• Encyclopédies

      • Encyclopédie de l'Agora

        Notre devise: Vers le réel par le virtuel!


      • Encyclopédie sur la mort

        L’encyclopédie sur la mort veut s'intéresser à ce phénomène sous ses multiples aspects et ses diverses modalités.


      • Encyclopédie Homovivens

        Encyclopédie sur les transformations que l'homme opère en lui-même au fur et à mesure qu'il progresse dans la conviction que toute vie se réduit à la mécanique.


      • Encyclopédie sur l'inaptitude

        Tout le monde en conviendra : c'est au sort qu'elle réserve aux plus vulnérables de ses membres que l'on peut juger de la qualité d'une société. Aussi avons-nous voulu profiter ...


      • Encyclopédie sur la Francophonie

        L'Encyclopédie de la Francophonie est l'une des encyclopédies spécialisées qui se développent parallèlement à l'Encyclopédie de l'Agora.

  • Dictionnaires
  • Débats
      • Le Citoyen Québécois

         Après la Commission Gomery, la Commission Charbonneau! À quelles conditions pourrions-nous en sortir plus honnêtes… et plus prospères

      • L'hypothèse Dieu

         Un nouveau site consacré au dialogue entre croyants et non-croyants a été créé. Son titre « L’hypothèse Dieu » annonce-t-il un vira...

  • Sentiers
      • Les sentiers de l'appartenance

        L'appartenance c'est le lien vivant, la rencontre de deux Vies : la nôtre et celle de telle personne, tel  paysage...Quand la vie se retire, le sentiment d'appropriation se substitue au ...

      • Le sentier des fleurs sauvages

        Nous sommes des botanistes amateurs. Notre but est de partager un plaisir orienté vers une science complète où le regard du poète a sa place à côté de celui du botaniste, du généticien, du gastrono...

      • L’îlot Louis Valcke

        Sur les traces de Louis Valcke (1930-2012), professeur, philosophe, essayiste, cycliste, navigateur et pèlerin. Spécialiste mondial de l’œuvre de Pic de la Mirandole.

  • La lettre
    • Édition


    La lettre de L'Agora
    Abonnez-vous gratuitement au bulletin électronique. de L'Agora.
    Si l’Encyclopédie de l’Agora demeure progressiste, c’est dans un nouveau sens du mot progrès, fondé sur la science réparatrice et sur le principe de précaution.
    Média social:
    Facebook:


    Fluxs RSS:

    Impression du texte

    Dossier: Essertier Daniel

    Daniel Essertier – Sur un aspect de son oeuvre

    Léon Brunschvicg

    Le célèbre philosophe rationaliste français discute de la réconciliation entre la psychologie et la sociologie, qui fut l’un de axes du projet intellectuel de Dessertier. « Il ne faut plus se demander si la connaissance totale de l'homme, l'anthropologie au sens propre du mot, sera ou psychologique ou sociologique, mais dire qu'elle sera tout à la fois psychologique et sociologique. C'est à préciser le sens de ce «petit mot» et, c'est à définir les conditions d'un rapprochement intime et d'une coopération continue, que tendent les diverses entreprises de Daniel Essertier. » 

    C'est du fond d'une douleur poignante que nous évoquons les jours heureux où nous avons été accueilli à Prague par Daniel Essertier et par Madame Essertier. Au milieu de leurs collègues de l'Institut français, à la Légation où notre Ministre, Monsieur Couget, incarnait nos plus solides et fines qualités nationales, dans le cercle des philosophes tchèques, qui allait des Masaryk et des Benes aux Râdl et aux Vorovka, c'était une joie d'admirer quelle place s'était faite Daniel Essertier, et comme elle impliquait une réflexion approfondie sur l'action bienfaisante de la pensée française.

