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À Théophile Gautier

Victor Hugo
Au-delà des mots, il y a des mots comme ceux-ci.

Lorsqn'un vivant nous quitte, ému, je le contemple ;
Car, entrer dans la mort, c'est entrer dans le temple ;
Et, quand un homme meurt, je vois distinctement
Dans son ascension mon propre avénement.
Ami, je sens du sort la sombre plénitude ;
J'ai commencé la mort par de la solitude
Je vois mon profond soir vaguement s'étoiler ;
Voici l'heure où je vais aussi, moi, m'en aller,
Mon fil, trop long, frissonne et touche presque au glaive ;
Le vent qui t'emporta doucement me soulève,
Et je vais suivre ceux qui m'aimaient, moi, banni.
Leur oeil fixe m'attire au fond de l'infini. J'y cours.
Ne fermez pas la porte funéraire.

Passons, car c'est la loi ; nul ne peut s'y soustraire ;
Tout penche, et ce grand siècle avec tous ses rayons,
Entre en cette ombre immense où, pâles, nous fuyons.
Oh ! quel farouche bruit font dans le crépuscule
Les chênes qu'on abat pour le bûcher d'Hercule!
Les chevaux de la Mort se mettent à hennir
Et sont joyeux, car l'âge éclatant va finir ;
Ce siècle altier, qui sut dompter le vent contraire,
Expire... O Gautier ! toi, leur égal et leur frère,
Tu pars avec Dumas, Lamartine et Musset,
L'onde antique est tarie où l'on rajeunissait ;
Comme il n'est plus de Styx, il n'est plus de Jouvence.
Le dur faucheur avec sa large lame avance,
Pensif et pas à pas, vers le reste du blé ;
C'est mon tour ; et la nuit emplit mon oeil troublé
Qui, devinant, hélas ! l'avenir des colombes,
Pleure sur des berceaux et sourit à des tombes.
La légende des siècles

Je veux étre ici-bas libre, ailleurs responsable.
Je suis plus qu'un brin d'herbe et plus qu'un grain de sable
Je me sens à jamais pensif, ailé, vivant.
Ce n'est point vers la nuit que je crie en avant
Mourir n'est pas finir, c'est le matin suprême.
Non ! je ne donne pas à la mort ceux que j'aime 1
Je les garde, je veux le firmament pour eux,
Pour moi, pour tous, et l'aube attend les ténébreux ;
L'amour en nous, passants qu'un rayon lointain dore,
Est le commencement auguste de l'aurore ;
Mon coeur, s'il n'a ce jour divin, se sent banni,
Et, pour avoir le temps d'aimer, veut l'infini ;
Car la vie est passée avant qu'on ait pu vivre.
C'est l'azur qui me plait, c'est l'azur qui m'enivre,
L'azur sans nuit, sans mort, sans noirceur, sans défaut ;
C'est l'empyrée immense et profond qu'il me faut,
La terre n'offrant rien de ce que je réclame,
L'heure humaine étant courte et sombre, et, pour une áme
Qui vous aime, parents, enfants, toi ma beauté,
Le ciel ayant à peine assez d'éternité !