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Grande Paix de Montréal

"Montréal, 1701. Louis-Hector de Callière, gouverneur de la Nouvelle-France, et 39 chefs amérindiens signent un traité qui met fin à plus de cent ans de conflits. (...) Événement important dans l'histoire de la diplomatie internationale, ce traité de la Grande Paix mettait un terme aux «Guerres iroquoises» opposant les Iroquois, alliés aux Anglais, aux Hurons, alliés aux Français."
Source: site de Radio-Canada

"(...) La quarantaine de nations indiennes représentées à Montréal en 1701 proviennent principalement de la région des Grands Lacs, appelée les Pays d'en Haut par les habitants de la vallée du Saint-Laurent.

L'Histoire, qui se veut explication, ne saurait s'accommoder des frontières politiques. Pourtant, les uns tentent de faire l'histoire du Québec en s'arrêtant à la rivière des Outaouais, d'autres font celle du Canada en se limitant au nord des Grands Lacs et du 49e parallèle. Voilà deux démarches largement répandues et pourtant bien illusoires.

La Grande Paix de 1701 en est une éloquente démonstration. Plus de 1200 Indiens appartenant à une quarantaine de nations sont présents à Montréal cet été-là. Ils y sont pour la traite des fourrures et leurs ambassadeurs ont un mandat de paix. De paix générale.

On a dit et répété que celle-ci mettait fin à un siècle de guerres farouches, que les Iroquois avaient été les gros méchants et que les Anglais d'Albany avaient dû s'incliner devant l'habileté diplomatique des Français de Montréal.

On a laissé entendre que les guerres entre nations indiennes avaient cours bien avant l'arrivée des Européens et que, dès son arrivée en 1603, Champlain avait été entraîné par les Montagnais à porter la guerre chez leurs ennemis de longue date, les Iroquois. Grave erreur de sa part, a-t-on dit: les Iroquois prendront un siècle pour s'en venger.

En vérité, à l'arrivée de Champlain en 1603, le commerce entre Indiens et Européens était bien lancé et les rivalités commerciales largement répandues depuis une cinquantaine d'années, et sans doute davantage. Dès son premier voyage, en 1534, Jacques Cartier n'avait-il pas croisé des navires européens dans le golfe? (...)

Vers 1700, plusieurs éléments rendent possible une paix générale. La fourrure, le castor surtout, qui fait courir tout le monde, traverse une crise. Les Iroquois ont gardé pour l'essentiel leur indépendance par rapport aux Français, mais aussi par rapport aux Anglais; missionnaires, officiers, traiteurs, explorateurs français ont tissé des liens de toutes sortes et ont établi de solides amitiés avec plusieurs chefs indiens. Un gouverneur comme Frontenac s'est avéré un habile diplomate et tacticien et, surtout, les belligérants sont épuisés.

À l'été 1700, une paix générale se prépare. Les Anglais d'Albany s'agitent. En vain. Le grand chef onontagué, Teganissorens, longtemps ami des Anglais, a révisé ses positions. Maricourt, le jeune frère de Pierre Le Moyne d'Iberville, et le père Bruyas, missionnaire auprès des Iroquois, et combien d'autres, ont bien travaillé. Par leurs discours, ils ont rendu suspects les Anglais. Les chefs comprennent de mieux en mieux qu'ils ont intérêt à manoeuvrer contre la cupidité des deux puissances européennes pour assurer l'intégrité de leur territoire et l'indépendance de leur nation. Les Iroquois sont pour les Iroquois, ainsi raisonnent également l'ensemble des Indiens.

Enfin, une grande paix

Le 21 juillet 1701, une flottille de 200 canots iroquois apparaît devant Caughnawaga. Les voyageurs s'arrêtent chez les Iroquois du sault Saint-Louis, leurs frères.

Montréal est prêt à les recevoir. Le gouverneur Callière, successeur de Frontenac, les attend. Il a fait aménager une vaste enceinte pourvue de gradins. Les notables de la colonie et même les dames y auront des places réservées.

Le lendemain, 700 ou 800 Indiens alliés se présentent aux abords de Montréal. Ils prennent position et disposent leurs canots en ligne. Le canon retentit. Message de bienvenue. Les Indiens poussent des clameurs, déchargent leurs fusils et agitent à bout de bras leurs avirons.

Ils sont suivis des Iroquois: Onneyouts, Onontagués, Goyogouins et Tsonnontouans. Les Agniers arriveront plus tard.

Les Indiens s'installent le long des palissades: les Outaouais, Sauteux, Algonquins du nord des Grands Lacs et aussi les Miamis, Illinois, Renards, Mascoutens, Folles-Avoines qui viennent d'aussi loin que l'ouest du lac Michigan. Car la présence française a gagné cette région habitée par divers groupes illinois, dont les Peorias, les Monisgouenars, les Tapouarouas et les Koueras.

Certaines nations ont franchi jusqu'à 1500 kilomètres. Des rumeurs d'épidémie n'ont pas suffi à les arrêter. Certains sont touchés par une sorte de grippe, souvent fatale pour eux. Les malheurs qui s'abattent renforcent les convictions. Le 4 août, tous les ambassadeurs ratifient la paix et apposent leurs signatures sur un document qui a disparu, mais dont le contenu sera respecté. La Grande Paix de 1701 permettra à la France un demi-siècle de domination sur presque l'ensemble de l'Amérique du Nord."

Source: Denis Vaugeois, La Grande Paix: les origines et le sens, Le Devoir, 6 août 2001

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