• Encyclopédies

      • Encyclopédie de l'Agora

        Notre devise: Vers le réel par le virtuel!


      • Encyclopédie sur la mort

        L’encyclopédie sur la mort veut s'intéresser à ce phénomène sous ses multiples aspects et ses diverses modalités.


      • Encyclopédie Homovivens

        Encyclopédie sur les transformations que l'homme opère en lui-même au fur et à mesure qu'il progresse dans la conviction que toute vie se réduit à la mécanique.


      • Encyclopédie sur l'inaptitude

        Tout le monde en conviendra : c'est au sort qu'elle réserve aux plus vulnérables de ses membres que l'on peut juger de la qualité d'une société. Aussi avons-nous voulu profiter ...


      • Encyclopédie sur la Francophonie

        L'Encyclopédie de la Francophonie est l'une des encyclopédies spécialisées qui se développent parallèlement à l'Encyclopédie de l'Agora.

  • Dictionnaires
  • Débats
      • Le Citoyen Québécois

         Après la Commission Gomery, la Commission Charbonneau! À quelles conditions pourrions-nous en sortir plus honnêtes… et plus prospères

      • L'homme, la nature, la techique

        Réflexions inspirées de Bernard Charbonneau et Jacques Ellul, avec la collaboration de l'Association Aquitaine B.Charbonneau J.Ellul, sous la présidence de Sébastien Mor...

  • Sentiers
      • Les sentiers de l'appartenance

        L'appartenance c'est le lien vivant, la rencontre de deux Vies : la nôtre et celle de telle personne, tel  paysage...Quand la vie se retire, le sentiment d'appropriation se substitue au ...

      • Le sentier des fleurs sauvages

        Nous sommes des botanistes amateurs. Notre but est de partager un plaisir orienté vers une science complète où le regard du poète a sa place à côté de celui du botaniste, du généticien, du gastrono...

  • La lettre
    • Édition


    Impression du texte

    Edmondo De Amicis

    Edmondo De Amicis (1846-1908) est déjà célèbre lorsqu’il publie Cuore. Cet ancien officier, devenu journaliste, entame avec ce livre une production dédiée à l’école dont les deux versants sont l’exaltation d’une pédagogie patriotique proclamant que la nation s’apprend en famille et sur les bancs de l’école publique, et la dénonciation des dures conditions de vie des enseignants. À partir des années 1890, l’ancien monarchiste modéré deviendra un ardent socialiste qui mettra sa notoriété au service des victimes de son temps – ouvriers et émigrés.






    Biographie

    Extrait du Livre Coeur (éd. Rue d'Ulm, 2005 pour la traduction française, traduction de Piero Caracciolo, Marielle Macé, Lucie Marignac et Gilles Pécout / Milano, Bompiani, 1973)

    "La petite vedette lombarde"

