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    Dossier: Technique

    De la technique

    Alain
    La technique (et non la science) ne pense pas.
    J'appelle technique ce genre de pensée qui s'exerce sur l'action même, et s'instruit par de continuels essais et tâtonnements. Comme on voit qu'un homme même très ignorant à force d'user d'un mécanisme, de le toucher et pratiquer de toutes les manières et dans toutes les conditions, finit par le connaître d'une certaine manière, et tout à fait autrement que celui qui en aurait d'abord la science; et la grande différence entre ces deux hommes, c'est que le technicien ne distingue point l'essentiel de l'accidentel; tout est égal pour lui, et il n'y a que le succès qui compte. Ainsi un paysan peut se moquer d'un agronome; non que le paysan sache ou seulement soupçonne pourquoi l'engrais chimique, ou le nouvel assolement, ou un labourage plus profond n'ont point donné ce qu'on attendait; seulement, par une longue pratique, il a réglé toutes les actions de culture sur des petites différences qu'il ne connaît point mais dont pourtant il tient compte, et que l'agronome ne peut pas même soupçonner. Quel est donc le propre de cette pensée technicienne? C'est qu'elle essaie avec les mains au lieu de chercher par la réflexion. Le premier mouvement du téléphoniste, qui est de secouer l'appareil, est un mouvement de technicien. Et comme il y a une manière de secouer qui est plus utile qu'une autre, il y viendra naturellement; le principal effort de la pensée est ici de remarquer le succès en même temps que les circonstances et les actions, sans rien omettre. J'ai observé chez les gens de métier une mémoire extrêmement tenace, et quasi anecdotique, de leurs moindres essais. Toutefois il me semble qu'on peut distinguer à ce sujet deux espèces de techniques; car il y a celle qui essaie sans dommage et constate aussitôt l'effet, comme il arrive dans les mécaniques; au contraire dans la pratique agricole les essais coûtent cher et le résultat se fait attendre longtemps. Entre les deux je mettrais le médecin, dont les essais sont toujours tâtonnants et prudents, mais qui peut presque toujours essayer sans grand risque. Il est clair
    que le technicien qui, de ces trois, réfléchit le moins, c'est le mécanicien, qui à chaque embarras fait, en quelque sorte, la revue de ses moyens, et les essaie rapidement, souvent même avant d'avoir observé. Le médecin observe d'abord. Quant au paysan, il est plutôt ramené par la pratique de son métier à suivre une régie d'action bien des fois mise à l'épreuve. On pourrait appeler technique immédiate cette technique qui est aussitôt redressée par l'effet, comme on voit dans la mécanique, la physique et la chimie. C'est alors que l'on pense avec les mains et que des milliers d'essais conduisent bien plus loin que l'observation la plus sagace.

    Mais il faut juger la technique pure, et dire quel genre d'esprit elle promet. Or il est clair que rien ne peut garder de la précipitation, dès que l'habileté technique est acquise; l'action va devant, et l'esprit ne travaille que sur les résultats, les mains sont prudentes mais l'esprit ne l'est point, assuré d'être redressé toujours par la chose. «On va bien voir», voilà un mot de mécanicien ou d'expert chimiste. Ce que je veux faire remarquer, c'est que la Mathématique, contemplative en ses premiers essais, deviens décidément technique par l'usage du Calcul, et d'autant plus que ses problèmes sont plus compliqués; je dis technique, même dans la découverte, comme on voit en Leibniz ou Eider, qui sont habiles à essayer, et réellement transforment une manière d'écrire comme d'autres arrivent à faire marcher un mécanisme rebelle. L'esprit mathématicien s'explique assez bien par des remarques de ce genre. On pourrait dire que le Mathématicien est plutôt un travailleur qu'un penseur. En tout technicien, de mathématique ou bien de chimie, on retrouvera toujours cette impatience qui exige l'action et ne sait point penser avant que l'objet réponde; et comme conséquence naturelle ce vide de l'esprit résultant de ce que l'idée est toujours ramenée au procédé, ce qui efface la notion même du vrai et du faux. Le technicien est sceptique avant d'avoir essayé; mais ce qui est remarquable, c'est qu'après l'essai il l'est encore plus, et après une longue suite de succès encore plus. C'est qu'on ne trouve jamais une idée; il faut la former.

    Source

    Alain, Études
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2014-03-17
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    L'auteur

    Alain
    Mots-clés
    Réflexion, précipitation, action
    Extrait
    Il faut juger la technique pure, et dire quel genre d'esprit elle promet. Or il est clair que rien ne peut garder de la précipitation, dès que l'habileté technique est acquise; l'action va devant, et l'esprit ne travaille que sur les résultats, les mains sont prudentes mais l'esprit ne l'est point, assuré d'être redressé toujours par la chose.
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