Introduction à l’œuvre de l’auteur
« Heureux les affligés car ils seront consolés ». « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres ». « Il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer au Royaume des Cieux ». « Beaucoup de premiers seront derniers et de derniers seront premiers ». Il n’est guère que dans le chœur des églises que ces sentences bibliques résonnent comme des certitudes. Au-delà, elles ne sont que de beaux discours ou de vains réconforts offerts aux victimes de l’iniquité du monde. Des siècles de sermons et de prêches ont été impuissants à vaincre deux convictions ancestrales : seul le Nanti est enviable ; l’Impécunieux est toujours à plaindre parce qu’il porte, sur son front, le sceau infamant de la Misère. La principale qualité du Cinéma de Frank Borzage est d’avoir contesté, avec talent, constance et rigueur, ces idées reçues que les faiblesses de l’esprit humain ont changées en paroles d’évangiles. De même que la Richesse ne se réduit pas à la possession de biens, explique le réalisateur Américain de film en film, la Misère dépasse largement les frontières de la Pauvreté. Elle est avant toute chose un tourment moral, qui tend à s’aggraver avec l’augmentation des ressources.
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Débuts
Frank Borzage naît à Salt Lake City, la capitale spirituelle des Mormons, d’un père Italien et d’une mère d’origine Suisse Alémanique. La pauvreté des siens le contraint à travailler à la mine dès l’âge de douze ans. Las de cette vie harassante et désespérée, il fuit le foyer familial et exerce toutes sortes de métiers pour subvenir à ses besoins. Il se rend à Hollywood en 1914. Le jeune homme, passionné de théâtre, se fait embaucher comme accessoiriste. Il interprète incidemment de petits rôles pour Thomas Ince, l’un des pionniers du Cinéma Américain. Ces premiers pas sur les planches lui permettent de s’essayer à la mise en scène. C’est ainsi qu’en 1916, il réalise le film inaugural de sa longue et prolifique carrière : That Gal of Burke’s.
Particularités
La première particularité de Frank Borzage est de nature patronymique. Son nom ne se prononce pas « Borzedge » mais « Borzègui ». Le réalisateur Américain doit cette singularité à un père Italien qui s’appelait Borzaga.
D’abord acteur, Frank Borzage est devenu, avec John Ford et Raoul Walsh, le pilier de la prestigieuse Century Fox. Il est considéré comme un précurseur de la caractérisation psychologique des personnages. Son premier succès public est Humoresque, adaptation d’un roman de Fanny Hurst qu’il signe en 1920. Sa filmographie est riche de plusieurs dizaines de titres. Certains, à l’image de L’heure suprême (Seventh Heaven), de L’adieu aux armes (A Farewell to Arms) ou encore, de Ceux de la zone (Man’s Castle), constituent des chefs d’œuvre du Septième Art. Tous proposent une réflexion pénétrante sur la Richesse, la Misère et la Pauvreté. Cette vaste méditation, profondément influencée par la tradition Judéo-Chrétienne, traverse l’ensemble des genres cinématographiques. Elle s’exerce aussi bien dans le Film noir, le Mélodrame et la Fable que dans la Comédie, le Western et l’Aventure. Elle se double fréquemment d’une vision romantique de l’Amour et du Couple.
Notons que Frank Borzage tourna, dans les années 1930, une « trilogie germanique ». Ce triptyque se compose d’Et demain (Little Man, What Now ?), de Trois camarades (Three Comrades) et de The Mortal Storm.
Précisons enfin que la carrière du cinéaste connut un coup d’arrêt de dix ans, entre le remarquable Fils du pendu (Moonrise) (1948) et China Doll (1958). A ce jour, cette interruption demeure inexpliquée.