    En 1859, pendant la guerre de libération de la Lombardie, quelques jours après la bataille de Solférino et San Martino1, que les Français et les Italiens ont gagnée contre les Autrichiens, par une belle matinée du mois de juin, un petit détachement de chevau-légers de Saluzzo avançait lentement vers l'ennemi par un chemin solitaire, en explorant soigneusement la campagne. Un officier et un sergent étaient à la tête de ce détachement. Tous les soldats regardaient fixement au loin, droit devant eux, muets, s'attendant à voir d'un moment à l'autre l'uniforme blanc des avant-postes ennemis.
    Ils arrivèrent ainsi à une maison de paysans, entrouée de frênes, devant laquelle se trouvait un garçon d'une douzaine d'années : il était seul et taillait avec son couteau un rameau pour en faire un petit bâton. Un drapeau tricolore pendait à une des fenêtres de la maison; à l'intérieur il n'y avait personne : les paysans, après avoir accroché le drapeau à la fenêtre, s'étaient enfuis par peur des Autrichiens. Dès qu'il vit les cheveau-légers, l'enfant abandonna son bâton et ôta son béret. C'était un beau garçon, au visage hardi, avec des grands yeux bleus, de longs cheveux blonds : il ne portait qu'une chemise, ouverte sur la poitrine.
    "Qu'est-ce que tu fais ici ? lui demanda l'officier, en arrêtant son cheval, pourquoi n'as-tu pas fui avec ta famille ?
    - Je n'ai pas de famille, répondit l'enfant. Je ne suis qu'un enfant trouvé. Je travaille un peu pour tout le monde. Je suis resté ici pour voir la guerre.
    - As-tu vu passer les Autrichiens ?
    - Pas depuis trois jours."
    L'officier réfléchit quelques instants; puis il descendit de cheval et, laissant les soldats postés en direction de l'ennemi, il entra dans la maison et monta sur le toit. La maison n'était pas haute; du toit on ne voyait qu'une petite étendue de campagne.
    "Il faut monter sur les arbres" dit l'officier, et il redescendit. Juste devant la maison se trouvait un frêne grand et mince, dont la cime oscillait dans le ciel azuré. L'officier réfléchit, regardant tantôt l'arbre, tantôt les soltats; puis soudain, il demanda à l'enfant :
    "Et toi, garnement, tu as bonne vue ?
    - Moi ? répondit l'enfant, je vois un moineau à un mille de distance.
    - Tu serais capable de grimper jusqu'au sommet de cet arbre ?
    - Au sommet de cet arbre ? Moi ? En trente secondes, j'y suis.
    - Et tu saurais me dire ce que tu vois de là-haut, s'il y a des soldats autrichiens de ce côté-là, des nuages de poussière, des fusils qui scintillent, des chevaux ?
    - Bien sûr que je saurais.
    - Qu'est-ce que tu veux en échange de ce service ?
    - Qu'est-ce que je veux ? dit l'enfant en souriant. Rien. Elle est bonne, celle-là. Et puis ! ... Si c'était pour les Allemands, à aucun prix; mais pour les nôtres ! Je suis Lombard, moi.
    - Bien. Monte, alors.
    - Un instant, que j'enlève mes chaussures."
    Il enleva ses chaussures, serra sa ceinture, jeta son béret dans l'herbe pour le retenir, comme s'il avait été saisi d'une crainte soudaine.
    L'enfant se tourna pour le regarder, avec ses yeux bleus, d'un air interrogatif.?
    "Rien, dit l'officier, monte".
    En quelques instants l'enfant fut au sommet de l'arbre, accroché au tronc, les jambes cachées dans les feuilles mais le buste découvert, et le soleil illuminait sa tête blonde qui semblait d'or. L'officier le voyait à peine, tant il était petit là-haut.
    "Regarde tout droit et bien loin" cria l'officier.
    L'enfant, pour mieux voir, détacha la main droite de l'arbre et la porta à son front.
    "Que vois-tu ?" demanda l'officier.
    L'enfant pencha son visage vers lui, et, se faisant un porte-voix de la main, répondit :
    "Deux hommes à cheval sur la route blanche.
    - A quelle distance d'ici ?
    - Un demi-mille.
    - Bougent-ils ?
    - Ils sont à l'arrêt.
    - Que vois-tu d'autre ? demanda l'officier après un moment de silence. Regarde à droite."
    L'enfant regarda à droite. Puis il dit :
    "Près du cimetièère, parmi les arbres, il y a quelque chose qui brille. On dirait des baïonnettes.
    - Est-ce que tu vois des hommes ?
    -Non, ils doivent être cachés dans les blés."
    A ce moment-là, on entendit le sifflement d'une balle : d'abord haut dans l'air, puis atténué derrière la maison.
    "Descend, mon garçon ! cria l'officier, ils t'ont vu. Je ne veux rien d'autre. Descends !
    - Je n'ai pas peur, répondit l'enfant.
    -Descends..., répéta l'officer; que vois-tu d'autre à gauche ?
    - A gauche ?
    - Oui, à gauche ?
    L'enfant tendit la tête à gauche... A ce moemnt, un autre sifflement fendit l'air, plus bas que le premier avec un sifflement plus aigu. L'enfant tressaillit de tout son corps. "Diable ! s'exclama-t-il, c'est à moi qu'ils en veulent." La balle était passée tout près de lui.
    "Descends ! cria l'officier, impérieux et irrité.
    - Tout de suite, répondit l'enfant, mais l'arbre me protège, soyez rassuré. A gauche, vous me demandiez ?
    - A gauche, répondit l'officier; mais descends.
    - A gauche, cria l'enfant, en se penchant de ce côté-là, là où il y a une chapelle, j'ai l'impression de voir..."
    On entendit passer en haut un troisième sifflement, et presque en même temps on vit l'enfant descendre, se retenant quelques instants au tronc et aux branches, puis précipité la tête en bas, les yeux ouverts.
    "Malédiction !" s'écria l'officier en accourant.
    Le garçon tomba brutalement sur les dos et resta allongé, les bras en croix; un petit ruisseau de sang jaillissait de sa poitrine, à gauche. Le sergent et deux soldats descendirent rapidement de cheval. L'officier se pencha et lui ouvrit la chemise : la balle avait pénétré dans le poumon gauche.
    "Il est mort ! s'exclama l'officier.
    - Non, il est vivant ! répondit le sergent.
    - Ah ! Pauvre garçon ! Brave garçon ! s'écria l'officier. Courage ! Courage !"
    Mais pendant que l'officier lui donnait du courage et qu'il rpessait son mouchoir sur la blessure, les yeux de l'enfant se révulsèrent et sa tête tomba : il était mort. L'officier blêmit, et le contempla un moment. Puis il l'allongea et lui posa avec soin sa tête sur l'herbe; il se leva et le regarda encore. Le servent et les deux soldats le regardaient aussi, immobiles; les autres étaient tournés en direction de l'ennemi.
    "Pauvre garçon ! répéta avec tristesse l'officier, pauvre et brave garçon !"
    Puis il s'approcha de la maison, prit le drapeau tricolore qui était fixé à la fenêtre, et l'étendit comme un linceul sur l'enfant mort, en laissant son visage découvert. Le sergent rassemblat à côté du mor ses chaussures, son béret, son petit bâton et son couteau.
    Ils restèrent encore un instant silencieux. Puis l'officier s'adressa au sergent et il lui dit : "On enverra l'ambulance le chercher. Il est mort en soldat; les soldats l'enterreront. " Après avoir prononcé ces mots, il envoya de la main un baiser à l'enfant, et cria : "Remontez sur les chevaux." Les soldats s'exécutèrent, le détachement se rassembla et reprit son chemin."




