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    Impression du texte

    La Charte de la compassion

    Sous-titres français

    Définition

    La compassion, « forme incandescente de l'amour ». De ce sentiment, le plus noble qui soit, et le plus rare dans sa forme pure, on dit aussi qu'il est universel au sens de commun à tous les hommes. Convaincue de cette universalité, Karen Armstrong, cette essayiste britannique, ex-religieuse catholique qui se consacre au dialogue entre les religions, a lancé en 2008 le projet d'une Charte de la Compassion. Voici cette Charte. On peut la signer à l'adresse suivante.

    La Charte de la Compassion

    « Le précepte de compassion, qui est au coeur de toutes les traditions religieuses, spirituelles et éthiques, nous invite à toujours traiter autrui de la manière dont nous aimerions être traités nous-mêmes. La compassion nous incite à nous engager sans relâche à soulager les souffrances de tous les êtres et à apprendre à ne pas nous considérer nous-même comme le centre du monde, mais à être capable de placer autrui à cette place centrale. Elle nous enseigne à reconnaître le caractère sacré de chaque être humain, et à traiter chacune et chacun, sans aucune exception, avec un respect inconditionnel et dans un esprit de justice et d’équité.

    Cela implique aussi de s’abstenir d’infliger de la souffrance à autrui, en tout temps et en toutes circonstances, que ce soit dans la sphère publique ou privée. Agir de manière violente, que ce soit par malveillance, chauvinisme, colère ou égoïsme; exploiter qui que ce soit ou le priver de ses droits fondamentaux; inciter à la haine et dénigrer autrui - même nos ennemis - sont autant de négations de notre condition humaine commune à toutes et à tous. Nous reconnaissons que nous n’avons pas toujours été capables de vivre avec compassion, et que d’aucuns ont même infligé bien des souffrances au nom de la religion.

    Pour cela, nous invitons solennellement tout le genre humain à placer la compassion au coeur de toute éthique et de toute religion, à adhérer au principe ancestral selon lequel toute interprétation des Ecritures qui suscite violence, haine ou mépris, est illégitime, à s’assurer que la jeunesse soit informée de manière respectueuse et authentique sur les autres traditions, religions et cultures, à encourager une approche positive de la diversité des cultures et des religions, à se doter d’une compréhension empathique des souffrances de tous les êtres humains, même de ceux considérés comme ennemis.

    Nous devons de toute urgence agir pour que la compassion devienne une force dynamique et lumineuse qui puisse nous guider dans ce monde de plus en plus polarisé. Enracinée dans la ferme détermination à transcender l’égoïsme, la compassion peut faire tomber les barrières politiques, idéologiques, dogmatiques et religieuses. Née de la réalisation de notre profonde interdépendance, la compassion est essentielle aux rapports entre humains et pour une humanité accomplie. Elle est la voie vers l’illumination et elle s’avère indispensable à la création d’une économie plus juste et d’une communauté globale harmonieuse et pacifique ».

    ***

    Pourquoi cette Charte? Pour jeter des ponts entre des traditions religieuses qui se sont souvent perçues comme opposées, voire ennemies, et, surtout, pour contenir les explosives dérives sectaires et fondamentalistes qui prennent de l'ampleur partout où la faillite de la modernité suscite des replis identitaires. Il ne s'agit pas de substituer aux révélations de traditions religieuses ancrées dans l'humus de leurs sociétés et leurs cultures millénaire une réduction formaliste et universelle de ce qui serait leur essence morale. La Charte veut fonder le rapprochement et le refus des intolérances sur ce que toutes les révélations ont en commun : une morale basée sur une variante du même principe de la règle d'or, celle-là même que Kant avait voulu déduire par la seule raison avec l'impératif catégorique.

