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    Mencius

    "Mencius (Mengzi), penseur et un éducateur de la période des Royaumes combattants dont les apports sont d'une portée exceptionnelle, est un représentant important de l'école confucianiste. Toute sa vie il vénéra Kongzi (Confucius). «Depuis que l'humanité existe, nul n'a encore égalé maître Kong» disait-il. Et aussi: «Ma seule ambition est de suivre l'exemple de maître Kong».

    Dans le domaine de la philosophie, Mencius a développé la doctrine de Confucius, en élaborant un système qui se rattache au courant dit de l'idéalisme subjectif. Sa théorie de la bonté naturelle (xingshan) de l'être humain est fondée sur l'idée que les autres vertus cardinales - humanité (ren), intégrité (yo), respect des rites (li) et sagesse (zhi) - sont innées et qu'il appartient à chacun de les cultiver. Le pouvoir féodal en place voyait en lui le «deuxième sage». À partir de la fin de la dynastie des Song, alors que le système politique et économique féodal était sur son déclin, le pouvoir éleva le «Mencius» (le recueil de ses écrits) au rang de «classique», qu'il fallait avoir lu pour réussir aux concours impériaux ou obtenir de l'avancement. Mencius faisait figure de seul continuateur orthodoxe du confucianisme, ne le cédant en mérite qu'au «Sage suprême» lui-même, et l'on associa leurs deux doctrines sous une dénomination commune: «la Voie de Confucius et de Mencius» (Kong Meng zhi dao).

    Dans le domaine de l'éducation, Mencius reprit et développa les idées de Confucius et légua à la postérité un riche et précieux héritage. Il occupe une place éminente dans l'histoire de l'éducation de la Chine ancienne."

    Ge Zhengming, "Mencius (-372/-289)", Perspectives: revue trimestrielle d'éducation comparée (Paris, UNESCO: Bureau international d'éducation), vol. XXIV, n° 1-2, 1994, p. 125-134. ©UNESCO: Bureau international d'éducation, 2000. Ce document peut être reproduit librement, à condition d'en mentionner la source.

    Biographie

    "Sa vie, ses activités d'éducateur

    Mencius, se prénommait Ke. Il était originaire de Zou (l'actuel district du même nom dans la province du Shandong), au pays de Lu. Il naquit à l'époque des Royaumes combattants en 372 avant l'ère chrétienne et mourut en 289 à l'âge de 83 ans. Il descendait de Men Sun, membre de la noblesse du royaume de Lu. Son père mourut prématurément et sa mère se dépensa sans compter pour l'éduquer, déménageant à trois reprises pour offrir à son fils un environnement plus propice à l'étude et sectionnant le fil de la navette sur son métier à tisser lorsque Mencius négligeait ses leçons, pour lui faire comprendre la nécessité de persévérer.

    Mencius voua la plus grande partie de son existence à l'enseignement. Parvenu à l'âge de la maturité, il parcourut pendant plus de vingt ans les différents royaumes à la tête de ses disciples pour y propager ses idéaux politiques. Grande était sa renommée: on rapporte que «des dizaines de chars et des centaines de personnes suivaient le sien».
    Lors de ses déplacements entre deux principautés vassales, les chars qui l'escortaient, la foule qui se pressait derrière lui dépassaient de beaucoup en magnificence le cortège qui accompagnait Confucius dans ses pérégrinations, et partout il était accueilli avec respect. Au crépuscule de sa vie, il s'en revint au pays natal pour se consacrer à l'enseignement et à ses écrits. «Transmettre les talents reçus du Ciel » était pour lui une grande joie. Il mérite d'être considéré comme une des grandes figures de l'éducation de son époque. Durant les dernières années de sa vie, Mencius s'entoura d'élèves, précisa sa pensée par écrit et établit avec l'aide de Wan Zhang, Gong Sunchou et d'autres disciples le texte du recueil qui porte son nom et où sont consignées ses conversations avec les princes feudataires ainsi que ses réponses et ses argumentations concernant différents points de doctrine. Cet ouvrage donne une image saisissante de la vitalité de la pensée à cette époque. Il nous renseigne en particulier sur les activités et les idées de Mencius en matière d'éducation.


