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Ode à l'Absinthe

Alfred de Musset
Il s'agit d'une poésie attribuée à Alfred de Musset. Nous n'avons pu trouver jusqu'ici une autre confirmation de cette attribution. Nous croyons utile de reproduire le texte de présentation de L'Intermédiaire des chercheurs et curieux de 1906 dans lequel ce poème a paru:

    Musset et le vin. – Le grog est fashionable (LII).

    Le Gaulois du dimanche, 23-23 juin 1905, publie un article de M. Léo Claretie. Cet article mettant en cause, fort aimablement L’Intermédiaire des chercheurs et curieux, nous croyons devoir en reproduire le passage essentiel. Il s’agit d’une Ode à l’absinthe attribuée à Musset. On avait songé toutefois à nous demander, paraît-il, une enquête sur cette pièce : on ne l’a point fait et la voici publiée.

    Nous donnons cette ode ainsi que quelques-unes des lignes qui la précèdent :

    « Cher Monsieur,

    Mon cousin Veilhan m’a dit que vous souhaiteriez avoir quelques indications sur la provenance d’une «Ode à l’Absinthe» que je vous ai transmise, en l’attribuant, d’après une tradition, à Alfred de Musset.

    La tradition n’a que deux chaînons : moi qui suis d’une absolue bonne foi, et mon auteur, dont je n’ai pas sujet de suspecter la véracité.

    Mon auteur est un de mes vieux voisins de campagne du Midi, très aimable homme, fort spirituel, ne s’adonnant pas lui-même à la poésie : M. Edmond Dubois. Il est mort depuis quelque quinze ans.

    Pour parfaire son éducation, M. Dubois était venu à Paris, où il s’est attardé dans la fréquentation dea arbitres des élégances. S’il y avait laissé le meilleur de son patrimoine, il en avait rapporté des souvenirs, dont des privations quotidiennes lui rappelaient durement le prix, et qu’il aimait à raconter, pour se consoler de la perte de ses rentes.

    Musset, qui était aussi de la « jeunesse dorée » a, un jour, crayonné ces vers sur une table de café, au milieu du groupe où se trouvait M. Dubois. Celui-ci les a recopiés. Il les savait par cœur, et il me les a récités; je les ai retenus et transcrits. Voilà toute la légende.

    Le morceau est-il réellement d’Alfred de Musset? Je n’oserai pas affirmer qu’il ressemble comme un frère à toutes ses œuvres, mais il a bien un air de famille, et quelques signes particuliers de reconnaissance. La rhapsodie ne l’a-t-elle pas, d’ailleurs, quelque peu défiguré et déformé?

    Est-il inédit? Je ne l’ai jamais lu imprimé; je confesse, cependant, que le respect humain m’a empêché d’interroger à cet égard L’Intermédiaire, de peur d’être convaincu d’ignorance candide, si, d’aventure, il était aussi connu que la Nuit de Mai ou les Stances à la Malibran.

    Vous êtes trop expert et trop averti pour redouter semblable reproche. Je vous ai donc livré ces vers, non pas comme une trouvaille, mais comme un objet intéressant à examiner, peut-être à mettre en lumière.

    Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments bien distingués et dévoués.

    Louis Ayral »

    Je n’ai pas trouvé trace de publication de ces vers, et L’Intermédiaire des chercheurs est resté muet.
Ode à l’Absinthe

Salut, verte liqueur, Némésis de l’orgie!
Bien souvent, en passant sur ma lèvre rougie,
Tu m’as donné l’ivresse et l’oubli de mes maux;
J’ai vu plus d’un géant pâlir sous ton étreinte!
Salut, sœur de la Mort! Apportez de l’absinthe;
Qu’on la verse à grands flots!

Il est temps à la fin que je te remercie:
Celui qui ne sait pas toute la poésie
Qu’un flacon de cristal peut porter en son flanc,
Celui-là n’a jamais près d’une table ronde,
Vu d’un œil égaré les globes et le monde
Valser en grimaçant.

Il ne soutiendra pas sans que son cœur défaille
Qu’il n’est pas sur la terre une chose qui vaille
De l’ivrogne absinthé le sommeil radieux,
Qui peut, quand il lui plaît, durant son rêve étrange,
Quittant le corps humain, sentir des ailes d’ange
L’emporter dans les cieux.

Moi, je t’aime! Aux mortels ta force est plus funeste
Que la foudre, le feu, la mitraille, la peste,
Et je te vis souvent terrasser le soldat,
Insoucieux de tout, contentant son envie,
Quoique sachant trop bien qu’il te donne sa vie
Qu’épargna le combat.

J’aime ta forte odeur et ton flot d’un vert sombre
Qui laisse s’élancer, au milieu de son ombre
Des feux couleur de sang tout le long du cristal,
Comme si le Seigneur, en signe de prudence,
Avait voulu mêler à ton vert d’espérance
Quelque signe fatal.

Belle comme la mer, comme ses flots cruelle,
Tu peux quand tu le veux aussi, cacher comme elle,
Sous un calme apparent tes instincts irrités,
Et ton flux fait tourner un océan de têtes,
Qui battent en riant, les soirs des jours de fêtes,
Les portes des cités.

Pour moi, qui ne veux pas atteindre la vieillesse,
Je veux contre ta force essayer ma faiblesse,
Combattre contre toi, t’étreindre corps à corps.
Je veux voir, aujourd’hui, dans un duel terrible,
Si tu peux soutenir ton titre d’invincible:
Notre témoin sera la mort!

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