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    Dossier: Masaryk Tomas Garrigue

    Le président Masaryk, philosophe et sociologue

    Robert Bouvier

    Hommage rédigé peu de temps après le décès du président-philosophe tchèque.

    Le grand homme d'Etat et grand honnête homme, qui a sauvé et restauré la nation tchèque, et qui a connu la gloire insigne d'être entouré, à juste titre, par la vénération de tout un peuple, n'était rien moins qu'un "primaire", comme certains parvenus de la politique. C'était un universitaire, un esprit hautement cultivé, un penseur. Il occupa plus de trente ans la chaire de philosophie à l'Université de Prague. Son oeuvre de philosophe est riche et suggestive, et ses ouvrages de sociologie théorique et pratique furent si marquants qu'un de ses compatriotes, M. J. Kral, a pu écrire : "Chez nous, le nom même de sociologie est étroitement lié au nom de Masaryk."

    Dans un prochain numéro de cette Revue, un savant tchèque, répondant à l'enquête que nous avons ouverte sur l'état de la philosophie dans les principaux pays, parlera du mouvement philosophique tchèque contemporain, où Masaryk a joué un rôle de premier rang. Mais ce n'est pas anticiper sur cet article que de rendre hommage ici au défunt premier président de la République tchécoslovaque, en donnant quelques indications sur sa pensée et sa personnalité. Nous utiliserons à cet effet deux excellentes communications de MM. Josef Kral et Oskar Kraus au récent Congrès international de Philosophie, qui s'est tenu à Paris en août dernier (1).

    Né en 1850, Masaryk a publié ses principaux ouvrages, écrits en tchèque et traduits ensuite en allemand, entre 1880 et les années qui précèdent la guerre de 1914. La simple mention de leurs titres, groupés sous trois chefs d'ailleurs connexes, indiquera d'emblée la direction générale de sa pensée.

    Dans le domaine de la philosophie générale, on remarque les ouvrages suivants : Blaise Pascal; Le scepticisme de Hume et le calcul des probabilités; l'Etude des oeuvres littéraires; Eléments de Logique concrète, classification et organisation des sciences (grand traité, réédité plusieurs fois, et qui doit beaucoup au positivisme comtien); La philosophie moderne de l'Evolution.

    Dans le domaine de la sociologie et de la morale : Le Suicide, phénomène social, 1881 (l'ouvrage de Durkheim de même titre est de 1897); Manuel de sociologie; Les bases philosophiques du Marxisme, études sur la question sociale; Les principes de la morale; Les Idéals de l'humanité.

    Enfin, dans le domaine de la philosophie de l'histoire tchèque et de la politique actuelle : Jean Hus; Notre Renaissance et notre Réforme; La question tchèque; Notre crise actuelle; La Russie et l'Europe; La révolution mondiale de 1914-1919.

    Le prestige de la philosophie allemande et la situation géographique et politique de la Bohème d'avant-guerre prédestinaient la pensée tchèque à subir fortement l'influence des penseurs allemands et autrichiens. Herbart, notamment, a exercé sur elle un long empire. Masaryk, étudiant à Vienne, est devenu le disciple de Franz Brentano, et l'est resté. Mais, grâce à ses dons de polyglotte et à sa curiosité encyclopédique, il sut accueillir aussi le message des Russes, tels que Tolstoï, et surtout, il rendit à la pensée tchèque le grand service de l'orienter vers le positivisme occidental, de Comte, Mill et Spencer. Masaryk se donne comme disciple de Comte. Il est persuadé que la vraie méthode de la philosophie ne diffère pas de celle de la science de la nature. Il adopte les principes de la classification hiérarchique des sciences de Comte, et notamment l'idée que la sociologie y doit occuper un rang éminent. En théorie de la connaissance, il est empiriste et réaliste. Rejetant le scepticisme de Hume, il écarte aussi celui de la Critique de la Raison pure, qui déclare impossible toute recherche sur les "choses en soi" . Masaryk pense, au contraire, que l'être suprême peut devenir, par la connaissance de ses oeuvres, c'est-à-dire indirectement, objet de connaissance. Dieu s'est révélé aux hommes, mais sous plusieurs formes, et non pas seulement au peuple juif; la religion de la Grèce antique était aussi une révélation. Suivant Masaryk, la religiosité philosophique doit s'appuyer sur les croyances populaires en Dieu et en la survivance de l'âme, mais pour les dépasser, car elle se sépare de toute théologie confessionnelle. La religion vaut surtout par ses effets sur la conduite; sa fonction essentielle est d'opérer une rénovation morale de l'humanité, et à cet égard, l'oeuvre profonde de Jésus est un grandiose exemple.

