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    Savonarole

    Savonarole : situation historique. Cours du professeur Jean-Claude Zancarini. Dans la série "L'art de gouverner à Florence (1494-1530)". Ecole Normale Supérieure de Lyon, 6 novembre 2006.

    Biographie

    «Tribun et prophète, il prétend régénérer le catholicisme et l’Italie en les retrempant dans leur passé, en les refoulant jusqu’au XIIIe siècle. Il tonne à la fois contre toutes les nouveautés et contre toutes les corruptions, contre les horribles scandales de la cour de Rome, contre l’art païen et la science païenne1, contre le luxe et les voluptés, contre les idées et contre les mœurs. Sa parole éclate avec une telle puissance que Florence se convertit et quitte brusquement ses atours de courtisane pour les voiles de religieuse; les héros du néo-platonisme, Marsile Ficin, Pic de La Mirandole lui-même, s’inclinent devant le grand ascète; une grande partie des artistes, Fra Bartolomeo en tête, se rejettent de l’école de Léonard vers les sentiments, sinon vers les formes de Giotto et du mystique Fra Angelico; la Renaissance et ses patrons, les Médicis, chancellent sous le flot de la réaction populaire; le Vatican se trouble, surpris, comme la Babylone de Balthazar, au milieu de l’orgie. Alexandre VI esssaie d’imposer silence au prophète avec un chapeau de cardinal. "Je ne veux d’autre chapeau que celui du martyre, rougi dans mon sang!" répond publiquement Savonarola. Alexandre VI recule, saisi de stupeur : "Cet homme, s’écrie-t-il, est un vrai serviteur de Dieu!"

    Ces démons ivres des fureurs de la chair ne sont pas encore le dernier degré de l’abîme : le remords passe quelquefois sur eux comme un orage; le démon sophiste, le démon de l’orgueil abstrait est le seul qui ne se repente jamais!

    Remords stérile! Éclair fugitif! Alexandre se replonge dans son enfer, et la lutte ne tardera pas à s’engager entre le pontife et le prophète.

    Savonarola domine à Florence : il étonne, il ébranle au dehors. Mais l’Italie entière ne se précipite point à genoux sous le sac de cendre comme il l’y conviait; l’impiété résiste, la conversion tarde, le déluge approche. Il viendra un vengeur qui réformera par l’épée l’Église et l’Italie. Le prophète est la voix; l’autre sera le bras. Il viendra d’outre les monts. Ce ne sera pas l’empereur.

    L’empereur est impuissant, comme le pape est maudit. Ce sera le fils de saint Louis. Le peuple des croisades le grand peuple fidèle du moyen âge, la France, est appelée à châtier et à sauver l’Italie, à "réformer l’Italie et l’Église", "à servir de ministre à la Justice!"

    Illusion du génie évoquant un passé qui ne peut revenir! La France de Jeanne d’Arc, durant l’extase sublime de 1429, eût compris sans doute; la France de Louis XI ne saurait comprendre. La mission de la France du moyen âge est finie; celle de la France moderne n’a pas commencé. Et, d’ailleurs, une nation peut bien être délivrée par une autre nation du joug étranger, mais ne saurait s’affranchir que par ses propres efforts des maux dont la source est en elle-même. C’est la profonde erreur du cosmopolitisme catholique. Savonarola méconnaît les vraies causes de la chute de l’Italie, et renouvelle, lui si patriote et si pur, les égarements par lesquels sa patrie s’est perdue.

    […]

