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    Impression du texte

    Bière

    Définition

    C. Brainez: histoire de la bière
    «L'usage des boissons fermentées remonte aux premiers âges de l'Humanité.

    Le nomade ne connut d'abord pour se désaltérer que l'eau des fontaines et le lait de ses troupeaux. Mais lorsque les peuplades errantes se furent fixées au sol par les travaux de l'Agriculture, elles apprirent à la fois à tirer de leurs récoltes un pain nutritif et une boisson substantielle. Aussi, partout où se rencontrent des hommes, il existe des boissons enivrantes. Les traditions les plus anciennes attribuent à Noé l'invention du vin. Dans les régions déshéritées par un climat trop rigoureux des doux fruits de la vigne, diverses substances procurent à l'homme l'excitation artificielle qu'il demande aux coupes fermentées. En première ligne se place la boisson tirée des céréales et connue dès la plus haute antiquité sous les noms variés de cerevisia, curmen, etc.

    Passons de suite au bon Roi Gambrinus, l'inventer de la bière, célébré par les poètes et les chansonniers, et sous le patronage duquel les brasseurs flamands se font une gloire de se placer.

    Hélas ! Gambrinus n'a jamais existé et son triomphe ne repose que sur une légende populaire.

    Toutefois, ne méprisons pas les légendes: elles sont bien souvent liées à un fait historique, mais ici il est singulièrement obscur.

    Les livres anciens des corps et métiers flamands parlent d'un roi des Flandres ou du Brabant qu'ils nomment Gambrinus qui aurait vécu 1200 ans avant Jésus-Christ et qui aurait inventé la bière; pour glorifier cette invention le pape aurait, ajoute-t-on, mis Gambrinus au nombre des Saints, sous le nom de Saint Arnould.

    Il n'y a aucune confirmation daims l'histoire de ces racontars du Moyen-âge, seulement on s'est aperçu de nos jours que l'image du prétendu Gambrinus, perpétuée par la gravure depuis l'origine de l'imprimerie, rappelle les traits de Jean Ier, duc de Brabant, tel qu'il est représenté sur son tombeau à Bruxelles.

    Or, Jean 1er régna de 1261 à 1304 et son nom latinisé par le populaire des Flandres était Jeanprimus. Il n'en a pas fallu davantage pour transformer Jeanprimus et Gambrinus et faire de ce roi du Brabant le Gambrinus de la légende et le royal inventeur de la bière.

    Par suite d'emprunt à cette légende nous trouvons dans les Pays-Bas et en Belgique, beaucoup de Brasseries à l'enseigne : Au duc de Brabant.

    Ne démolissons pas leur idole plus longtemps et revenons à notre point de départ.

    Ce ne sont pas les peuples du Nord seulement qui ont fait de la bière leur boisson principale; partout où la culture des céréales a été en honneur on retrouve une liqueur fermentée dont la substance première est donnée par le grain.

    L'Egypte, cette terre des moissons, est aussi la première à nous montrer l'usage de la bière au début même des civilisations connues. Hérodote en attribue l'invention aux dieux protecteurs de l'Egypte; elle remonterait à Osiris, vingt siècles avant l'ère chrétienne. Osiris, dieu solaire, protecteur des morts, adoré sous la forme du bœuf Apis, selon Diodore de Sicile (livre 1er ch. 20) parcourut l'Univers. Dans les contrées où la terre était impropre à la culture de la vigne, il apprit, aux peuples à composer avec l'orge, une boisson dont la force et le parfum égalaient presque ceux du vin.

    Diodore appelle cette boisson : vin d'orge.

    Hérodote (livre II) se sert de la même expression pour qualifier la boisson que les Egyptiens fabriquaient à Péluse,boisson qu'il distingue du vin préparé avec le fruit de la vigne.

    Théophraste (livre VI, chap, 15), Dioscoride, Strabon, Athénée, parlent ainsi en plusieurs endroits du vin d'orge de Péluse qu'ils dénomment Zurhos, Zéthos, Zuthion, appellations que Pline et Columelle traduisent par le mot latin Zithus.

    Aristote, au livre de l'ivresse, nomme la bière une boisson tirée de l'orge.

    Pline, le naturaliste, nous indique les noms sous lesquels était connue de son temps la boisson tirée des grains : «C'est des mêmes grains que l'on fabrique une boisson que l'Egypte appelle Zythum, qu'on nomme Cœlia ou Ceria en Espagne, Cervisia (cervoise) en Gaule et ailleurs».

    César dans ses Commentaires et Tacite dans ses Mœurs des Germains, nous apprennent que les enfants de la Germanie: Angles, Saxons, Danois, Belges, Francs, Gaulois du Nord, n'avaient aucune espèce de vin et que leur boisson ordinaire était une liqueur faite de grain fermenté. Enfin la célèbre école de Salerne vantait les propriétés de la bière et la conseillait aux malades. Quelques hasardées que puissent être certaines versions, il est hors de doute que la bière a été de temps immémorial la boisson adoptée dans les pays ou le sol, par excès ou par défaut de chaleur, est réfractaire à la culture de la vigne; elle est restée la boisson habituelle des peuples Germaniques et Scandinaves, des Belges, des Hollandais, des Anglais et des Américains du Nord.