    Les premières années de la formation de la pensée de Mencius sur l'éducation

    La pensée de Mencius sur l'éducation a pris corps et mûri à l'époque des Royaumes combattants (770-221 environ avant l'ère chrétienne). Les périodes dites des Printemps et Automnes et des Royaumes combattants ont été marquées, nul ne l'ignore, par de grandes mutations, le passage de l'esclavagisme au féodalisme. Les mutations économiques et politiques ont eu de profondes répercussions dans le domaine de l'idéologie, de la culture et de l'éducation. La culture cesse d'être l'apanage des propriétaires d'esclaves, le savoir se répand dans d'autres couches de la société, le milieu des lettrés fait son apparition, les écoles privées se multiplient, de nombreux courants de pensée se dessinent: une situation nouvelle se présente, caractérisée par une grande libération des idées. Même si l'on n'établissait pas à l'époque de distinction rigoureuse entre les différents domaines du savoir, c'est de cette époque que date l'apparition, sous une forme embryonnaire, de disciplines telles que la philosophie, l'économie, la science politique, le droit, la littérature, l'esthétique, l'histoire, la géographie, les arts militaires, les sciences de l'éducation, la psychologie, la logique, les mathématiques, l'astronomie, l'agronomie, les arts artisanaux, la physique, la chimie, la biologie, l'hydrologie, les techniques de l'ingénieur et la médecine. Cette époque représente dans l'histoire de l'éducation de la Chine ancienne une période d'essor extraordinaire, durant laquelle le progrès social s'est trouvé vigoureusement stimulé et où les bases de la culture et de l'éducation féodales ont été jetées. On peut dire que le système éducatif de la Chine ancienne est né et s'est forgé tout entier à cette époque. C'est au sein de cette société en pleine mutation que la pensée de Mencius sur l'éducation a pris corps et s'est développée.

    Les finalités de l'éducation

    Mencius affirmait que l'éducation avait pour objet de former des gens de bien, sachant tenir leur rang dans la société. Il reprit la notion de ren (humanité) chère à Confucius et pensait que l'unification de la Chine exigeait des dirigeants vertueux, à l'image des souverains d'autrefois.

    Il recommandait de gouverner avec humanité, de punir le moins possible, de ne pas lever d'impôts trop lourds, de veiller à ce que les gens disposent de cinq mu pour leur habitation et de 100 mu de terres à cultiver, «mangent à satiété les années grasses et ne meurent pas de faim les années maigres». Alors le «souverain» obtiendrait le «mandat du Ciel». Pour régner, il devait avoir l'appui du peuple; pour avoir l'appui du peuple, il devait gagner son coeur, faire son bonheur. Aux yeux de Mencius, gouverner avec humanité (renzheng) et administrer avec vertu (dezhi) allaient de pair, et une bonne administration le cédait encore à une bonne éducation.

    Aussi insistait-il sur le fait que, pour gouverner avec humanité, il fallait d'abord dispenser une bonne éducation, l'objectif d'une bonne éducation étant de gagner les coeurs.

    Selon Mencius, il faut d'abord faire en sorte que les vieux ne manquent ni de soie pour se vêtir ni de viande pour se nourrir, que le peuple soit à l'abri de la faim et du froid; c'est ensuite seulement qu'on ouvrira les écoles, qu'on éduquera la population. Seule une éducation dispensée dans ces conditions pouvait être tenue pour bonne, et elle devait avoir pour objet d'«enseigner les devoirs du fils envers le père et ceux du cadet envers l'aîné». Il convenait donc de revenir à maintes reprises sur ces grands principes que sont le respect dû au père et à la mère et l'obéissance aux frères aînés et aux supérieurs et de faire de l'explication de ces principes la visée essentielle de l'éducation. Telle était la pièce maîtresse de l'éthique professée par Mencius.

    Durant la période des Printemps et Automnes, «la dégénérescence des rites et la décadence de la musique» avaient incité Confucius à tenter de policer les rapports entre les êtres humains, à recommander de «donner à chaque chose le nom qui est le sien, à chaque personne la place qui est la sienne», selon le précepte: «Que le prince se conduise en prince, le ministre en ministre, le père en père, le fils en fils». Mencius continua cette ligne de pensée en la développant.

