Demain les posthumains

Demain les posthumains, ce livre de Michel Besnier, paru en 2009, est l'un de ceux qui auront marqué l'entrée des philosophes français dans le débat sur le transhumanisme et le posthumanisme. Étant donné le rôle joué par Descartes et Lamettrie dans le développement des concepts du corps et de l'homme machine, leur point de vue présente un intérêt particulier. Nous commentons  brièvement Demain les posthumains dans notre dossier Posthumanisme.

En attendant de pouvoir vous proposer une étude exhaustive du livre, nous nous arrêtons à un passage particulièrement intéressant, parce qu'il évoque les racines orientales du posthumanisme tout en attirant notre attention sur un livre trop peu connu d'Aldoux Huxley.

« Inscrite dans le programme métaphysique du posthumanisme, l'élision du corps résume, on le verra, le pouvoir de rupture et de fascination des utopies qu'elle suscite. Qu'on s'avise seulement du renfort qu'a constitué, depuis des lustres, la référence aux spiritualités orientales dans la gestation des technosciences et l'on touchera véritablement du doigt le nerf de cette entreprise paradoxale. Ne s'agit-il pas d'en finir avec la volonté qui a d'abord promu l'homme, au cours des Temps modernes, en créature d'exception et qui l'a précipité ensuite dans les désillusions du progrès? L'ascèse bouddhiste accompagne, dans le récit des utopies posthumaines, la plupart des visions anticipatrices formulées depuis l'ouverture des possibilités technoscientifiques. Sans aucun doute parce qu'elle offre la perspective d'une maîtrise du corps et celle de dissiper les illusions qu'il entretient, comme par exemple la croyance en la réalité de l'individu. Pour d'autres raisons, aussi, sur lesquelles nous reviendrons. Rémi Sussan1 évoque Island, le dernier livre écrit (sous l'emprise de la mescaline) par Aldous Huxley, en 1962 : une antithèse du Meilleur des mondes, explique-t-il, « qui relate l'histoire d'une société réunissant les acquis de la spiritualité orientale et de la raison occidentale. Les habitants de cette communauté, poursuit-il, n'hésitent pas à employer, aux côtés d'une drogue psychédélique nommée moksha - un terme sanskrit signifiant "libération" -, d'autres techniques pour améliorer la condition humaine, et, parmi celles-ci, la manipulation génétique2 ». À titre de viatique théorique, ceux qui forgèrent la contre-culture technologique, ainsi que la nomme Sussan, ont inventé un brouet de psychologie, de zen et de physique quantique qui fait encore les délices des actuels propagandistes du posthumain. À côté d'Allan Watts ou d'Allen Ginsberg, Sussan mentionne le rôle joué par Leary - encore lui2 - dans la composition de ce brouet dont la vertu n'est pas seulement de rejeter l'ordre établi par l'establishment scientifique mais surtout de contribuer à frayer la voie à la posthumanité ».

1-Rémi Sussan, Les Utopies posthumaines. Contre-culture, cyberculture, culture du chaos, Omniscience 2005.

 




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