    Est-ce à dire que toutes les traditions religieuses et morales sont équivalentes, voire qu'elles ont toutes une même compréhension de ce qu'est la compassion, de la place qu'elle occupe dans une vie et, surtout, de ses sources vives? Est-ce là une tentative apparentée à celle de Platon, Kant, ou, plus récemment, de Rawls, pour fonder la morale sur une idée, voire une méthode? Aucunement. Et si la Charte allait au-delà de son modeste but de formuler, sur la base d'un plus petit dénominateur commun, une invitation au respect mutuel et un engagement à s'opposer aux excès, on serait en droit de le lui reprocher et de s'attendre à un texte moins légaliste et plus inspiré.

    Aussi revient-il à chacun des signataires, selon ses horizons et son vocabulaire, d'habiller ce mince squelette, de le rattacher aux manières différentes de parler de l'amour, de la contemplation, de l'inspiration dont est riche chacune des grandes traditions et, surtout, de le rattacher aux grands textes inspirés - l'Épître de Saint Paul sur l'amour, par exemple, ou le passage de la Bhagava Gita que nous citons plus loin dans ce dossier.

    Photo de Karen Armstrong: TCU University

    ***

    Schopenhauer a aussi rencontré la compassion au croisement des Voies de l'Occident et l'Orient :

    « C'est par conséquent l'absence de compassion qui marque un acte du sceau de la perversité morale et de l'abomination la plus profonde. La compassion est donc le mobile moral par excellence.

    Le fondement de la morale, le mobile de la moralité, tel que je l'ai établi, est d'ailleurs le seul dont on puisse dire qu'il possède une efficacité réelle et même étendue. Personne n'osera en dire autant des autres principes de la morale donnés par les philosophes, puisque ces principes consistent en des propositions abstraites, en partie même sophistiques, sans autre fondement qu'une combinaison artificielle de concepts, si bien que leur application à la conduite réelle aurait souvent un côté ridicule. [...] Or il est très difficile de démontrer l'efficacité certaine non seulement des principes PHILOSOPHIQUES de la morale, destinés à la pure théorie, mais aussi des principes RELIGIEUX de la morale, établis dans un but entièrement pratique. C'est ce que nous montre le fait qu'en dépit de la grande diversité des religions sur terre, le degré de moralité, ou plutôt d'immoralité, ne correspond absolument pas à cette diversité, et pour l'essentiel demeure à peu près identique partout. [...]

    Qu'on considère au contraire le mobile moral que j'ai établi. Qui oserait nier, ne serait-ce qu'un instant, qu'à toutes les époques, chez tous les peuples, dans toutes les situations de la vie, même dans un état anarchique, au coeur de l'horreur des révolutions et des guerres à petite et à grande échelle, chaque jour, chaque heure, ce mobile manifeste une efficacité certaine et vraiment étonnante au plus haut point, qu'il s'oppose quotidiennement à maints actes injustes et appelle à l'existence de nombreux bienfaits, sans aucun espoir de récompense et souvent de façon tout à fait imprévue, et que là où il s'est montré efficace, et lui seul, nous attribuons tous sans réserve, avec émotion et respect, une valeur morale authentique à l'acte.

    La compassion illimitée pour tous les êtres vivants est en effet la garantie la plus solide et la plus sûre pour une conduite moralement bonne et n'a besoin d'aucune casuistique. Il est certain que celui qui en est rempli ne causera de tort à personne: il sera au contraire indulgent à l'égard de chacun, pardonnera à chacun et aidera chacun autant qu'il le pourra, et tous ses actes seront marqués du sceau de la justice et de la philanthropie. Mais il suffit de dire : cet homme est vertueux, mais il ignore la compassion, ou : c'est un homme injuste ou méchant, mais il est accessible à la compassion, et la contradiction est criante. - Les goûts diffèrent certes, mais je ne connais aucune autre prière qui soit aussi belle que celle qui clôt des spectacles de l'Inde antique (comme jadis les pièces anglaises qui se terminaient par une prière destinée au roi). La voici : Que la douleur soit épargnée à tous les êtres vivants ».
    Schopenhauer, La compassion, source et mobile de l'éthique

     

     

     

     

     

     

