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    Héphaïstos

     De tous les dieux de l'Olympe, Hephaistos est celui qui a le plus d'affinités avec notre époque. Il a fabriqué les premiers robots, les femmes en or, on peut  voir en lui le premier des techniciens. Comme il était il était aussi artiste, comme il savait dessiner les plus beaux motifs sur les boucliers qu'il fabriquait, il devient l'égal de Léonard de Vinci. Plusieurs  posthumains font sans doute le voeu de placer leur espèce sour sa protection. Le principal éditeur de leurs livres est Hephaestus Books.

    Selon l'une des versions du mythe, il eut un père Zeus, qui le rejeta; selon une autre version, sa mère, Héra l'enfanta par parthénogèse, pour le rejeter ensuite. Il tenta en vain de séduire Athéna. Nul ne sait comment il a pu faire la conquête d'Aphrodite, mais tous les dieux s'amusent encore de la façon cette déesse l'a trompée, sous les yeux d'Apollon, avec Arès. Comment ne pas voir en lui cet homme du ressentiment dont Nietzsche fera un jour l'analyse? La fabrication des premiers robots apparaît ainsi comme un phénomène compensatoire: pour se venger d'avoir été méprisé des dieux, un homme privé d'âme, dépourvu d'affectivité, crée des machines qui lui ressemblent. C'est dans cet esprit que, dans L'enfant machine,  le psychiatre français Claude Allard appelle  complexe d'Héphaïstos les psychoses d'enfants ayant subi trop fortement l'empreinte des machines.

    Ne convient-il pas d'élargir le sens de l'expression complexe d'Éphaïstos.  Nous souffrons d'un complexe analogue à celui du roi Midas. Ce dernier avait reçu un don tel que tout ce qu'il touchait devenait or, y compris la nourriture et la chair fraîche. Jamais homme sur terre ne détesta  l'or autant que le bon Midas après quelques heures de jouissance de son nouveau destin!

    Nous transformons désormais en technique, nous instrumenalisons désormais tout ce que nous touchons  y compris le rire et ce que Verlaine appelait la "spontanéité craintive des caresses". N'est-ce pas là une variante  complexe d'Héphaïstos.

     

     

    Biographie

     Nous reproduisons ici un passage du Chant XVIII de l'Illiade d'Homère. Jeté en bas de l'Olympe, Héphaïstos atterrit sur l'île de Lemnos,  où  Thétis, déesse de la mer, et mère d'Achille le recueille et le soigne. Dans ce passage, Thétis, après s'être rendue à Troy pour dire son amour  à son fils Achille, se rend à la forge d'Héphaïstos, sous le mont Etna pour lui demander de fabriquer des armes dignes du plus vaillant des Achéens, son fils Achille.

     

    «Et Thétis aux pieds d'argent parvint à la demeure de Héphaistos, incorruptible, étoilée, admirable aux Immortels eux-mêmes ; faite d'airain, et que le Boiteux avait construite de ses mains.

    Et elle le trouva suant, et se remuant autour des soufflets, et haletant. Et il forgeait vingt trépieds pour être placés autour de sa demeure solide. Et il les avait posés sur des roues d'or afin qu'ils se rendissent d'eux-mêmes à l'assemblée divine, et qu'ils en revinssent de même. Il ne leur manquait, pour être finis, que des anses aux formes variées. Hèphaistos les préparait et en forgeait les attaches. Et tandis qu'il travaillait à ces oeuvres habiles, la déesse Thétis aux pieds d'argent s'approcha. Et Kharis aux belles bandelettes, qu'avait épousée l'illustre Boiteux des deux pieds, l'ayant vue, lui prit la main et lui dit :

    - Ô Thétis au large péplos, vénérable et chère, pourquoi viens-tu dans notre demeure où nous te voyons si rarement ? Mais suis-moi, et je t'offrirai les mets hospitaliers.

    Ayant ainsi parlé, la très-noble Déesse la conduisit. Et, l'ayant fait asseoir sur un thrône  aux clous d'argent, beau et ingénieusement fait, elle plaça un escabeau sous ses pieds et appela l'illustre ouvrier Hèphaistos :

    - Viens, Hèphaistos ! Thétis a besoin de toi.