    Son rationalisme métaphysique et moral et son théisme religieux, Masaryk les doit à l'influence de son maître Brentano. Cependant, avec de telles convictions, il reste positiviste. Il affirme le déterminisme scientifique rigoureux, la nécessité absolue du devenir universel. Mais le déterminisme n'est pas le fatalisme, qui rend inutile tout effort humain. L'homme peut se proposer des buts idéaux -- notamment celui de s'élever lui-même –, et chercher les moyens de les réaliser. Une éthique et un sociologie ne sont possibles que d'un point de vue déterministe. Si quelqu'un a le droit de parler de liberté, c'est seulement le déterministe et non pas l'indéterministe. Car celui-là seul a assez de confiance dans l'inviolabilité des lois de la nature, inerte ou animée, pour espérer que leur connaissance le rendra maître, tant des phénomènes matériels que de ses propres penchants. Une "psychotechnique" est possible : savoir c'est pouvoir.

    La sociologie théorique de Masaryk se divise, comme celle de Comte, en statique sociale (ou philosophie de la société) et dynamique sociale (ou philosophie de l'histoire). Il critique le système de Marx et son principe du matérialisme historique, tout en approuvant sa sollicitude pour les revendications de la classe travailleuse. Masaryk a longuement traité aussi les divers chapitres de la sociologie concrète : l'économique, le droit, l'administration, la politique. Il ne veut pas que l'on creuse un fossé entre la politique et la morale, il repousse tout "machiavélisme". Le pacifisme lui paraît non seulement une vertu, mais, après la grande guerre, une nécessité. Masaryk est profondément démocrate. La démocratie, pour lui, n'est pas une simple forme de gouvernement ; c'est toute une conception de la vie. Elle implique l'autonomie des individus comme des nationalités. Mais toute divinisation de l'Etat ou d'une nation est condamnable comme contraire aux "idéals de l'humanité".

    Cette philosophie, à la fois positive et critique, humaniste et théiste, dominée enfin par les valeurs idéales de la morale rationnelle, apparaît singulièrement compréhensive. Elle accueille et concilie les meilleurs courants de la pensée contemporaine, sans être le moins du monde un mol éclectisme. Elle a au contraire quelque chose de tonique ; son auteur l'appelait lui-même un "synergisme". Par son optimisme héroïque, par son enthousiasme pour les valeurs de la civilisation, la pensée de Masaryk se rattache à la meilleure tradition de la philosophie moderne. On comprend comment une telle préparation théorique, une telle attitude spirituelle l'ont soutenu dans la grande tâche politique qu'il a accomplie, et comment son ?uvre écrite a pu devenir l'éducatrice de l'élite de son peuple.


    (1) Josef Kral, Masaryk als Philosoph und Soziolog ; Oskar Kraus, Die Grundzüge der Welt, und Lebensanschauung T. G. Masaryks , Internationale Bibliothek für Philosophie. Bd. III, no 3/5, Prag 1937, in-8, 36 p.


    Robert Bouvier, "Le président Masaryk, philosophe et sociologue", Revue de synthèse, tome XIV, no 2, octobrel 1937, p. 129-132
     

    Date de création : 2013-03-22 | Date de modification : 2013-03-22
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    Robert Bouvier
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