    Sous la domination romaine, dans les Gaules et dans la Belgique, l'industrie de la bière était déjà florissante; elle survécut à l'invasion les barbares; au Moyeu Âge et jusqu'au siècle dernier elle jouit une prospérité presque ininterrompue.

    Sous Charlemagne on trouve des brasseries dans toutes les métairies impériales et dates chaque monastère.

    Des brasseries publiques étaient en outre installées sur divers points et, moyennant certaine redevance, chacun pouvait à jour fixe, y aller préparer de la bière.

    Cependant cette industrie ne fût pas plus que les autres exempte de vicissitudes.

    Pour conserver dans sa capitale la corporation des brasseurs qu’on appelait Cervoisiers, dont les produits étaient menacés de disparaître devant la concurrence du vin, Saint-Louis dut accorder de nombreux privilèges à cette corporation dont les premiers statuts datent de 1268. C'est sous son règne que la Brasserie de Paris fut soumise pour la première fois à des statuts et règlements particuliers comme la plupart des corporations de cette époque.

    [...]

    Les disettes que le régime économique de l'époque ramenait périodiquement ont, en effet, souvent déterminé les souverains à réglementer tantôt la plantation de la vigne pour l'empêcher d'empiéter sur les terres destinées à la production du froment, tantôt la transformation des céréales en boissons fermentées.

    C’est ainsi que la fabrication de la bière a été momentanément interdite par une série d'arrêts soit du prévot de Paris, soit du Parlement en 1481. 1693, 1709 et 1740. Des mesures de rigueur durent aussi être prises contre les sophistications dont la bière était déjà l'objet.

    [...]

    [L'origine du mot bière]
    D'après le savant Wossius, le mot bière viendrait du mot latin bibere (boire); sans être absolument affirmatif, de là serait venu le mot biber dont les italiens auraient fait biera; la dénomination anglo-saxonne est beor et scandinave bior. Ce serait donc de là que seraient tirés le nom Allemand bier, le nom Anglais beer, le nom Hollandais bir, qui auraient donné le nom Français bière.

    Pline cite également le mot brace par lequel les peuples de la Gaule désignaient le blé employé â la confection de la bière d'où vraisemblablement dérivent les vocables : brasser, brasserie et le vieux mot français bra qui, dans certaines localités se prend encore aujourd'hui dans le sens du mot brasce.»

    C. BRAINEZ, Histoire de la bière, Lille, éd. A. Thorez, 1908

    Documentation

    Pehr Kalm (1716-1779): les habitants de la Nouvelle-France peu friands de bière
    «Le vin est presque la seule liqueur que les gens un peu à l'aise aient l'habitude de boire. Cependant, on fait, pour l'été, avec la tête de l'épinette blanche, un breuvage qui s'appelle bière d'épinette ; mais l'usage n'en est pas général, et chez les gens de qualité il est rare qu'on en offre. Le Canada ne produisant pas de vin, (on ne peut donner ce nom aux liqueurs insipides que l'on fait avec le raisin indigène,) de grosses sommes sortent annuellement du pays pour l'importation de cet article. Les gens peu fortunés boivent de l'eau ; on n'a pas encore introduit ici la coutume de faire la bière d'orge; quant au cidre, les vergers ne peuvent fournir la quantité de pommes suffisante pour que l'usage de cette boisson devienne général parmi le peuple. Il s'en fait cependant, mais en petites quantités et seulement par des personnes riches, et par les grands propriétaires qui ont beaucoup d'arbres fruitiers, et plutôt par fan­taisie qu'en vue de l'utilité ou du profit. La haute classe habituée dès la jeunesse à ne boire que du vin, souffre beaucoup, en temps de guerre, lorsque les vaisseaux qui l'apportent sont interceptés par les corsaires anglais. A la fin de la dernière guerre, une barrique de vin valait deux cent cinquante francs et même cent écus. Un cheval de moyenne encolure coûte maintenant quarante francs et plus. Un beau cheval vaut cent francs.»

    PEHR KALM, Voyage de Kalm en Amérique du Nord, traduit par L. W. Marchand, Montréal, éd. Berthiaume, 1880, vol. 2, p. 228


    Bernardin de Saint-Pierre: la bière pour prévenir le scorbut
    «Un homme quelle que soit sa condition, n'est pas excusable d' ignorer comment se cultivent le blé, les divers légumes, et comment on les convertit en aliments. Il doit savoir, dans le besoin, se préparer à manger, comme il doit savoir se vêtir, se peigner, se laver ; il lui serait même utile d'apprendre comment se préparent nos principales boissons : il ne sait pas où le conduira la fortune. J'ai vu en Russie, et même dans nos armées, des officiers auxquels ces connaissances ont été souvent importantes. Bien en prit au capitaine Cook, dans ses voyages autour du monde, de savoir faire de la bière avec des branches de sapinette, pour préserver sur mer son équipage du scorbut.»

    BERNARDIN DE SAINT-PIERRE, «Harmonies de la nature», Oeuvres complètes, tome 8, Paris, Ladvocat, 1826

    *******


    Louis Pasteur, Études sur la bière. Réunies par Pasteur Vallery-Radot. Paris, Masson, 1928. VII-361 p.-XII f. de pl. ill. (Oeuvres de Pasteur; 5) (format pdf)
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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