    Si Mencius considérait que, dès lors que le peuple mangeait à sa faim et ne souffrait pas du froid, il fallait ouvrir des écoles et prôner sans relâche la piété filiale et l'amour pour les frères aînés, c'était pour faire triompher les principes éthiques qui devaient régir les relations entre le père et le fils, le prince et le ministre, le mari et la femme, l'aîné et le cadet, les amis entre eux. «Lorsque les gens au pouvoir comprennent les rapports humains, le sens des convenances, les petites gens manifesteront leur attachement» disait-il. Si la classe dirigeante était capable de se conformer à ces principes, les contradictions internes au sein de cette classe s'en trouveraient atténuées et le système patriarcal en serait consolidé. Si les petites gens faisaient de même, «le crime et le désordre» disparaîtraient. En d'autres termes, dès lors que dans les couches supérieures, on se conformerait aux règles de la vie sociale et que les gens du peuple vivraient dans une bonne entente, l'harmonie régnerait tout naturellement sur terre. Par conséquent, les objectifs que Mencius assignait à l'éducation - inculquer la piété filiale et le respect pour les aînés, apprendre à se conduire convenablement envers les autres – devaient servir ses objectifs politiques. Cette conception confucianiste de l'éducation a exercé une
    profonde influence sur la société féodale chinoise.

    La fonction de l'éducation

    Mencius pensait que l'éducation jouait un rôle important dans le développement social. Sa fonction principale était de former l'esprit, de fortifier les vertus cardinales - humanité, intégrité, respect des rites et sagesse. Il affirmait que l'être humain était naturellement bon, que les vertus étaient innées en lui et que le tout était de les cultiver. Qui les cultivait devenait un homme de bien, un sage, voire un saint. Qui s'avilissait, ne cultivait pas ses vertus ou les perdaient ne pouvait que devenir un scélérat, un sauvage, ou même une créature que rien ne distinguait plus des animaux. Les vertus originelles ne pouvaient être développées que si elles étaient renforcées par les acquis de l'éducation. Cependant, l'éducation, telle que la concevait Mencius était avant tout un retour sur soi-même, un perfectionnement personnel. Il fallait d'abord s'efforcer de conserver son bon coeur, cultiver ses bonnes dispositions, se connaître soi-même, et si l'on perdait sa bonté naturelle, chercher à la retrouver. L'humanité (ren) était une vertu naturelle de l'être humain, l'équité (yi) la voie qu'il devait suivre. Il était bien à plaindre celui qui se détournait de cette voie et cessait de progresser, celui qui, dépossédé de sa bonté originelle, ne savait la regagner. Qui perd ses poules ou son chien sait partir à leur recherche, pourquoi ne ferait-il pas de même lorsqu'il perd le sens du bien ? L'étude n'a d'autre but que de faire retrouver les qualités perdues. Aux yeux de Mencius, l'éducation avait donc pour fonction de préserver et de développer les bonnes dispositions, de les restituer à ceux qui les avaient perdues, de fortifier les vertus naturelles.

    Mencius recommandait de s'efforcer de s'améliorer, de «chercher en soi-même», de faire retour sur soi. Mais, conscient des obstacles bien réels qui risquent de compromettre la quête du savoir et de la sagesse il ne niait pas l'influence de facteurs extérieurs. Il reconnaissait les effets directs des récoltes, bonnes ou mauvaises, sur la moralité de la population. Et il était conscient du rôle important du milieu ambiant dans les études. Il affirmait que toutes les choses qui nous entourent, tout ce qui constitue notre environnement, influent de façon considérable sur notre caractère, sur nos qualités morales, sur notre volonté, mais que cette influence, pour grande qu'elle soit, n'est pas déterminante. Tout en insistant sur le perfectionnement personnel, Mencius attachait beaucoup de prix à l'enseignement dispensé par un maître. Non seulement il trouvait un plaisir extrême à «transmettre les talents reçus du Ciel» et eut tout au long de sa vie de nombreux élèves, mais encore il insista maintes fois sur l'utilité d'une éducation objective et consacra de nombreux commentaires à l'enseignement et à l'éducation morale. La vertu commandait selon lui aux pères et aux fils aînés de veiller à l'éducation de leurs fils ou de leurs cadets. Lorsque ces derniers se conduisaient mal, il fallait leur montrer le droit chemin, lorsqu'ils étaient dépourvus de talents, les former. C'était là un devoir auquel un bon père ne pouvait se dérober.

