y a entre celle-ci et l’Œdipe à Colone, qui est la dernière, une différence de valeur assez notable. Il est à peu près hors de doute que ses premières œuvres étaient encore dans le genre de celles d’Eschyle, et qu’il contribua beaucoup à perfectionner la tragédie dans tous ses éléments. Par ce travail continu, que rendaient plus fructueux les exemples de ses concurrents, il éleva l’art dramatique au point le plus haut où il soit jamais parvenu; car l’Œdipe à Colonne peut être considéré comme le canon ou le type de la tragédie parfaite."

    Émile Burnouf, Histoire de la littérature grecque. Tome premier. Paris, C. Delagrave, 1869, p. 367-374

    Oeuvres


    Traduction française:

    Oedipe-Roi (formats PDF et RTF) (Ministère des Affaires étrangères, Fr., Petite Bibliothèque portative)

    Philoctète: tragédie traduite du grec de Sophocle en trois actes et en vers par M. [Jean-François]de La Harpe. Paris, M. Lambert et F. J. Baudoin, 1781, 88 p. (BNF, Gallica – mode image, format PDF)
    Philoktètès: tragédie. Traduit du grec et mis à la scène par Pierre Quillard. Paris, E. Fasquelle, 1896, 86 p. (BNF, Gallica – mode image, format PDF)

    Tragédie de Sophocles intitulée Electra, contenant la vengeance de l'inhumaine et trèspiteuse mort d'Agamennon, roy de Mycènes la grand, faicte par sa femme Clytemnestra et son adultère Egistus. Ladicte tragédie traduicte du grec dudit Sophocles en rythme françoye, ligne pour ligne et vers pour vers... Paris, imprimée pour E. Roffet, 1537, 89 p. (traduit par Lazare de Baïf dont le nom est donné dans un acrostiche au 3e feuillet) (BNF, Gallica – mode image, format PDF)
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Informations
    Données biographiques
    Nationalité
    Grèce
    Naissance
    496 avant J.-C., Colone
    Déces
    406 avant J.-C.

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