    Notes
    1. Cette bataille est l'une des dernières de la Deuxième Guerre d'indépendance menée de mai à juillet 1859 par les Piémontais et leurs alliés français. La victoire franco-piémontaise remportée le 24 juin 1859 fait suite à celle de Magenta vingt jours plus tôt. Les Autrichiens, commandés par l'empereur François-Joseph en personne, rencontrent les Français à Solférino et les Piémontais à San Martino, à quelques kilomètres de là. Malgré leur infériorité numérique (140 000 hommes contre plus de 160 000) les alliés brisent les défenses autrichiennes et la bataille s'achève dans une extrême confusion par la retraite des Autrichiens au-delà du cours du Mincio. Après Solférino et San Martino, les Italiens contrôlent la Lombardie et sont aux portes de la Vénétie. En France, malgré la victoire, les 40 000 victimes et la cruauté des combats - qui inspirèrent l'idée de la Croix-Rouge au Suisse Henri Dunant - rendent de plus en plus impopulaire la campagne d'Italie; ce qui explique le brusque retrait français en juillet 1859. Sur l'écho et la mémoire nationale de Solférino et de San Martino, on consultera Nina Quarengli, L'Altra Battaglia. Solferino e San Martino tra realtà e memoria, Vérone, Cerre Edizioni, 1999.

    Oeuvres


    Le livre Cœur d’Edmondo De Amicis
    suivi de deux essais d’Umberto Eco
    Cuore (« Cœur »), que les Italiens appellent couramment Le livre Cœur, a été le texte le plus lu en Italie entre sa publication en 1886 et la fin des années 1960. Reconstituant les multiples événements d’une année scolaire vécue par des enfants de Turin, il a connu une immense fortune littéraire avant de susciter chez certains intellectuels comme Umberto Eco une profonde et spirituelle aversion.
    Depuis sa traduction incomplète et approximative en 1892, on ne disposait d’aucune édition critique intégrale en français de ce livre, dont la portée pédagogique et politique pour l’Italie de la fin du XIXe siècle est comparable à celle du Tour de la France par deux enfants sous la IIIe République.
    Lire Le livre Cœur aujourd’hui, que l’on soit captivé ou irrité par l’abondance des bons sentiments qui s’y expriment, c’est d’abord vouloir retrouver une société où les apprentissages personnels prennent leur sens en incarnant une communauté nationale idéale.