    Et l'illustre Boiteux des deux pieds lui répondit :

    - Certes, elle est toute-puissante sur moi, la Déesse vénérable qui est entrée ici. C'est elle qui me sauva, quand je fus précipité d'en haut par ma mère impitoyable qui voulait me cacher aux Dieux parce que j'étais boiteux. Que de douleurs j'eusse endurées alors, si Thétis, et Eurynomè, la fille d'Okéanos au reflux rapide, ne m'avaient reçu dans leur sein ! Pour elles, dans leur grotte profonde, pendant neuf ans, je forgeai mille ornements, des agrafes, des noeuds, des colliers et des bracelets. Et l'immense Fleuve Okéanos murmurait autour de la grotte. Et elle n'était connue ni des Dieux, ni des hommes, mais seulement de Thétis et d'Eurynomè qui m'avaient sauvé. Et, maintenant, puisque Thétis aux beaux cheveux vient dans ma demeure, je lui rendrai grâce de m'avoir sauvé. Mais toi, offre-lui les mets hospitaliers, tandis que je déposerai mes soufflets et tous mes instruments.

    Il parla ainsi. Et le corps monstrueux du Dieu se redressa de l'enclume ; et il boitait, chancelant sur ses jambes grêles et torses. Et il éloigna les soufflets du feu, et il déposa dans un coffre d'argent tous ses instruments familiers. Puis, une éponge essuya sa face, ses deux mains, son cou robuste et sa poitrine velue. Il mit une tunique, prit un sceptre énorme et sortit de la forge en boitant. Et deux servantes soutenaient les pas du Roi. Elles étaient d'or, semblables aux vierges vivantes qui pensent et parlent, et que les Dieux ont instruites. Soutenu par elles et marchant à pas lourds, il vint s'asseoir auprès de Thétis, sur un thrône brillant. Et il prit les mains de la Déesse et lui dit :

    - Thétis au long péplos, vénérable et chère, pourquoi es-tu venue dans ma demeure où nous te voyons si rarement ? Parle. Mon coeur m'ordonne d'accomplir ton désir, si je le puis, et si c'est possible.

    Et Thétis, versant des larmes, lui répondit :

    - Hèphaistos ! parmi toutes les Déesses qui sont dans l'Olympos, en est-il une qui ait subi des maux aussi cruels que ceux dont m'accable le Kronide Zeus ? Seule, entre les Déesses de la mer, il m'a soumise à un homme, à l'Aiakide Pèleus ; et j'ai subi à regret la couche d'un homme ! Et, maintenant, accablé par la triste vieillesse, il gît dans sa demeure. Mais voici que j'ai d'autres douleurs. Un fils est né de moi, le plus illustre des héros, et il a grandi comme un arbre, et je l'ai nourri comme une plante dans une terre fertile. Et je l'ai envoyé vers Ilios sur ses nefs aux poupes recourbées, pour combattre les Troiens, et je ne le verrai plus revenir dans ma demeure, dans la maison Pèléienne. Pendant qu'il est vivant et qu'il voit la lumière de Hélios, il est triste, et je ne puis le secourir. Les fils des Akhaiens lui avaient donné pour récompense une vierge que le Roi Agamemnôn lui a enlevée des mains, et il en gémissait dans son coeur. Mais voici que les Troiens ont repoussé les Akhaiens jusqu'aux nefs et les y ont renfermés. Les princes des Argiens ont supplié mon fils et lui ont offert de nombreux et illustres présents. Il a refusé de détourner lui-même leur ruine, mais il a envoyé Patroklos au combat, couvert de ses armes et avec tout son peuple. Et, ce jour-là, sans doute, ils eussent renversé la Ville, si Apollôn n'eût tué aux premiers rangs le brave fils de Ménoitios qui accablait les Troiens, et n'eût donné la victoire à Hektôr. Et, maintenant, j'embrasse tes genoux ! Donne à mon fils, qui doit bientôt mourir, un bouclier, un casque, de belles knèmides avec leurs agrafes et une cuirasse, car son cher compagnon, tué par les Troiens, a perdu ses armes, et il gémit, couché sur la terre !