    Le fondement théorique de la «bonté naturelle»

    Mencius appartient au courant de l'idéalisme subjectif. Le coeur humain, la nature humaine et le «Ciel» sont à ses yeux trois éléments indissociables. Sa pensée sur l'éducation découle donc de sa «doctrine de la bonté naturelle» (Xingshanlun). Durant la période des Royaumes combattants, le développement socio-économique et le jeu des antagonismes croissants entre les classes favorisèrent l'essor des courants de pensée les plus divers, et amenèrent les philosophes à s'interroger sur la nature humaine, et sur les rapports entre cette nature et le monde extérieur, pour tenter de résoudre les problèmes sociaux de leur temps. La question de la nature de l'être humain fut donc l'un des principaux thèmes du débat qui opposait les différentes écoles de pensée. Les uns étaient d'avis que l'être humain n'est par nature ni bon ni mauvais, d'autres que certains sont foncièrement mauvais ou que leur nature les dispose tout autant au bien qu'au mal; d'autres pensaient que l'être humain est naturellement mauvais, et d'autres encore qu'il est naturellement bon. Pour Mencius, l'homme est prédisposé au bien, et si certains s'écartent de la voie du bien et font le mal, c'est que des influences extérieures ont «perverti leur coeur». Cette théorie de la bonté naturelle de l'être humain s'appuie sur les sentiments, le savoir et les rites, qui sont en réalité acquis et non innés. Mencius présentait donc les valeurs de la société féodale comme des données préalables à toute expérience. Il affirmait sur cette base: «le saint est de la même espèce que moi»; comme tout un chacun, il se plaît à goûter des mets savoureux, écouter de belles mélodies, contempler de belles couleurs.

    Mencius pensait que le cadre de vie du souverain légendaire Shun ne différait guère de celui du sauvage des montagnes. Si le premier était devenu un parangon de vertu, c'est parce qu'il était animé par la volonté de s'élever. Si le sauvage était tel, c'est parce qu'il vivait dans un environnement pernicieux et ne cherchait pas à s'améliorer, de sorte que sa bonté naturelle était restée atrophiée. Ceux qui, vivant dans un environnement défavorable, «ne se respectent pas et doutent d'eux-mêmes», dont «les paroles sont irrespectueuses et injustes», qui laissent leur bonté naturelle (shanduan) dépérir et s'engagent sur une voie «contraire au bien», enfreignent les bonnes moeurs, troublent l'ordre établi par les dirigeants féodaux, ceux-là «ne sont pas des êtres humains», ils ont perdu leur humanité et sont devenus des animaux. Telle était en substance la «doctrine de la bonté naturelle» de Mencius, fondement théorique de sa conception de l'éducation.


    Sa conception de l'éducation morale

    Les bases théoriques

    Mencius considérait que le caractère est une chose innée en chaque être humain. La nature – le Ciel (tian) - et les hommes ne font qu'un tout, les catégories morales du «Ciel» sont inscrites dans la nature humaine, les règles qui régissent le Ciel prennent leur source dans la morale des hommes et le coeur humain abonde en vertus naturelles. Il y a correspondance entre le «cœur humain» et le «Coeur du Ciel» (tianxin). Richesse ou pauvreté nous échoient par décret du Ciel, on ne peut rien y faire; mais l'on doit en revanche «chercher en soi-même», s'efforcer de développer et d'exploiter les bonnes dispositions sur lesquelles on a prise. On voit que les idées de Mencius en matière d'éducation morale reposent sur une conception qui se rattache au courant de l'idéalisme subjectif.

    Les principes et le contenu de l’éducation morale

    Conserver sa bonté naturelle et maîtriser ses désirs.
    Mencius pensait que la meilleur façon de développer ses bonnes dispositions était de ne pas se laisser dominer par les désirs matériels. Celui qui n'a que peu de désirs, même s'il perd de sa bonté naturelle, il n'en perdra pas beaucoup. A l'inverse, celui qui est rongé de désirs, s'il conserve encore de bonnes dispositions, il en conservera bien peu. Mencius voulait donc que l'on ne nourrisse pas de désirs excessifs à l'égard des choses matérielles.

