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    Impression du texte

    Dossier: Gaspésie - Îles-de-la-Madeleine

    Ah cette Acadie! Ah ce Jean de la Grève!

    Hélène Laberge

    À propos de Signé Jean de la Grève, un livre de Louis Bernard, une recension de Hélène Laberge


    Quel attrait ont exercé sur les étudiants que nous étions dans les années 1960 La Sagouine immortalisée par l’interprétation de Viola Leger et Pélagie la Charrette (prix Goncourt 1979) à un degré tel qu’elles ont failli devenir aussi réelles que leur acadienne créatrice Antonine Maillet? De même que Sherlock Holmes avait failli jeter dans l’ombre son auteur Conan Doyle…

    Le père de Jean de la Grève1, Vital Vigneau, avait quitté les Îles de la Madeleine pour la Pointe aux Esquimaux (Havre St-Pierre) en 1858 à bord de la goélette Mariner. Il descendait lui-même d'Acadiens déportés en 1755. Jean de la Grève, ne revit-il pas dans son petit-fils, Louis Bernard?  Quelle adorable biographie ce médecin natif du village de Maria dans la Baie des Chaleurs et maintenant retraité, lui a-t-il consacrée! Je défie le lecteur d’être capable de quitter ce livre après en avoir lu le Prologue… et encore moins quand il aura lu la suite….

    Louis Bernard est-il de la lignée des médecins écrivains, les Ringuet, les Ferron, au Québec et les Duhamel en France, et tant d’autres qui ont réussi le parfait mariage entre leur rigueur scientifique et leurs dons littéraires? Écoutons-le nous raconter comment lui sont tombés… d’un plafond les écrits de son grand- père qui lui ont inspiré cette originale biographie : «Après sa mort, dans la vieille maison que l’on s’apprêtait à démolir, j’ai trouvé des vieux papiers recouverts de plaques de plâtre détrempé, tombées du plafond. Des lettres de ses enfants, de ses parents, de ses amis. Des poèmes signés Jean de la Grève. Des lettres adressées à Marie, son épouse décédée depuis plusieurs années, une histoire des siens, à l’intention de ses descendants, ’’pour qu’ils se souviennent’’. Ces écrits témoignent de sa formation classique, il avait fait ses études au séminaire de Rimouski, et de sa grande érudition. … Les écrits d’un poète inspiré, d’un amant passionné, d’un citoyen discret, d’un père attentif. Un être d’exception, à sa façon, à son époque. Ce livre pour honorer sa mémoire.» (P.18)

    Poète inspiré par son amour pour sa femme hélas trop tôt décédée. Il était manifestement inspiré par Hugo entre autres poètes de son siècle mais avec une touche bien à lui, très chantante, très harmonieuse, c ette chose devenue rare : la musique des vers :

    «Dans un baiser jeune fille timide et naïve
    Ta bouche sur ma bouche aussitôt a volé
    Mais comme un enfant par la frayeur troublé
    Tu retires soudain ta lèvre fugitive
    Ce n’est pas là donner le baiser du plaisir
    C’est donner un regret et laisser un désir,»

    Jean Vigneau a vécu à une époque dont on dit qu’elle fut marquée par un jansénisme de la chair. Le poème suivant indique toutefois qu’il a connu dans ses amours et dans sa religion une grande et innocente liberté :

    «Tes mains pressaient mes mains, épaule contre épaule
    Et sans savoir pourquoi l’un et l’autre oppressés
    Notre bouche s’ouvrit sans dire une parole
    Et nous nous sommes embrassés!
    Près de nous l’hyacinthe avec la violette
    Mariaient leur parfum qui montait dans l’air pur,
    Et nous vîmes tous deux en relevant la tête
    Dieu qui nous souriait à son balcon d’azur»

    Et ce Dieu souriant les encourage à poursuivre!
    (…)
    «Aimez-vous, aimez-vous; dans le vent qui murmure
    Dans les limpides eaux, dans les bois reverdis
    Dans l’astre, dans la fleur, dans la chanson des nids,
    C’est pour vous que j’ai fait renaître ma nature. (…)»

    Fiancé séparée de sa Marie adorée, il lui écrit :

    «Ah! Viennent ces moments où notre amour s’embrase
    Et comble pleinement nos plus profonds désirs
    Dérobant sans répit nos sublimes extases
    Pour en faire à jamais d’immortels souvenirs.»

    C’est Ivan Illich je crois qui disait que le freudisme et la psychanalyse qui en a découlé auront rendu impossible l’expression romantique de l’amour. (sait-on que le mot sexualité est apparu en 1924 et a été défini comme «l’ensemble des comportements relatifs à l’instinct sexuel et à sa satisfaction (qu’ils soient ou non liés à la génitalité»).

    Autre évocation de l’union intime des amants :

    «Viens parle-moi des mille et une choses
    Que tu vis, de si intense façon;
    Dis-moi le sais tu, mon amour, ma rose
    Comment tes mots nourrissent ma passion?

    Viens dans mes bras, sur ma peau, sur ma couche,
    Viens lover et blottir ton corps si doux,
    Et puissent mes mains, mes yeux et ma bouche
    Te toucher, t’aimer, te goûter à genoux.»

    Nous sommes loin du cours de sexualité 101 ou 2016 où le corps est déconstruit et l’esprit anéanti dans une scientifique formulation des performances du mâle et de la femelle.

