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La santé parfaite, prétexte pour l'emmachination

 

Tout se passe comme si ce qui est fait en vue de la santé se situait par-delà le bien et le mal et par delà le mécanique et le vivant. La santé est notre absolu. Pour obtenir l'autorisation d'une recherche, sur les cellules souches, par exemple, comportant des risques qu'on aurait autrement estimés démesurés, il suffit d’invoquer la santé.  C''est l'une des nombreuses façons dont se manifeste l'utopie de la santé parfaite dont ont parlé Lucien Sfez  (voir notre vidéo)  et avant lui Ivan Illich . (Photo ci-contre)                                                                                 

Chacun pourra bientôt se procurer un sucromètre, nom familier d’un microprocesseur qu’on pourra implanter dans l’organisme, avec mission de transmettre au Ipod de chacun des consignes de nature à élever ou abaisser le taux de sucre : marcher 20 minutes, renoncer au junk food, etc. On devine la suite de ce progrès. Un autre microprocesseur prendra la mesure du taux de fer dans votre organisme, un troisième vous dira que le moment est venu de faire l’amour.  Vous perdrez ainsi peu à peu votre autonomie de vivant pour devenir hétéronome à la manière d'une machine.

 Chez une personne gravement malade ou vivant avec un handicap lourd, ce glissement vers l’hétéronomie peut-être un moindre mal souhaitable, mais en étendant à tous ces procédés, dans le but d’accroître les performances des personnes normales, on dénature l’être humain. Ce qui est bon pour une personne souffrant de diabète peut être néfaste pour une personne normale. Occasion de signaler un paradoxe étonnant au cœur du transhumanisme : on veut fabriquer un surhomme en prenant le grand malade comme  modèle.

S'il faut faire preuve de compassion à l'égard des malades et des personnes handicapées, et en conséquence  leur offrir tous les secours de la science et de la technique, il faut toutefois éviter de leur faire jouer le rôle du cheval de Troie, en vue de rendre accessibles à tous des innovations n’ayant de sens que pour elles. Il faut plutôt inviter la personne normale à imiter ces bons vivants qui, par un heureux mélange de connaissance intime de soi-même, d'art de vivre, de culture médicale traditionnelle et savante peuvent demeurer autonomes face à la médecine plutôt que de se laisser asservir à sa loi et à ses intérêts. Voir:humain,posthumain? Il faut choisir