    Regarder en soi-même
    C'était pour Mencius un moyen important de s'améliorer moralement: si je traite autrui avec amour et que celui-ci se montre distant, je dois me demander si je suis suffisamment généreux; si quelqu'un est placé sous mon autorité, mais ne m'obéit pas, je dois me demander si je fais preuve de toute la sagesse voulue ; si je témoigne des égards à autrui, mais que ce dernier ne me rend pas la pareille, je dois me demander si je suis suffisamment respectueux. Bref, chaque fois que ma conduite ne produit pas le résultat escompté, je dois en chercher la raison en moi-même.

    Se repentir et s'amender
    Mencius pensait que celui qui se dissimule ses désirs matériels et perd cette vertu qu'est le repentir risque de commettre des actes répréhensibles. Celui qui agit mal, mais en éprouve de la honte, peut retrouver son penchant au bien. Celui qui a commis une faute doit se corriger, celui qui n'en a pas commis prendre exemple sur les mérites d'autrui, s'efforcer de s'améliorer et se joindre aux autres dans leur quête du bien.

    Chercher à retrouver ses qualités perdues, conserver les bienfaits de «l'air nocturne» (yegi)
    Retrouver un coeur pur était pour Mencius l'un des moyens importants de s'améliorer sur le plan moral. Pour ce faire, il fallait maîtriser ses désirs, examiner sa conscience, se repentir, corriger ses fautes. Conserver les bienfaits de «l'air nocturne» n'avait pas d'autre sens: il s'agissait de fortifier son âme, de cultiver sa bonté naturelle.

    Développer la grandeur naturelle de l'âme (haoran zhi qi)
    L'être humain doit avoir du caractère, ne pas se conduire mollement et avec apathie. Il lui faut faire preuve d'énergie (qi) et ne pas céder à l'abattement. Sur le plan moral, il doit posséder la grandeur d'âme qui permet de combattre le mal par la justice.

    Tremper sa volonté
    Cette notion occupait une place extrêmement importante dans sa conception de l'éducation morale. Les difficultés et les malheurs auxquels tout homme est confronté au cours de son existence l'amènent à méditer sur l'inconstance du sort, et c'est ainsi qu'il acquiert la sagesse (dehui) et la soif d'apprendre
    (giuzhi) qui lui permettront de comprendre le monde, de devenir plus capable. L'être humain doit avoir surmonté mille épreuves avant d'être véritablement aguerri.

    Ses méthodes pédagogiques

    Mencius beaucoup réfléchi aux méthodes d'enseignement et tiré les leçons de sa riche expérience dans ce domaine. Voici ce qu'il préconisait notamment:

    * Savoir à qui l'on s'adresse, adapter son enseignement aux aptitudes de chacun, autrement dit enseigner de manière vivante et moduler son approche avec souplesse en fonction de l'élève.
    * Fixer des critères stricts et encourager l'initiative, c'est-à-dire définir des objectifs pédagogiques et laisser les élèves s'exercer et répéter les leçons par eux-mêmes.
    * Dire en termes simples des choses profondes, parler avec compétence et force détails, autrement dit enseigner à l'élève ce qu'il ignore à partir de ce qu'il sait, présenter avec des mots simples des idées complexes, posséder soi-même un vaste savoir pour être capable de fournir des explications détaillées.
    * Appuyer son argumentation sur des analogies, expliquer à l'aide de comparaisons. En d'autres termes, illustrer les concepts les plus complexes à l'aide d'exemples courants empruntés à la vie quotidienne. Mencius a lui-même souvent utilisé l'analogie à l'appui de ces démonstrations ou éclairé des points obscurs à l'aide d'images simples. De même, il s'est souvent servi de comparaisons faciles à saisir pour répondre aux questions qu'on lui posait ou débrouiller un problème.

    En ce qui concerne l'apprentissage, Mencius formulait les recommandation suivantes:

    * Consolider ses acquis par le travail personnel, s'efforcer d'approfondir soi-même les choses apprises, s'en pénétrer intimement de façon à les maîtriser parfaitement.
    * Progresser pas à pas. Mencius considérait l'apprentissage comme un processus naturel. Il fallait procéder de façon systématique graduellement, en évitant d'avancer trop vite pour ensuite régresser.
    * Travailler sans relâche. L'élève devait faire preuve de détermination et de persévérance dans ses études, acquérir de l'assurance, ne pas se décourager devant le premier obstacle, et surtout ne pas céder à la faciliter.
    * Mettre tout son coeur et toute sa volonté à l'étude, s'y consacrer tout entier.

