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Le créateur de symboles

Henri Niel

En 1965, dans le cadre des Entretiens de Genève, eut lieu un colloque mémorable intitulé Le robot, la bête et l'homme. Entre autres, Jacques Monod, Ernest Ansermet, Vercors, Roger Caillois, le R.P. Henri Niel figuraient parmi les conférenciers. La variété, la qualité et la pertinence des positions adoptées nous autorisent à considérer ce colloque comme l'événement intellectuel fondateur de l'ère du numérique.

Voici un extrait de la conférence du R.P. Henri Niel assorti d'un lien vers le site Les classiques des sciences sociales, lequel a assuré la numérisation des actes du colloque.



«Pour apprendre comment la tradition chrétienne situe l’homme dans le monde il n’est que d’ouvrir la Bible. La Genèse nous dit que Dieu a créé Adam à son image, chose qui n’est pas affirmée des animaux. Dieu constitue ensuite Adam seigneur et maître de la terre. Tous les animaux reçoivent l’ordre de répondre à son appel, mais lui-même doit obéir à Dieu. A la différence de l’animal qui trouve le repos dans une existence purement naturelle, l’homme ne peut vivre son existence d’être sensible et animé que dans un rapport conscient et libre à Dieu. En d’autres termes, l’homme n’existe pas d’une existence purement naturelle, il existe aussi devant Dieu. La grande faute d’Adam est d’oublier qu’il a son centre en dehors de lui, de refuser ce rapport à Dieu, de vouloir s’accomplir comme animal divin. A la suite de ce drame le monde perd sa transparence première, Dieu se retire en quelque sorte de lui, et l’homme tombe sous la loi d’une nature qu’il a préférée à Dieu. [...]

Maintenant que nous sommes parvenu au terme de notre exposé, il convient de nous arrêter un moment pour considérer du regard le chemin parcouru. Faisant volontairement abstraction de tout ce qui avait été dit ou écrit sur ce point, nous avons simplement mis en rapport la position chrétienne d’une part, et d’autre part le fait d’une liberté qui se constitue peu à peu elle-même dans le monde. Ce rapprochement nous a été inspiré par le sentiment que la signification rationnelle de la position chrétienne apparaît à la lumière seulement de la question que cette liberté est à elle-même. Cette question fait corps avec nous-même. C’est à elle que cet exposé renvoie finalement. A cette question, les hommes ont déjà donné bien des réponses ; mon but n’est pas de les passer en revue, mais simplement de situer la position chrétienne par rapport à elles.

Si nous l’interrogeons, le chrétien présentera sa foi non comme une solution à côté d’autres solutions, mais comme le dévoilement d’une possibilité entièrement originale. Alors que les autres réponses placent l’accomplissement de l’homme dans l’exaltation d’une liberté essentiellement conçue comme acte de transcender, la position chrétienne place ce même accomplissement dans un mouvement opposé : il nous est proposé non plus un mouvement de trans-ascendance à partir de l’homme, mais acceptation et ouverture au mouvement de trans-descendance par lequel Dieu se penche vers nous. Aux yeux du chrétien, le destin de l’homme est finalement fonction de cette ouverture. Toutefois, c’est le point sur lequel nous avons insisté dans notre exposé, la signification rationnelle de cette ouverture ne peut être saisie que du point de vue de la trans-ascendance. Nous sommes encore une fois renvoyés à nous-mêmes. En conclusion, la position chrétienne a une face négative et une face positive. L’aspect négatif est que jamais aucune parole humaine ne dira totalement l’homme à lui-même. L’aspect positif est que cette parole a quand même été dite par Jésus-Christ et en Jésus-Christ. »

 

 

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