    Sommaire du Livre Coeur

    Le livre Cœur. Livre pour les enfants
    Octobre : La rentrée - Notre maître - Un malheur - Le petit Calabrais - Mes camarades - Un trait de générosité - Ma maîtresse de Première supérieure - Dans une mansarde - L'école - Le petit patriote de Padoue (Récit du mois) - Le ramoneur - Le jour des morts
    Novembre : Mon ami Garrone - Le charbonnier et le riche - L'institutrice de mon frère - Ma mère - Mon camarade Coretti - Le directeur - Les soldats - Le protecteur de Nelli - Le premier de la classe - La petite vedette lombarde (Récit du mois) - Les pauvres
    Décembre : Le commerçant - Vanité - Première neige - Le petit maçon - Une boule de neige - Les institutrices - Chez le blessé - Le petit écrivain florentin (Récit du mois) - La volonté - Gratitude
    Janvier : Le remplaçant de notre instituteur - La bibliothèque de Stardi - Le fils du forgeron - Une belle visite - Les funérailles de Victor-Emmanuel - Franti chassé de l'école - Le petit tambour sarde (Récit du mois) - L'amour de la patrie - Jalousie - La mère de Franti - Espérance
    Février : Une médaille bien méritée - De bonnes résolutions - Le petit train mécanique - Orgueil - Les accidentés du travail - Le prisonnier - L'infirmier de tata (Récit du mois) - La forge - Le petit paillasse - Le dernier jour du Carnaval - Les enfants aveugles - Le maître est malade - La rue
    Mars : Les cours du soir - La bagarre - Les parents - Le numéro 78 - La mort d'un enfant - La veille du 14 mars - La distribution des prix - Une dispute - Ma sœur - Sang romagnol (Récit du mois) - Le petit maçon moribond - Le comte Cavour
    Avril : Le printemps - Le roi Humbert - La salle d'asile - À la gymnastique - L'instituteur de mon père - Convalescence - Les amis ouvriers - La mère de Garrone - Giuseppe Mazzini - Valeur civique (Récit du mois)
    Mai : Les petits rachitiques - Sacrifice - L'incendie - Des Apennins aux Andes (Récit du mois) - L'été - Poésie - La sourde-muette
    Juin : Garibaldi - L'armée - L'Italie - 32 degrés - Mon père - À la campagne - La distribution des prix aux ouvriers - La mort de mon institutrice - Merci ! - Naufrage (Dernier récit du mois)
    Juillet : La dernière page de ma mère - Les examens - Le dernier examen - Les adieux
    Notes
    Éloge de Franti, par Umberto Eco
    Franti strikes again, par Umberto Eco
    Le livre Cœur : éducation, culture et nation dans l'Italie libérale, par Gilles Pécout
    Repères bio-bibliographiques

    Les traducteurs
    Gilles Pécout enseigne l’histoire contemporaine à l’Ens. Historien de l’Italie du XIXe siècle, il est notamment l’auteur de Naissance de l’Italie contemporaine, Paris, Nathan, 1997.
    Piero Caracciolo enseigne l’italien à l’ENS.
    Marielle Macé est chercheur en littérature au CNRS
    Lucie Marignac est directrice des Éditions Rue d’Ulm.

    Dossier réalisé par Marc Foglia, mai 2006
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
    Loading
    Informations
    Références
    Données biographiques
    Nationalité
    Italie
    Naissance
    1846, Oneglia (province d' Imperia)
    Déces
    1908
    Raccourcis
    Les textes du Cuore en italien

    Biographie de De Amicis en italien
    "Dopo aver frequentato il liceo a Torino, si iscrisse all’Accademia militare di Modena. L’idea della vita militare come positivo metodo di educazione, come cammino dell’individuo verso l’integrità ed il controllo di sé, rimarrà sempre assai viva in De Amicis, affiorando a più riprese nella sua opera."

    Référence


    Contribuez au rayonnement des oeuvres de l'Agora/Homo vivens en devenant membre ou en faisant un don.