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    Sexe

    Définition

    N.B. Dossier en révision.

    Selon Littré: «Différence constitutive du mâle et de la femelle dans les animaux et les plantes. Le sexe mâle, le sexe femelle. Beaucoup de plantes réunissent les deux sexes dans leurs fleurs. » Le mot vient du latin sexus, de la famille de secare (couper) dont la racine sec- indique la division : sec-tion, seg-ment. Grammaticalement, le mot sexus doit toujours s'accompagner soit de virilis (masculin), soit de muliebris (féminin). «Pendant l'époque des Lumières, précise Ivan Illich, alors que l' " humain " prend forme en tant qu'idéal, la langue française restreint ce terme aux femmes. L'Encyclopédie de Diderot lui accorde dix lignes : " Le sexe absolument parlant, ou plutôt le beau sexe, est l'épithète qu'on donne aux femmes... les plus chères délices du citoyen paisible... [dont] l'heureuse fécondité perpétue les amours et les grâces... " C'est seulement au cours du dernier quart du XIXe siècle que le terme en vient à revêtir un sens commun pour l'homme et la femme, tout en impliquant des différences morphologiques et psychologiques. Mais, pour l'un et l'autre, il désigne une sorte de système de canalisation d'une énergie non-genrée que Freud va appeler " libido".»1

    Illich, dont nous retenons la définition pour cette raison, fait une distinction entre le genre et le sexe. «le premier est la polarisation de caractères communs, le second, une dualité complémentaire. Genre et sexe sont l'un et l'autre des réalités sociales n'ayant qu'un mince rapport avec l'anatomie.»À propos des Guayaki, chez qui il a vécu, l’ethnologue Pierre Clastres raconte que chez eux le domaine des femmes s’organise autour du panier, tandis que celui de l’homme tourne autour de l’arc. «Quand une femme touche à l’arc d’un chasseur, il perd sa virilité. Son arc ne lui sert plus, il perd sa puissance sexuelle, il est exclu de la chasse; ou bien il dépérit et meurt, ou bien il poursuit son existence derrière les huttes des femmes, recueillant sa nourriture dans un panier de rebut.»2

    Il y a, précise Clastres, des populations où la différence est encore plus marquée. Avec une multitude de preuves à l’appui, Ivan Illich soutient qu’une polarisation semblable existait à des degrés divers dans toutes les sociétés traditionnelles. Partout, note-t-il, il y avait des outils pour les hommes et des outils pour les femmes. Quand il s’intéresse aux hommes et aux femmes sous cet angle, Illich emploie le mot genre, nouveau en ce sens, de préférence au mot sexe : «Le genre est quelque chose d’autre, et quelque chose de plus que le sexe, il traduit une polarité sociale en soi fondamentale, et distincte entre deux lieux, entre deux moments. Ce qui se fait et ne se fait pas diffère d’une vallée à l’autre, de même que les façons de faire et de dire.» 3 D’où le titre qu’Illich a donné à l'ouvrage consacré à ces questions: Le genre vernaculaire. Du temps où le latin était la langue de l’Église et celle de la culture savante, on appelait vernaculaires les langues locales. La polarisation selon le genre est encore manifeste dans certaines parties du monde occidental. «Alors qu'en Amérique du Nord, et même au Québec, le genre a été effacé des outils, il survit encore en maints terroirs d'Europe, mais de façon inégale. Ici, les hommes manient la faux, et les femmes la faucille. Là, tous deux la manient, mais elle diffère selon le genre. En Syrie, par exemple, la faucille des hommes est aiguisée, car elle sert à couper, tandis que celle des femmes a une lame dentelée et plus courbe, pour rassembler les tiges. Le grand inventaire du travail paysan de Wiegelman 70 relève des centaines d'exemples semblables dans une extraordinaire variété de lieux. Dans certaines vallées des Alpes, les deux genres emploient la faux, mais la femme coupe le foin tandis que l'homme coupe le seigle. Ici, elle est seule à toucher aux couteaux de cuisine, là les deux genres coupent le pain, mais l'un le tranche tandis que l'autre le taille en ramenant la lame vers sa poitrine. Presque partout les hommes ensemencent. Mais dans une région du Danube supérieur, ce sont les femmes qui hersent et sèment - cet endroit fait exception car les hommes n'y touchent pas aux semences.»4

    1-Ivan Illich, Le genre vernaculaire, Editions du Seuil, Paris 1983, p. 137.
    2-Ibid., p 57.
    3-Ibid., p. 46
    4-Ibid., p.59