    Et l'illustre Boiteux des deux pieds lui répondit :

    - Rassure-toi, et n'aie plus d'inquiétudes dans ton esprit. Plût aux Dieux que je pusse le sauver de la mort lamentable quand le lourd destin le saisira, aussi aisément que je vais lui donner de belles armes qui empliront d'admiration la multitude des hommes.

    Ayant ainsi parlé, il la quitta, et, retournant à ses soufflets, il les approcha du feu et leur ordonna de travailler. Et ils répandirent leur souffle dans vingt fourneaux, tantôt violemment, tantôt plus lentement, selon la volonté de Hèphaistos, pour l'accomplissement de son oeuvre.

    . Et il jeta dans le feu le dur airain et l'étain, et l'or précieux et l'argent. Il posa sur un tronc une vaste enclume, et il saisit d'une main le lourd marteau et de l'autre la tenaille. Et il fit d'abord un bouclier grand et solide, aux ornements variés, avec un contour triple et resplendissant et une attache d'argent. Et il mit cinq bandes au bouclier, et il y traça, dans son intelligence, une multitude d'images. Il y représenta la terre et l'Ouranos, et la mer, et l'infatigable Hélios, et l'orbe entier de Sélènè, et tous les astres dont l'Ouranos est couronné : les Plèiades, les Hyades, la force d'Oriôn, et l'Ourse, qu'on nomme aussi le Chariot, qui se tourne sans cesse vers Oriôn, et qui, seule, ne tombe point dans les eaux de l'Okéanos.

    Et il fit deux belles cités des hommes. Dans l'une on voyait des noces et des festins solennels. Et les épouses, hors des chambres nuptiales, étaient conduites par la ville, et de toutes parts montait le chant d'hyménée, et les jeunes hommes dansaient en rond, et les flûtes et les kithares résonnaient, et les femmes, debout sous les portiques, admiraient ces choses.

    Et les peuples étaient assemblés dans l'agora, une querelle s'étant élevée. Deux hommes se disputaient pour l'amende d'un meurtre. L'un affirmait au peuple qu'il avait payé cette amende, et l'autre niait l'avoir reçue. Et tous deux voulaient qu'un arbitre finît leur querelle, et les citoyens les applaudissaient l'un et l'autre. Les hérauts apaisaient le peuple, et les vieillards étaient assis sur des pierres polies, en un cercle sacré. Les hérauts portaient des sceptres en main ; et les plaideurs, prenant le sceptre, se défendaient tour à tour. Deux talents d'or étaient déposés au milieu du cercle pour celui qui parlerait selon la justice.

    Puis, deux armées, éclatantes d'airain, entouraient l'autre cité. Et les ennemis offraient aux citoyens, ou de détruire la ville, ou de la partager, elle et tout ce qu'elle renfermait. Et ceux-ci n'y consentaient pas, et ils s'armaient secrètement pour une embuscade, et, sur les murailles, veillaient les femmes, les enfants et les vieillards. Mais les hommes marchaient, conduits par Arès et par Athènè, tous deux en or, vêtus d'or, beaux et grands sous leurs armes, comme il était convenable pour des Dieux ; car les hommes étaient plus petits. Et, parvenus au lieu commode pour l'embuscade, sur les bords du fleuve où boivent les troupeaux, ils s'y cachaient, couverts de l'airain brillant.

    Deux sentinelles, placées plus loin, guettaient les brebis et les boeufs aux cornes recourbées. Et les animaux s'avançaient, suivis de deux bergers qui se charmaient en jouant de la flûte, sans se douter de l'embûche.

    Et les hommes cachés accouraient ; et ils tuaient les boeufs et les beaux troupeaux de blanches brebis, et les bergers eux-mêmes. Puis, ceux qui veillaient devant les tentes, entendant ce tumulte parmi les boeufs, et montant sur leurs chars rapides, arrivaient aussitôt et combattaient sur les bords du fleuve. Et ils se frappaient avec les lances d'airain, parmi la discorde et le tumulte et la Kèr fatale. Et celle-ci blessait un guerrier, ou saisissait cet autre sans blessure, ou traînait celui-là par les pieds, à travers le carnage, et ses vêtements dégouttaient de sang. Et tous semblaient des hommes vivants qui combattaient et qui entraînaient de part et d'autre les cadavres.

