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    Éducation à domicile

    Définition

    Par éducation à domicile, on entend «l'éducation d'enfants d'âge scolaire sous la supervision de leurs parents, en lieu et place de la fréquentation à temps plein d'un établissement d'enseignement.»

    Aux États-Unis , où le mouvement a commencé sous sa forme actuelle, au cours de la décennie 1970, l'éducation à domicile touche entre 1,1 et 1,9 millions d'enfants et connaît une croissance annuelle oscillant entre 10 et 24% depuis 1992. Elle est maintenant une chose admise, considérée comme légitime. Les grandes universités ont commencé à faire du recrutement auprès des familles qui ont choisi cette voie. Le mouvement a gagné de nombreux autres pays, dont le Canada, la Nouvelle Zélande, l'Australie, la France, le Royaume Uni, l'Espagne, la Grèce, la Suisse, le Mexique, le Japon, la Russie et l'Afrique du Sud.

    L'éducation à domicile est aussi vieille que les domiciles eux-mêmes. Elle rappelle la prose de monsieur Jourdain. On l'a toujours pratiquée sans le savoir et c'est dans ces conditions sans doute qu'elle a donné ses meilleurs résultats. On lui donne un nom et on en parle aujourd'hui comme d'une chose nouvelle parce qu'elle apparaît comme un remède aux maux des écoles, qui, dans de nombreux pays, ont le monopole de l'éducation.

    Il ne s'agit pas du regroupement de quelques parents fondamentalistes mécontents de l'éducation religieuse que leurs enfants reçoivent à l'école. Il y a certes des familles de ce type parmi celles qui choisissent l'éducation à domicile, mais elles ne sont pas majoritaires et leurs valeurs ne sont pas toujours apparentées à celles des penseurs du mouvement. Car ce mouvement a ses penseurs, dont le moins qu'on puisse dire est que, pour ce qui est de la stature intellectuelle, ils n'ont rien à envier au penseur de l'école publique américaine, John Dewey. Le plus connu et le plus influent s'appelle John Holt.

    L'éducation à domicile au Canada

    Voici la tendance, selon les statistiques des Ministères de l’Éducation

    1979 : 2 000 enfants

    1996 : 17 723, (0,4% du total) une croissance de 776% en 18 ans

    Selon les Associations d’éducation à la maison

    1997: 60 000 (1% des enfants)

    2004 : 80 000

    Selon Christine Brabant (1): En 2004, 100 000 familles éduquaient leurs enfants à la maison.

    L'éducation à domicile au Québec

    Le nombre d’enfants éduqués à domicile se situe entre 2500 et 5000 en 2004.

    Au Québec, la loi qui autorise l’éducation à domicile est un bel exemple d’une mesure qui sera utilisée à des fins autres que celles pour lesquelles elle avait été adoptée.

    «En 1988, quand la nouvelle Loi sur l'instruction publique amorce la déconfessionnalisation du système d'éducation2, une extension est faite à la dispense de l'obligation de fréquentation scolaire, alors prévue pour les enfants malades, handicapés ou expulsés de l'école, pour y inclure les enfants éduqués à domicile. Cette dernière situation est décrite à l'article 15.4:

    «Est dispensé de l’obligation de fréquenter une école l’enfant qui reçoit à la maison un enseignement et y vit une expérience éducative qui, d’après une évaluation faite par la commission scolaire ou à sa demande, sont équivalents à ce qui est dispensé ou vécu à l’école. (L.R.Q., c.I-13.3).

    Cette possibilité d'exemption est en fait une soupape prévenant l'ire des groupes religieux face à la déconfessionnalisation de l'enseignement, mais elle ouvre du même coup la porte aux parents désireux, pour toute autre raison, de conserver l'entière responsabilité de l'éducation de leurs enfants.»

    Selon l’auteur de ce commentaire, Christine Brabant qui, en 2004, a consacré sa thèse de maîtrise en sciences de l’éducation à ce sujet, tout est encore flou. Les commissions scolaires ont le mandat de reconnaître le droit de dérogation. Les directives qu’elles reçoivent ne semblent pas suffisamment claires. «Cette option éducative est l'objet d'un flou réglementaire qui mécontente à la fois certains parents et les autorités scolaires chargées de l'application de la loi. Elle est aussi au centre d'un vide scientifique: aucune étude antérieure n'a ciblé spécifiquement la population québécoise et on ne peut s'appuyer sur les quelques études pan-canadiennes, vu le caractère distinct de la culture du Québec.» (2)

    1-2 Brabant, Christine
    L'éducation à domicile au Québec: les raisons du choix des parents
    et les principales caractéristiques sociodémographiques des familles
    Mémoire présenté en 2004 à la Faculté d'éducation
    en vue de l'obtention du grade de
    Maître ès arts (M.A.)Maîtrise en sciences de l'éducation
    Document publié sur Internet.
    http://erta.educ.usherbrooke.ca/documents/MemoireBrabant.pdf

    L'éducation à domicile en Colombie britannique

    La responsabilité de l’éducation à domicile est confiée aux écoles privées plutôt qu’aux écoles publiques comme au Québec et chaque enfant engagé dans cette voie a droit à une subvention de 250$ ou de 175$ par année selon qu’il est associé à une école du Groupe 1 (Subvention de 50% ou du groupe B (subvention de 35%).
    En 1989-90, 1865 enfants ont bénéficié de ce programme et en 2004-2005, 3068. Ces chiffres ne donnent pas une idée exacte du nombre d’enfants recevant leur éducation à domicile. De nombreux parents n’inscrivent pas leurs enfants dans une école.