    Enjeux

    Du genre vernaculaire au sexe économique

    Aux yeux d'Illich, le genre est à la société traditionnelle, caractérisée par l'économie invisible, ce que le sexe est à la société industrielle, caractérisée par l'écononomie visible, institutionnalisée. Quand il emploie le mot économie en l'opposant au mot vernaculaire, c'est à l'économie institutionnalisée qu'il pense. «Le sexe moderne ignore le genre (...)Et la formation de la sexualité hors-genre est une des conditions nécessaires pour l'apparition d'Homo oeconomicus1 Ce qui revient à dire que l'un des signes à quoi l'on reconnaît le passage d'une société à l'ère industrielle c'est la substitution de l'unisexe à la dualité. Vêtements et outils perdent leur genre: hommes et femmes conduisent les mêmes voitures et tapent sur les mêmes claviers d'ordinateurs. Si l'on convenait d'utiliser le mot érotisme pour désigner l'ensemble constitué du sexe et du genre, on pourrait dire que l'êre industrielle est caractérisée par un sexe hors-genre. On peut voir là l'une des causes principales de de la difficulté actuelle des rapports homme-femme.

    Le sexe séparé du genre est analogue à l’appétit dissocié des rites de la table. Il fragilise le rapport avec l’autre comme l’appétit réduit à lui-même est désemparé au point de provoquer tantôt l’anorexie tantôt l’obésité.

    Illich reproche aux écologistes de ne pas avoir compris que le genre constitue ce qu'on appelle aujourd'hui un capital naturel (de type social) aussi précieux que l'humus, l'air ou l'eau. «Le sexe économique individualisé est tout ce qui reste du genre social dans le pseudo-genre de l'humain contemporain sexué. Le genre ne peut s'épanouir dans un environnement structuré par l'économie. Et cependant, la spoliation d'un environnement social approprié au genre vernaculaire demeure ignorée des écologistes.» 2

    Un lien s'impose ici avec un moment crucial de l'histoire du vêtement. Les sexes s'habillaient jadis pour se plaire; on peut penser que le costume masculin composé — jusqu'à l'apparition du pantalon au XIXe siècle — de chausses moulant les jambes et de justaucorps aux épaules très soulignées, exerçait une séduction certaine? D'une manière générale, l'homme avec ses habits colorés ne se conformait-il pas à l'ordre naturel en imitant l'oiseau mâle aux plumes éclatantes?

    Selon Yvonne Deslandres 3, c'est l'homme qui a le premier rompu le pacte social de séduction par l'habillement lorsqu'il a abandonné la couleur et l'originalité de la coupe. D'où l'accusation qu'elle porte contre l'Angleterre et son grey flannel suit qui s'est répandu dans tout l'Occident pour devenir l'uniforme de l'homme d'affaires contemporain.

    Ce grey flannel suit, étape vers le vêtement unisexe, apparaît au moment où la fumée noirâtre qui s'élève des maisons et des usines anglaises depose sa couleur et sa toxicité sur des villes et des régions entières

    1-Ivan Illich, Le genre vernaculaire, Editions du Seuil, Paris 1983, p. 137.
    2-Ibid., p 137.
    3- Le costume image de l'homme, Albin Michel, Paris 1976.

    Essentiel

    «Schopenhauer et les ruses du "génie de l'espèce" dans l'amour des sexes: le désir nous trompe, etc. - Le désir ne nous trompe pas, c'est nous qui nous trompons sur le désir. Celui-ci demande à se satisfaire: il n'exige à aucun degré d'être confondu avec l'amour. Mais, nés pour l'amour et incapables de le réaliser dans sa pureté, cette confusion nous verse l'illusion de l'unité. C'est le chemin le plus court et le plus facile; l'appel de la pente (tomber amoureux, to fall in love, etc.) se brouille avec l'exigence de l'ascension. Jusqu'à la résorption du miracle par l'habitude, car tous les chemins qui descendent sont des impasses. Alors, cette alternative: laisser la passion mourir au fond de l'impasse ou remonter par amour la pente suivie par le désir. Première phase: confondre la chute avec l'ascension. Seconde phase: intégrer la chute dans l'ascension. De cette constatation éblouie: c'est trop beau pour être vrai, passer à cet impératif: il faut que ce soit assez beau pour être vrai...»
    Gustave Thibon, Le voile et le masque.

    Documentation

    Entretien: Quand Desmond Morris fait parler les sexes (Construire, année 1998, no 10, 3 mars 1998)
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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