    Essentiel

    Compatir c'est être touché, attendri, par la souffrance d'autrui. C'est souffrir avec quelqu'un, non de quelqu'un, deux sentiments voisins qu'il est facile de confondre. Quand on ne veut pas s'avouer qu'on souffre d'une personne on pousse facilement le mensonge à soi-même jusqu'à se persuader qu'on souffre avec elle. La compassion existe rarement à l'état pur. « Il y a souvent plus d'orgueil que de bonté à plaindre les malheurs de nos ennemis; c'est pour leur faire sentir que nous sommes au-dessus d'eux que nous leur donnons des marques de compassion ». ( La Rochefoucauld) Comment distinguer la forme pure de ces sentiments mélangés où dominent tantôt l'orgueil, tantôt le sentimentalisme, tantôt le masochisme, tantôt le mimétisme hystérique?

    C'est devant des questions de ce genre que l'on mesure le mieux l'importance des écrivains. Leur mission n'est-elle pas de dégager les formes pures des sentiments du chaos des passions humaines? En Occident, Shakespeare a atteint un sommet dans l'évocation de la compassion en créant ce personnage du Roi Lear à qui un seul nom convenait : Cordelia. Une nouvelle injustice de son père à son endroit est pour elle une raison d'éprouver encore plus la compassion pour lui, de souffrir davantage de la démence dans laquelle il s'enfonce...et un simple le réveillera pour entendre Cordalia, à son chevet : « Puisse ces miennes lèvres te rendre à la santé et mes baisers guérir les cruels maux dont mes deux soeurs ont affligé tes vénérables ans ».

    Mûrir c'est s'élever vers la compassion pure. Les deux soeurs de Cordelia sont démeurées des adolescentes égocentriques, en dépit des leçons que la vie leur a servies.

    « Que votre amour soit de la compassion pour des dieux souffrants et voilés ». (Nietzsche) À leur sommet l'amour et la compassion se confondent.

    Documentation

    Le mot pitié ayant souvent le même sens que le mot compassion nous citons ici des textes où l'on emploie le mot pitié pour désigner un sentiment identique à la compassion.

    L'hindouisme

    La Bhagavad-Gîtâ, Le chant du bienheureux

    Arjuna, l'un des chefs, hésite à lancer sa première fléche parce qu'il est « ému d'une extrême pitié ».

    « Arjuna vit alors devant lui pères, aïeux, précepteurs, oncles, frères, fils, petits-fils, amis »

    27 Gendres, compagnons, partagés entre les deux armées. Quand il vit tous ces parents prêts à se battre, le fils de Kuntî,

    28 Ému d’une extrême pitié, prononça douloureusement ces mots :
    Arjuna.


    « O Krishna, quand je vois ces parents désireux de combattre et rangés en bataille,

    29 Mes membres s’affaissent et mon visage se flétrit; mon corps tremble et mes cheveux se dressent;

    30 Mon arc s’échappe de ma main, ma peau devient brûlante, je ne puis me tenir debout et ma pensée est comme chancelante.

    31 Je vois de mauvais présages, ô guerrier chevelu, je ne vois rien de bon dans ce massacre de parents.

    32 O Krishna, je ne désire ni la victoire, ni la royauté, ni les voluptés ; quel bien nous revient-il de la royauté ? quel bien, des voluptés ou même de la vie? »

    ***

    Le boudhisme

    « La bienveillance (sanskrit maitrî) y est comprise comme le sentiment visant à procurer le bonheur à tous les êtres, tandis que la compassion (karunâ) consiste à vouloir les délivrer tous de la douleur. Sans doute n'est-il pas inutile de rappeler ici, pour les méditer, ces paroles du Buddha concernant l'amour, et qui doivent être accomplies par "celui qui recherche le bien" :