    De nouveaux orages s’amassaient ainsi sur l’Italie, pendant que l’issue de la tentative que Florence, la cité italienne par excellence, avait faite pour se régénérer, présageait les destinées de la péninsule. Une lutte inévitable s’était engagée entre le pontife de Rome et le prophète de Florence, après de longues hésitations de la part d’Alexandre VI, à qui Savonarola semblait inspirer une sorte de terreur. Savonarola avait résisté à une défense de prêcher intimée par le pape : il continuait à foudroyer la corruption romaine, à annoncer de nouvelles vengeances du ciel, à imposer dans Florence, avec la dernière rigueur, sa réforme ascétique. Le mardi gras de 1497, il fit brûler sur la place publique un monceau de livres, de tableaux, d’instruments de musique et d’ustensiles de toilettes, enlevés de gré ou de force à leurs possesseurs. Des chefs-d’œuvre de peinture, des livres et des manuscrits précieux périrent en foule. L’ascétisme monastique ne brûlait pas seulement la Renaissance païenne, mais, avec elle, la pure et immortelle poésie du moyen âge : on ne distingua rien : Pétrarque fut mis sur le bûcher avec Boccace et Pulci. La réforme de Savonarola était condamnée par ses actes : elle rejetait le monde vers le désert du monachisme; elle ne le conduisait pas à la cité de l’avenir.

    La Renaissance était trop forte pour succomber sous une réaction du moyen âge, qui ne représentait pas même le moyen âge tout entier : l’Italie tourna contre le prophète : dans Florence même, le fanatisme des réformateurs, la compression qu’ils exerçaient, avaient rejeté dans le parti opposé une foule d’esprit qui acceptaient la réforme politique, non la réforme ascétique; Florence était divisée en trois factions, qui échangeaient les noms injurieux de piagnoni (pleureurs, plaignards), d’arrabiati (enragés) et de bigi (gris). Les premiers étaient les pénitents, les dévots de Savonarola; les seconds, les épicuriens, les libertins, comme on dit plus tard; les troisièmes, les partisans des Médicis. Arrabiati et bigi se réunirent contre les piagnoni, et Alexandre VI, encouragé par les discordes des Florentins, lança enfin l’excommunication sur Savonanola (12 mai 1497). Le prophète de Florence protesta contre la validité de l’excommunication; mais il hésita à son tour à pousser la lutte aux dernières extrémités; il reculait devant le schisme. Sur ces entrefaites, le parti des Médicis ayant comploté une contre-révolution, qui avorta, plusieurs des chefs furent condamnés à mort par les magistrats; ils appelèrent au grand conseil populaire. La loi qui autorisait l’appel avait été rendue sous l’inspiration de Savonarola. Les piagnoni, cependant, craignant un acquittement qui, suivant eux, perdait la république, passèrent outre à l’appel et firent exécuter les condamnés. Savonarola approuva, au moins par son silence (21 août 1497). Il se justifia sans doute à ses propres yeux par ces maximes et ces exemples de rigueur biblique qui ont entraîné tant d’autres chefs de parti; mais cet acte de salut public ne sauva rien. La seigneurie de Florence, plus faible après ce sang illégalement versé, louvoya devant une nouvelle sentence papale (octobre), et Savonarola dut quelque temps s’abstenir de la chaire. Il y remonta avec un terrible éclat durant le carnaval de 1498. Son parti était pris. Il attaqua nettement l’infaillibilité du pape : « le pape, en tant que pape, est infaillible : s’il se trompe, il n’est plus pape… Vous croyez que Rome me fait peur : je n’ai aucune peur; nous marcherons contre eux comme contre des païens… nous ouvrirons la cassette, et il sortira tant d’ordure de la cité de Rome, que l’infection s’en répandra par toute la chrétienté… 2 L’Église ne me paraît plus l’Église!… Il viendra un autre héritier à Rome! »…

    Il avait eu la vision d’une croix noire plantée sur Rome! En même temps, il écrivit aux principaux souverains d’Europe pour les exciter à provoquer un concile général et la déposition du pape. La lettre adressée au roi de France fut interceptée par Ludovic Sforza, qui l’envoya au saint-père. Alexandre VI, furieux, fulmina un nouveau bref plein de menaces contre Florence. Le gouvernement florentin, découragé par l’inaction et l’abandon du roi de France, plia et interdit la chaire à Savonarola (17 mars 1498). Les dominicains virent se déchaîner contre eux les autres ordres mendiants, depuis longtemps jaloux de leur suprématie. Savonarola, dans ses harangues passionnées, s’était dit maintes fois prêt à subir l’épreuve du feu pour attester la vérité de sa mission. Un franciscain le défia d’entrer dans le feu avec lui. Le bûcher fut dressé. Dominicains et franciscains, piagnoni et arrabiati, tout le peuple s’assembla sur la place de la Seigneurie : on disputa pendant des heures sans pouvoir s’entendre sur les conditions de l’épreuve; évidemment, Savonarola se repentait, mais trop tard, d’avoir parlé de tenter Dieu. Une grosse pluie finit par disperser l’assistance (7 avril).