    Enjeux

    De la thèse de Christine Brabant, il ressort :
    «Dans l'ensemble, conclut Christine Brabant, ces parents profondément engagés auprès de leurs enfants, choisissent principalement l'éducation à domicile pour poursuivre un projet d'éducation en famille et parce qu'ils portent un regard critique sur le système d'éducation, aux plans des modes d'organisation, du manque d'enrichissement des programmes et de l'impact de la scolarisation sur le développement socioaffectif des enfants. Comme la recherche sur l'efficacité de l'éducation à domicile n'émet que des conclusions favorables sur la réussite scolaire et sociale des enfants concernés, cette pratique met les chercheurs en éducation et les autorités scolaires au défi de la comprendre et d'apprendre de cette vision marginale de l'éducation des enfants d'âge scolaire».

    Essentiel

    L'école est-elle une prison?
    Aux Etats-Unis, les décennies 1960 et 1970 ont été une période fertile en réflexions originales et profondes sur l'école. On se souvient d'ouvrages comme The Limits of schooling, auquel outre John Holt, Paul Goodman et Peter Marin ont collaboré. Tous partageaient les vues d'Ivan Illich, l'auteur d'un ouvrage qui avait grand bruit quelques années auparavant : La société sans école.

    Dès 1964, John Holt, qui avait enseigné dans des écoles privées, avait publié How our children fail suivi trois ans plus tard de How children learn? Chacun de ces ouvrages eut un grand succès aux Etats-Unis et fut traduit en plus de dix langues. À ce moment, Holt misait sur les écoles libres pour résoudre les problèmes dont il avait été témoin, mais cette solution devait bientôt lui paraître insuffisante. Endant, il avait lui-même fréquenté des écoles privées qu'il refusait de nommer parce que, disait-il, l'essentiel de ce que je sais aujourd'hui, je l'ai appris hors de ces écoles.

    L'école lui apparut peu à peu comme une prison. Il s'employa dès lors à en libérer les enfants, première condition à remplir pour pouvoir ensuite, suivant l'exemple de Socrate, les aider à accoucher de la vérité cachée en eux. Dans les villes où il prononçait des conférences, il entrait en contact avec les familles qui avaient fait le choix d'éduquer leurs enfants à domicile. Pour aider ces familles à s'entraider, il lança en 1977 une lettre intitulée Growing without School qui allait devenir le premier magazine du mouvement.

    Il savait qu'il ne toucherait au début que quelques familles isolées, que la croissance du mouvement serait lente; quand on lui reprochait d'être élitiste, il répondait : «parce qu'on ne peut pas libérer tous les esclaves à la fois, faut-il s'interdire de commencer par en libérer quelques-uns? »

    La question à laquelle Holt a cherché une réponse sur le plan théorique d'abord, dans l'action ensuite, était simple : comment redonner aux gens le désir de rentrer en possession de cette compétence proprement humaine dont ils se sont départis au profit des experts. Par compétence proprement humaine, il faut entendre ce premier cercle au cœur de tout être humain où s'ébauche le sens de la vie, qu i est le lieu de l'amour, du malheur, de l'art, de la nourriture, du sentiment religieux, du sens cosmique, de la connaissance gratuite de la nature et des sociétés, de l 'éducation, du souci de sa santé etc.

    Tailler la pierre ou travailler le fer sont des tâches que l'on peut confier à des hommes de métier sans renoncer à son humanité. Il n'en est plus de même quand on fait appel à un psychologue pour consoler un proche dans un malheur normal. À force de s'abandonner au savoir hétéronome, dans ces choses essentiellement humaines, on finit par ne plus voir la nécessité de remonter aux sources de la sagesse.

    Un primitif pouvait connaître jusqu'à trente mille herbes, ce qui lui permettait de bien se nourrir tout en évitant les poisons. C'était là un savoir autonome. Aujourd'hui ce sont des experts qui décident pour nous de ce qui convient à notre santé et, tout ce qu'ils autorisent se trouvant dans les supermarchers, il n'est pas nécessaire que nous développions notre goût, nous pouvons nous fier aux étiquettes. Notre savoir en ce domaine est hétéronome.