    L'influence de Confucius

    Mencius fut «l'élève d'un disciple de Zi Si». De son vrai nom, Zi Si s'appelait Kongzi; petit-fils de Kongzi, il avait été lui-même formé par le meilleur élève du maître, Zengzi. Zengzi avait transmis la doctrine de Kongzi à Zi Si, et le disciple de ce dernier l'avait transmise à son tour à Mencius. Mencius propagea ses propres idées 150 ans environ après la mort de Kongzi. Tout comme lui, il invoqua l'exemple des antiques souverains Yao et Shun et développa les conceptions du Maître concernant la nécessité d'administrer le pays de façon vertueuse (dezhi) et de le gouverner avec humanité (renzheng), conditions indispensables, affirmait-il, pour avoir l'appui du peuple. Il considérait que les gens jouissant d'une fortune et de revenus d'un certain niveau devaient également faire preuve de qualités morales et observer certaines règles de conduite, faute de quoi ce serait l'anarchie et le désordre. L'idée qu'il fallait administrer le pays avec honnêteté, instruire la population et s'assurer avant tout que les petites gens que l'on entendait éduquer n'avaient «ni faim, ni froid» est l'un des aspects fondamentaux de sa conception de l'éducation. Mencius alla répandre cette version améliorée de la philosophie et des préceptes de Confucius dans les principautés de Liang, Qi, Song, Teng, Bi et Lu. Confucius disait: «Celui qui possède le savoir à sa naissance, celui-là est un être supérieur». Seul le saint, pensait-il, possédait un savoir inné. Aussi, exhortait-il à acquérir le savoir par l'étude. Mencius pensait pour sa part que chacun sur terre a spontanément le sens du bien, et il reconnaissait donc un savoir inné à l'ensemble des êtres humains. C'est pourquoi il appelait à «chercher en soi-même».

    Dès l'époque des Printemps et Automnes, Confucius se préoccupa de policer les rapports sociaux en recommandant de donner «à chaque chose le nom qui est le sien», à chaque personne «la place qui est la sienne», sous les Royaumes combattants, Mencius reprit et développa cette conception, et souhaita que les éducateurs comprennent et respectent les principes moraux qui doivent régir au sein de la société féodale, les rapports entre le noble et le serf, le riche et le pauvre, l'homme et la femme, le jeune et le vieux, l'ami et l'ami. En d'autres termes, le précepte de Mencius - «accomplir son devoir au risque de sa vie» (shesheng quyi) - répondait au «sacrifier sa vie par humanité» (shashen chengren) de Confucius.

    Lorsque Mencius recommandait de moduler les méthodes d'enseignement en fonction des différentes catégories d'élèves, il s'inspirait également de Confucius, qui appelait à adapter l'enseignement aux aptitudes de chaque élève. Là où Mencius préconisait de corriger ses erreurs et de s'amender, Confucius disait déjà: «qui a commis une faute ne doit pas craindre de la corriger». Ces idées ont eu une influence considérable dans le domaine de l'éducation morale.

    On voit que Confucius a joué un rôle important dans la genèse de la pensée de Mencius sur l'éducation.

    Place et influence de Mencius

    Mencius fut un grand éducateur de l'époque des Royaumes combattants dont les apports sont d'une portée exceptionnelle. Tout comme celle de Confucius, sa pensée connut un assez grand rayonnement dans le monde. Il occupe une place de choix dans l'histoire de l'éducation dans la Chine ancienne. Sous certains aspects, sa pratique et son expérience très étendues exercent encore une influence relativement grande sur les méthodes d'enseignement utilisées dans la Chine d'aujourd'hui, et certains de ses principes pédagogiques continuent de nous inspirer. Son appel à «cultiver sa grandeur d'âme» a trouvé un écho extraordinaire durant deux millénaires et donné à beaucoup le courage d'être fidèles à leurs convictions, voire de se sacrifier pour elles.

    Sa recommandation de se fortifier par l'épreuve, de faire fructifier ses talents, est-elle aussi, extrêmement précieuse. Sa maxime «accomplir son devoir au risque de sa vie» inspira en maintes occasions bon nombre de gens de bonne volonté, ardents patriotes et fidèles au peuple.