    Puis, Hèphaistos représenta une terre grasse et molle et trois fois labourée. Et les laboureurs menaient dans ce champ les attelages qui retournaient la terre. Parvenus au bout, un homme leur offrait à chacun une coupe de vin doux ; et ils revenaient, désirant achever les nouveaux sillons qu'ils creusaient. Et la terre était d'or, et semblait noire derrière eux, et comme déjà labourée. Tel était ce miracle de Hèphaistos.

    Puis, il représenta un champ de hauts épis que des moissonneurs coupaient avec des faux tranchantes. Les épis tombaient, épais, sur les bords du sillon, et d'autres étaient liés en gerbes. Trois hommes liaient les gerbes, et, derrière eux, des enfants prenaient dans leurs bras les épis et les leur offraient sans cesse. Le roi, en silence, le sceptre en main et le coeur joyeux, était debout auprès des sillons. Des hérauts, plus loin, sous un chêne, préparaient, pour le repas, un grand boeuf qu'ils avaient tué, et les femmes saupoudraient les viandes avec de la farine blanche, pour le repas des moissonneurs.

    Puis, Hèphaistos représenta une belle vigne d'or chargée de raisins, avec des rameaux d'or sombre et des pieds d'argent. Autour d'elle un fossé bleu, et, au-dessus, une haie d'étain. Et la vigne n'avait qu'un sentier où marchaient les vendangeurs. Les jeunes filles et les jeunes hommes qui aiment la gaîté portaient le doux fruit dans des paniers d'osier. Un enfant, au milieu d'eux, jouait harmonieusement d'une kithare sonore, et sa voix fraîche s'unissait aux sons des cordes. Et ils le suivaient, chantant, dansant avec ardeur, et frappant tous ensemble la terre.

    Puis, Hèphaistos représenta un troupeau de boeufs aux grandes cornes. Et ils étaient faits d'or et d'étain, et, hors de l'étable, en mugissant, ils allaient au pâturage, le long du fleuve sonore qui abondait en roseaux. Et quatre bergers d'or conduisaient les boeufs, et neuf chiens rapides les suivaient. Et voici que deux lions horribles saisissaient, en tête des vaches, un taureau beuglant ; et il était entraîné, poussant de longs mugissements. Les chiens et les bergers les poursuivaient ; mais les lions déchiraient la peau du grand boeuf, et buvaient ses entrailles et son sang noir. Et les bergers excitaient en vain les chiens rapides qui refusaient de mordre les lions, et n'aboyaient de près que pour fuir aussitôt.

    Puis, l'illustre Boiteux des deux pieds représenta un grand pacage de brebis blanches, dans une grande vallée et des étables, des enclos et des bergeries couvertes.Puis, l'illustre Boiteux des deux pieds représenta un choeur de danses, semblable à celui que, dans la grande Knôssos, Daidalos fit autrefois pour Ariadnè aux beaux cheveux ; et les adolescents et les belles vierges dansaient avec ardeur en se tenant par la main. Et celles-ci portaient des robes légères, et ceux-là des tuniques finement tissées qui brillaient comme de l'huile. Elles portaient de belles couronnes, et ils avaient des épées d'or suspendues à des baudriers d'argent. Et, habilement, ils dansaient en rond avec rapidité, comme la roue que le potier, assis au travail, sent courir sous sa main. Et ils tournaient ainsi en s'enlaçant par dessins variés ; et la foule charmée se pressait autour. Et deux sauteurs qui chantaient, bondissaient eux-mêmes au milieu du choeur.

    Puis, Hèphaistos, tout autour du bouclier admirablement travaillé, représenta la grande force du Fleuve Okéanos.

    Et, après le bouclier grand et solide, il fit la cuirasse plus éclatante que la splendeur du feu. Et il fit le casque épais, beau, orné, et adapté aux tempes du Pèléide, et il le surmonta d'une aigrette d'or. Puis il fit les knèmides d'étain flexible.

    Et, quand l'illustre Boiteux des deux pieds eut achevé ces armes, il les déposa devant la mère d'Akhilleus, et celle-ci, comme l'épervier, sauta du faîte de l'Olympos neigeux, emportant les armes resplendissantes que Hèphaistos avait faites

    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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