    Quittons Jean de la Grève pour revenir à son petit-fils Louis Bernard qui a hérité d’un talent d’écrivain digne de celui de son aïeul. Car il ne s’agit pas ici d’une froide présentation des écrits de Jean mais d’une recréation, à travers les touches d’un peintre à l’œil vif et pénétrant, de tout le contexte d’un passé revu à la lumière du présent. Même lorsqu’il évoque les changements survenus dans son village natal de Maria, il le fait d’une façon telle que sa nostalgie du passé devient un reflet de notre vie à tous : assister, dans un avenir plus ou moins long, à voir s’estomper ou s’effondrer les assisses de notre temps présent. «La rencontre avec Gustave, (un ami d’enfance qui n’a pas migré) m’a replongé avec bonheur dans mes souvenirs. Soixante ans en arrière. Là, au coin de la route de l’église, les grands champs menant aux maisons nichées sur la butte. Une butte modeste que je voyais si raide avec mes yeux d’enfant. Le temps l’aurait-il fait fondre à ce point? Le regard et les attentes de l’observateur transforment la réalité. Entre le Chemin du Roi et les champs, un trottoir que le dégel et l’eau du printemps avaient rendu tout de guingois. Sur toute sa longueur, le trottoir était bordé de plantes de toutes sortes, mais surtout d’achillées et d’anis sauvages et de toques, que l’on appelait ‘’amoureux’’ à cause de leur capacité à se coller. Le rare passage des automobiles d’alors sur le Chemin du Roi, en gravelle bien sûr, ne levait pas assez de poussière pour nous empêcher de cueillir l’anis pour les sablés de tante Bea. Quel délice!»

    Surgissent aussi les souvenirs cruels. Les deux fils de Jean de la Grève, Jean et Jos décident de s’enrôler. Il s’agit de la guerre de 1914. Toute l’angoisse des parents au fil des jours est évoquée d’une façon telle que s’y reconnaîtront tous ceux, toutes celles qui seront restés privés de nouvelles pendant des mois sinon des années. Ou à l’heure actuelle, ceux dont les adolescents auront été happés par la propagande de l’État islamique! Jean et Marie écoutent «le sifflement du train, là-bas, dans le P’tit rang. Notre déchirement. Puis l’arrêt de ce monstre, ce dragon de fer bouillonnant et piaffant, faisant une pause pour cueillir, engloutir ses proies, avant de repartir sous un nuage noir et épais comme un méphisto géant, masquant a fuite dans la vapeur et la fumée, dans un tintamarre infernal.» 42 Six mois plus tard, un soir, à la mi-décembre «Auguste le postillon arriva avec un télégramme : ‘’Jean, décédé hier soir d’une pneumonie aigüe. Lettre suit. Votre fils Jos.’’ Longtemps, ce soir-là, ta main a-t-elle recherché dans ma nuque grisonnante le souvenir des boucles blondes, de la peau chaude, de la force vive de notre Jean adoré.
    Cruellement disparu! Ce ne pouvait être vrai!2 Ensemble, nous l’avons tant pleuré, espérant sans doute inconsciemment le voir apparaître dans le brouillard de nos larmes. » (p 47 )

    Autre souffrance : aucune nouvelle de Jos pendant des années! «De jour en jour, Jos rejoignait notre Jean dans le jardin de nos beaux et cruels souvenirs. Or voici qu’un jour le train leur ramène leur fils…

    «Là dans l’embrasure de la porte de la cuisine, une ombre…. D’un côté une botte noire coiffée d’une longue jambière kaki, de l’autre un pilon qui, langé dans une étoffe, semblait avaler les restes d’une cuisse absente. L’homme était solide, sa carrure avait quelque chose de familier. Dans ce rayon de lumière tendre venant du nord, l’impensable se tenait droit debout. Jos était de retour. Il n’avait rien perdu de sa stature, de sa force, de sa prestance. Le pilon ne semblait pas l’incommoder.» Marie qui se trouvait seule dans la cuisine a souvent raconté à son mari que «ses jambes lui avaient soudain manqué… Tu ne pouvais pas te relever. C’est toute petite, dans ses bras, à son cou, qu’avec lui tu bénis de tes larmes la surprise, la joie, le bonheur retrouvé. Le retour inespéré que, malgré tout, nous ne cessions d’attendre.»(49 50) Mais pourquoi ce titre de Griche-Poque? Dois-je livrer le secret de cet amusant surnom? Simplement, il avait été donné à un ouvrier blessé muni d’un pilon au bruit sec et rythmé sur la dalle le dimanche à l’église. Et Jos reproduisait ce bruit devenu légendaire.

    Quand un livre nous dit, comme nous disent les êtres aimés, on voudrait tout citer. Et un passage choisi nous fait regretter celui délaissé. Mériteraient de l’être «La dernière lettre» de Jean de la Grève à son épouse morte dix-sept ans auparavant, et tout le chapitre sur Georgette, un amour secret bercé par les flots du fleuve et voué à une double séparation, celle de l’âge, et celle chez la jeune fille aimée, d’un appel à la vie religieuse.

    Jean de la Grève retrouvera-t-il dans un autre monde, son amour pour Marie et celui pour Georgette?

    «Je sens tout mon être partir. Je m’en vais. Marie, chère Marie, pour toi, pour nous, je navigue, pleines voiles vers toi, vers l’au-delà… Seras-tu là pour m’accueillir à mon dernier accostage? Comme jadis, t’en souviens-tu?
    «Le vent d’automne, pourquoi pleurer?»

    Jean de la Grève. Maria 25 décembre 1945

    Notes
    1. Signé Jean de la Grève, Éditions du Mécène, Collection «les mots inventifs) 2005. Commander le livre
    2. «Le malheur contraint à reconnaître comme réel ce qu’on ne croyait pas possible.» Simone Weil

    Date de création : 2016-06-20 | Date de modification : 2016-06-22
    Informations
    L'auteur

    Hélène Laberge
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