    Dans le domaine de la pédagogie, il préconisa un certain nombre de démarches fort utiles - fixer des critères stricts, encourager l'initiative -, lesquelles sont pour beaucoup dans la très grande rigueur qui caractérisa l'enseignement après lui. Il excellait à rendre claires des idées abstraites et complexes en quelques mots en usant de métaphores vivantes et précises. Il conseillait de mettre tout son coeur et toute sa volonté à l'étude, de s'y consacrer avec toute son attention. Ce principe scientifique que Mencius tira voici deux mille ans de sa pratique de l'enseignement est encore observé de nos jours. Les enseignants, disait-il, doivent aimer leur métier, bien s'occuper de leurs élèves, posséder un vaste savoir et l'enrichir sans relâche, montrer l'exemple - autant de préceptes qui ont été un grand apport à l'entreprise éducative de la nation chinoise.

    Ses recommandations aux élèves - consolider ses acquis par le travail personnel, progresser pas à pas, travailler sans relâche, mettre tout son coeur et toute sa volonté à l'étude - forment avec ses conseils aux enseignants - adapter l'enseignement aux compétences de chacun, fixer des critères stricts, encourager l'initiative, dire en termes simples des choses profondes, expliquer à l'aide de comparaisons - un système cohérent. Cette conception de la pédagogie exerce encore aujourd'hui dans notre pays une profonde influence et demeure d'actualité.

    De même que l'on redécouvre Confucius et que l'on soumet son oeuvre à une nouvelle appréciation critique, les éducateurs chinois ne cessent d'approfondir l'étude de la doctrine de Mencius. Beaucoup d'éléments positifs de sa conception de l'éducation trouvent des applications concrètes dans l'enseignement et la pratique pédagogique, alors même que les circonstances historiques ont changé du tout au tout. C'est ce qui explique qu'en Chine comme dans le reste de l'Asie orientale, la tradition éducative dont Confucius et Mencius sont les deux grands piliers soit perpétuée et, avec discernement, sous des formes nouvelles dans le cadre de la modernisation."


    * L'auteur est diplômé de l'Institut des langues étrangères de Nanjing (Nankin), a derrière lui une longue carrière de diplomate, de traducteur, d'enseignant et de coordonnateur de projets. Actuellement membre de l'Association des traducteurs chinois, maître assistant aux États-Unis en qualité de professeur d'anglais comme deuxième langue étrangère, coordonnateur des relations de coopération avec l'étranger et responsable du Bureau des affaires extérieures à l'Institut national chinois de recherche en éducation.S'intéresse beaucoup aux recherches sur l'éducation dans l'Antiquité et à l'époque moderne. Signalons parmi ses publications les plus récentes: Ao Hengli [O. Henry] (1990), Zhongxiaoxue kexue shiyang 200 li [200 exemples d'expérience scientifiques pour les écoles secondaires et primaires] (à paraître), Yinggua gudai gongye, mongye, jiaoyu jianshi [Brève histoire de l'industrie, de l'agriculture et de l'éducation dans l'Angleterre d'autrefois], (1991), ainsi que nombre d'articles de revue.

    Références
    Gudai jiaoyu sixiang luncong [Recueil de textes sur les conceptions de l'éducation dans l'Antiquité], vol. 1 et 2. Beijing shifan daxue chubanshe, 1985.
    Mao Lirui, ; Cen Guanqun (dir. publ.). Zhongguo jiaoyu tongshi [Histoire générale de l'éducation en Chine], vol. I et II, Shandong jiaoyu chubanshe, 1986.
    Yang Huanying. Kongzi sixiang zai guowai de chuanbo yu yingxiang [Propagation et influence à l'étranger de la pensée de Confucius]. Pékin, Jiaoyu kexue chubanshe, 1985.
    Zhang Rui ; Zhou Zimei ; Meng Xianncheng ; Chen Xuexun. Zhongguo gudai jiaoyu shi ziliao [Matériaux pour une histoire de l'éducation dans la Chine ancienne]. Renmin jiaoyu chubanshe, 1980.
    Zhongguo jiaoyu shi jianbian [Histoire abrégée de l'éducation en Chine], 1984, Jiaoyu kexue chubanshe, 1984.
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    Oeuvres

    The Works of Mencius. Traduction anglaise de James Legge (nothingistic.org)
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Informations
    Données biographiques
    Naissance
    372 av. J.-C.
    Déces
    289 av. J.-C.

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