    L'indépendance que nos amis de Bohême avaient effectivement conquise dès les derniers jours d'octobre 1918, consacrait le mouvement poursuivi durant le XIXe siècle autour d'idées et de sentiments qui avaient pris corps dans l'oeuvre de leurs écrivains et de leurs artistes. Cette oeuvre s'était définie à elle-même par la volonté de résister aux pressions violentes du voisinage, de tenir ferme dans le Quadrilatère. Et de là une disposition trop naturelle à simplifier, à exagérer les traits caractéristiques des nationalités, à en accentuer les antagonimes. En ce qui concerne la philosophie, l'influence allemande s'est traduite surtout par la diffusion d'un hégelianisme, réduit lui-même à ses schèmes d'exportation; c'est-à-dire que de cette immense Encyclopédie, qui recouvrait tant de courants divers tant d'aspirations différentes, on ne retenait qu'une doctrine d'évolution systématique, subordonnant et sacrifiant la libre volonté des peuples et des individus à un plan d'ensemble qui présentait tout à la fois la rigueur d'une nécessité logique, la bonté intrinsèque d'une Providence. Il est superflu de rappeler avec quelle complaisance l'éclat fragile, la fausse profondeur, de cette philosophie de l'histoire se prêtaient aux combinaisons d'une politique utilitaire et matérialiste. Lorsque, pour y résister, on faisait appel à la philosophie française, c'est vers Auguste Comte que l'on se tournait. Mais trop souvent on invoquait son autorité en faveur d'un positivisme aux formules, elles aussi, ambitieuses et superficielles, sans contact direct, sans liaison véritable, avec la science positive dont il prétendait recueillir les résultats et servir la cause.

    La première tâche de Daniel Essertier dans son enseignement de Prague, c'était donc de restituer à la pensée française, la variété de ses couleurs, la richesse de ses nuances. Comte lui-même n'avait-il pas fini par se déclarer le promoteur d'un Nouveau Spiritualisme? Et M. Edouard Le Roy ne donnait-il pas le nom de Nouveau Positivisme à la doctrine où la critique scientifique d'un Emile Boutroux, d'un Pierre Duhem, d'un Henri Poincaré, s'alliait à l'interprétation la plus profonde du mouvement bergsonien. Et de ce point de vue l'oeuvre de Comte a, sinon créé, du moins baptisé la sociologie, qui désormais aura droit de cité dans l'univers de la science. Seulement, poussé par son tempérament dogmatique, cédant à son goût de système et d'abstraction, il avait décrété que la constitution de la sociologie comme discipline positive devait avoir pour contre-partie l'élimination de la psychologie, qu'il abandonnait d'un coeur léger aux métaphysiciens de l'école éclectique. De là ce phénomène curieux, dont la méditation est, semble t-il, à l'origine des travaux d'Essertier. Tandis que les sociologues, héritiers de Comte, se sont plu à développer une idée restreinte de l'homme, dominée par le préjugé des représentations et des croyances collectives auxquelles était miraculeusement conféré un privilège de génération spontanée, les psychologues, sensibles à l'influence du positivisme, devaient être tentés d'utiliser pour le progrès de leurs études les méthodes mêmes que Comte avait accréditées. La sociologie devait-elle donc garder, à l'égard de la psychologie, la même attitude d'hostilité ou d'indifférence, alors que les psychologues prétendent s'inspirer désormais du même esprit qu'elle?

    Comte était fondé à considérer que la psychologie cousinienne appartenait à un âge révolu; Durkheim est le contemporain de Ribot. La psychologie et la sociologie ne pouvaient plus se combattre qu'au prix d'une ignorance volontaire, d'une méprise réciproque. Par suite, il s'agit de couper court à l'alternative fallacieuse où s'est débattue la génération précédente. Il ne faut plusse demander si la connaissance totale de l'homme, l'anthropologie au sens propre du mot, sera ou psychologique ou sociologique, mais dire qu'elle sera tout à la fois psychologique et sociologique. C'est à préciser le sens de ce «petit mot» et, c'est à définir les conditions d'un rapprochement intime et d'une coopération continue, que tendent les diverses entreprises de Daniel Essertier.