    "Que tous les êtres soient heureux! Qu'ils soient en joie et en sûreté! Toute chose qui est vivante, faible ou forte, longue, grande ou moyenne, courte ou petite, visible ou invisible, proche ou lointaine, née ou à naître, que tous ces êtres soient heureux! Que nul ne décoive un autre ni ne méprise aucun être si peu que ce soit; que nul, par colère ou par haine, ne souhaite de mal à un autre. Ainsi qu'une mère au péril de sa vie surveille et protège son unique enfant, ainsi avec un esprit sans limites doit-on chérir toute chose vivante, aimer le monde en son entier, au-dessus, au-dessous et tout autour, sans limitation, avec une bonté bienveillante infinie. Étant debout ou marchant, assis ou couché, tant que l'on est éveillé, on doit cultiver cette pensée. Ceci est appelé la suprême manière de vivre" ».
    (Suttanipâta, I, 8. Cité in Rahula, p. 125)

    La bienveillance et la compassion dans le boudhisme, par Jérôme Ducor


    La chrétienté

    L'hymne à l'amour, saint Paul


    « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas l’amour, je ne suis plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit. Quand j’aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j’aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter des montagnes, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas l’amour, cela ne me sert de rien. L’amour est longanime; l’amour est serviable; il n’est pas envieux; l’amour ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas; il ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal; il ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité. L’amour excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. L’amour ne passe jamais. Les prophéties? elles disparaîtront. Les langues? elles se tairont. La science? elle disparaîtra. Car partielle est notre science, partielle aussi notre prophétie. Mais quand viendra ce qui est parfait, ce qui est partiel disparaîtra. Lorsque j’étais enfant, je parlais en enfant, je pensais en enfant, je raisonnais en enfant; une fois devenu homme, j’ai fait disparaître ce qui était de l’enfant. Car nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. À présent, je connais d’une manière partielle; mais alors je connaîtrai comme je suis connu. Maintenant donc demeurent foi, espérance, amour, ces trois choses, mais la plus grande d’entre elles, c’est l’amour » (1 Co 13,1-13).

     ***

    « Pourtant, si la compassion est bien la forme incandescente de l’amour, on peut dire qu’elle se tient au cœur de toutes les grandes religions, et probablement de toute philosophie humaniste. Quelles que soient les divergences doctrinales, la multiplicité des pratiques et la diversité des anthropologies propres à chacune, on finit toujours par se retrouver lorsqu’il s’agit de la relation interpersonnelle : l’être humain dans sa vulnérabilité, son dénuement, sa souffrance semble pouvoir mobiliser en tout croyant — en tout humaniste — le meilleur de lui-même, lui révélant des trésors de sollicitude insoupçonnés ».  Revue La chair et le souffle.



    Confucianisme

    Les quatre livres, III — Louen yu, Entretiens de Confucius et de ses disciples

    « Iang Fou, ayant été nommé directeur des tribu­naux par le chef de la famille Meng, demanda des conseils à son maître Tseng tzeu. Tseng tzeu lui dit :
    — Ceux qui dirigent la société s’écartant du droit che­min, depuis longtemps le peuple se divise et la discorde amène beaucoup de crimes. Si vous reconnaissez la vérité des accusations portées devant les tribunaux, ayez compassion des coupables, et ne vous réjouissez pas de votre habileté à les découvrir ».

    ***

    L'Islam

    « Le soufisme est né à peu près en même temps que l'Islam (Vllle siècle). La différence, qui le sépare de l'orthodoxie pure et dure, est son aspect ésotérique basé essentiellement sur les interprétations du Coran. L'islam sunnite des théologiens était basé sur une application rigoriste des lois, une intransigeance, voire une froideur. Les soufis, ainsi que d'autres philosophes hellénisants, se regroupèrent pour contrer ce courant qui manquait cruellement d'amour. Le soufisme se base sur l'amour en Dieu et le développement de la compassion. Le soufisme est un courant ésotérique qui professe une doctrine affirmant que toute réalité comporte un aspect extérieur apparent (exotérique ou zahir) et un aspect intérieur caché (ésotérique ou batin). Il se caractérise par une forme de renoncement aux biens matériels et une volonté de recherche de l'extase ». Source, L'Association Unisson

    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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