    Le prestige était dissipé. Savonarola était perdu. Le lendemain, les arrabiati arrachèrent aux magistrats l’ordre d’arrêter le prophète, et assaillirent en armes le couvent de Saint-Marc. Savonarola fut traîné en prison, et traduit devant un tribunal à la tête duquel le gouvernement florentin appela deux commissaires du pape. L’un des deux était le général même des dominicains. À la torture, Savonarola rétracta sa mission : sorti de la torture, il rétracta sa rétractation; il en fut ainsi à plusieurs reprises; « lutte admirable entre la faiblesse du corps et l’énergie de l’âme » 3. Les fautes et les erreurs du réformateur disparaissent dans la sainteté de ses derniers moments. Il fut condamné au feu : c’était la papauté brûlant de ses propres mains la foi du moyen âge. Quand on le mena au supplice, le juge ecclésiastique lui déclara qu’il était retranché de l’Église : - De la militante, répondit Savonarola, donnant à entendre que son martyre l’introduisait dans l’Église triomphante (23 mai 1498). Comme Jeanne d’Arc, il soutint jusqu’au bout la vérité de sa mission; mais il n’eut pas, comme Jeanne, le bonheur de sauver sa patrie en mourant pour elle! Son œuvre, à lui, mêlée d’ombre et de lumière, ne venait pas de si haut que l’œuvre de Jeanne, et, si la philosophie lui doit le respect que méritent les fortes convictions et les morts héroïques, elle ne peut revendiquer de lui que le sentiment et non la doctrine. La papauté, qui l’avait tué quand elle était païenne ou athée, le revendiqua lorsqu’elle redevint catholique et qu’elle accomplit vers le moyen âge, avec plus de politique et moins d’ascétisme, le retour qu’il avait tenté. La Réforme le disputa au papisme, pour ses attaques contre l’infaillibilité et ses prophéties contre la Babylone romaine; elle ne fit un héritier de Jean Huss, un précurseur de Luther. En réalité, les armes de cet Achille n’appartiennent complètement à personne; son cœur avait de puissantes aspirations; mais sa pensée était plus au passé qu’à l’avenir. Pour mesurer sa force, qu’il suffise de dire que Michel-Ange et Machiavel sont sortis de lui tous les deux, l’un par filiation directe, l’autre par réaction.»

    Notes
    1. Il n’était point ennemi de toute science; car il organisa dans son couvent de Saint-Marc une école de langues orientales.
    2. Les fêtes du Vatican rappelaient celles des plus immondes d’entre les Césars; le sang s’y mêlait à de monstrueuses orgies; au mois de juin précédent, César Borgia, cardinal de Valence, avait fait assassiner le duc de Gandia, son frère aîné et son rival heureux auprès de leur sœur Lucrèce Borgia : « le bruit couroit que les deux frères avoient dans leur propre père un rival auprès de leur sœur. » Guicciardini, l. III, c. 47.

    Alexandre VI, qui aimait ses enfants avec fureur, comme les tigres aiment leurs petits, fut d’abord si étourdi par ce coup de foudre, qu’il confessa ses crimes en plein consistoire et annonça la résolution de s’amender, lui et sa cour; mais, au bout de quelques jours, il reprit son train de vie accoutumé, reporta sur l’assassin l’affection qu’il avait eue pour la victime, et se dédommagea de son éphémère repentir par un nouveau débordement de débauches et de cruautés.
    3. Perrens, Vie de Savonarole, p. 276.


    HENRI MARTIN, Histoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1789. Tome VII. [France de la Renaissance (suite)]. Paris, Furne, 1856, p. 241-242 et 285-288

    Documentation

    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2013-03-18
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    Informations
    Références
    Données biographiques
    Nationalité
    Italie
    Naissance
    1452
    Déces
    1498

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