    Heureuse analogie. Goûter se dit en latin sapere, racine du mot savoir. À l'exemple de notre culture alimentaire, tous nos savoirs proprement humains tendent à devenir hétéronomes. L'école joue un rôle central dans ce processus d'aliénation. Elle dépouille progressivement les parents et les enfants eux-mêmes, premiers intéressés par la chose, de la conviction qu'ils ont eux-mêmes toute compétence pour s'occuper de leur éducation et de celles de leur proche. C'est à des experts diplômés en sciences de l'éducation qu'il appartient de aux gens quand, comment, à quel moment et à quelle dose, ils doivent absorber telle nourriture intellectuelle. L'école est le supermarché des nourritures intellectuelles.

    On reconnaît là la thèse qu'a défendue Ivan Illich à propos de l'éducation, dans Société sans école, à propos du transport dans Énergie et équité, de la vie quotidienne dans Tools for Conviviality, de la santé dans Némésis médicale. Dès la parution de Deschooling society, Holt et Illich entretiendront une correspondance suivie. «L'être dont l'école a besoin en tant que client ne possède ni l'indépendance nécessaire ni les raisons de grandir par lui-même»avait écrit Illich. John Holt, Paul Goodman et les autres promoteurs de l'éducation à domicile, s'efforceront de leur donner cette indépendance et ces raisons que nous appelons la compétence proprement humaine.

    Au Canada, et sans doute en est-il ainsi dans d'autres pays, c'est un «think thank» néo-libéral, le Fraser Institute qui assure de la façon la plus visible la promotion de l'éducation à domicile. Peut-être en est-il ainsi dans d'autres pays. Ce fait à lui seul explique pourquoi beaucoup de gens associent le mouvement éducation à domicile à la droite. À tort! Comme ses leaders ne cessent de le répéter, ce mouvement n'appartient à aucun parti politique. Il a pris forme lentement au cours des siècles et il s'impose en ce moment au fur et à mesure que les écoles s'affirment en tant qu'instruments de standardisation et d'homogénéisation.

    Le reproche de cultiver l'individualisme souvent adressé au mouvement GWS n'est pas mieux fondé. C'est l'école qui, formant des êtres hétéronomes, en fera des individus passifs, asservis aux experts et aux diktats des médias et tout disposés à s'intégrer à la masse plutôt de participer activement à la vie d'une communauté. L'éducation telle que la conçoivent Illich, Holt et Goodman appartient à la communauté, à la famille certes mais à une famille, qui est elle-même une petite communauté entrant tout naturellement en rapport avec d'autres groupes semblables, au fur et à mesure que ses membres reprennent possession de leur compétence proprement humaine.

    Un ami d'Illich ayant reçu une invitation d'une famille de Cologne, fit savoir à cette famille qu'il rêvait depuis longtemps de visiter les lieux, dans leur région, où avait vécu Hildegarde von Bingen. Ignorant tout de ce personnage mais désireux d'accéder aux vœux de leur invité, les hôtes décidèrent de sortir de leur ignorance. Mais comment devenir de bons guides vers Hildegarde en si peu de temps? Ils s'adressèrent à leurs voisins immédiats, une vingtaine, pour leur demander s'ils connaissaient ce personnage historique. L'une des familles possédait un livre sur elle, mais personne ne l'avait lu. Ce fut l'occasion de le faire. Dans d'autres familles on consulta des encyclopédies. Au bout de quelques semaines tout le quartier se passionnait pour cette femme qui eut un rayonnement comparable à celui de Bernard de Clairvaux, plusieurs familles avaient visité les lieux où elle avait vécu et l'invité d'une famille fut l'invité de tout un quartier à une fête de la connaissance.

    Cette histoire illustre parfaitement la dimension communautaire de l'éducation à domicile. N'en concluons pas toutefois qu'elle prend toujours cette forme. Elle couvre plutôt un large spectre où un extrême l'enseignement se fait de la façon la plus naturelle et à l'autre extrême d'une façon formelle qui rappelle l'école

    En 1978 Holt publia un ouvrage intitulé : Never too late, my musical history où il raconte comment à un âge avancé, il s'est mis à l'étude du violoncelle, sans jamais certes avoir l'illusion devenir un virtuose mais avec la joie de donner l'exemple d'une compétence humaine retrouvée. Cette expérience fut pour lui l'occasion de rappeler que dans un contexte convivial, on peut enseigner même ce qu'on ne sait pas et qu'on ne peut savoir, en entraînant de plus doués que soi vers vers de nouvelles sphères de connaissance.

    Avec la meilleure bonne volonté du monde, avec le plus grand altruisme même les experts ont progressivement convaincu chacun d'entre nous de son incompétence dans les choses proprement humaines. Le premier souci de Holt comme d'Ilich aura été d'inverser cette tendance.

    Dans Paideia ou la formation de l'homme grec, Werner Jaeger avait montré comment l'éducation, dans le contexte de la Grèce antique, était l'œuvre de toute la cité, l'harmonie extérieure des temples et des poèmes faisant pénétrer dans l'âme par les sens cette harmonie intérieure dont les philosophes s'efforçaient de préciser la nature. Les écoles, quand elles existaient et quand on y avait recours, n'étant qu'un élément de la vie de cette cité.

    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2014-01-13
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