    Sa thèse complémentaire dresse le bilan des résultats qui ont été obtenus de l'un et l'autre côté de la frontière ou sur cette frontière même. Mais la considération en quelque sorte géographique qui les laisserait à un même niveau superficiel, ne conduirait qu'à une vision confuse et incertaine du problème. Il importe avant tout d'établir les plans en profondeur. Essertier se place sur le terrain favori de l'école sociologique française; il part des données abondamment recueillies sur la mentalité primitive, et il procédera méthodiquement à l'examen des conclusions contraires qu'on a pu en tirer. Les pratiques et les croyances de l'homme primitif apportent-elles la matière et, plus que la matière, le germe du faisceau de connexions rationnelles et vraies qui pour nous, civilisés, constitue le monde? Ou ce système d'explications fantaisistes et d'apparence infaillibles — infaillibles parce que fantaisistes — qui compose la trame des représentations collectives dans les sociétés inférieures, se ferme-t-il sur lui-même? Et ne conviendra-t-il pas de dire alors qu'on est sorti de l'impasse par une rupture violente avec la tradition d'un passé mort, par un renversement d'attitude, par la conversion de l'homme tout entier suivant l'exigence qui était celle de la dialectique platonicienne et du doute cartésien?

    Problème dont Essertier a senti plus que personne comme il est actuel et pressant. « La Somme (et si ce n'est pas la Somme et Saint Thomas, ce sera l'Encyclopédie, elle aussi définitivement fixée, larvée, d'un Hegel ou d'un Comte) donne la joie du savoir en ôtant l'aiguillon et le péril de la recherche.» Or, c'est ici qu'il lui paraît essentiel de se ressaisir. «La métaphysique de l'Orient s'en tient à une fabulation, non pas raisonnable, mais raisonnée et systématique de l'origine des choses et des êtres. Par là elle atteste qu'elle veut la certitude, le repos, la paix intérieure, non «la vérité.» Et le même jugement s'applique sans doute à toute spéculation qui de nos jours renouvelle l'aventure du moyen âge mental, qui se cristallise, à son exemple dans un dogmatisme transcendant, c'est-à-dire, pour parler encore avec Essertier «qui s'enchante de ses artifices et croit y avoir trouvé le moyen de s'évader des étroites limites de la connaissance humaine ». Le conformisme qui, sociologiquement, présente tant d'avantages, auquel s'attachent tant d'espérances ou de regrets, est la mort de l'intelligence. «Penser comme le groupe, c'est laisser le groupe penser pour soi. » Or, à prendre les choses en toute rigueur, le groupe ne pense pas, dépourvu qu'il est de cerveau et de conscience. «La science positive a été l'acte pur de l'homme libre. »

    Cette conclusion est de nature à éclairer la double erreur qui a été, dans sa première moitié au moins, celle du XIXe siècle français: l'erreur de Cousin, laissant tomber de l'héritage cartésien ce que précisément Comte en a retenu, la réflexion sur la science positive — et l'erreur de Comte, reculant devant l'exigence du progrès qui est inhérente à cette réflexion, s'immobilisant dans la contemplation du passé humain sans mettre à nu la racine de l'élan spirituel. Le créateur de l'analyse mathématique et le philosophe du Cogito sont inséparables; c'est de leur programme commun que doit s'inspirer le penseur épris de l'humanité totale.

    Tel est l'horizon que Daniel Essertier s'ouvrait au terme des Formes inférieures de l'explication. Et les deux volumes si sympathiques et si compréhensifs qu'il consacrait aux psychologues et aux sociologues français du XXe siècle précisèrent même pour lui le point de départ de ses recherches futures. En même temps, ils achevaient de définir par un nouveau témoignage, qui devait déplorablement être le dernier, le sens de la mission qu'il avait remplie à Prague, et qu'il continuait au Caire avec le même appui, la même ardeur, la même efficacité.
     

    Date de création : 2014-05-05 | Date de modification : 2014-05-05
    Informations
    L'auteur

    Léon Brunschvicg
    Philosophe français (1869-1944). 
    Documents associés

    0%
    Dons reçus (2018-2019):0$
    Objectif (2018-2019): 25 000$


    Nous avons reçu près de 11 407$ lors de la campagne 2017-2018. Nous vous remercions de votre générosité. Pour la campagne 2018-2019, notre objectif s'élève à 20 000$.

    Contribuez au rayonnement des oeuvres de l'Agora/Homo vivens en devenant membre ou en faisant un don.