Hélène de Champlain

Nicole Fyfe-Martel
Un roman d'amour sur la femme qu'on a obligée à épouser Samuel de Champlain à 12 ans, lui qui avait deux fois son âge. Cest aussi un roman féministe sur l'emprise des hommes sur le destin des femmes, qui ne sont qu'une monnaie d'échange dans le jeu des intérêts masculins. C'est aussi un roman sur la différence psychologique entre les hommes et les femmes: on pourrait dire que les femmes ont un moi alors que les hommes seraient plutôt affligés d'un ego. Le bonheur individuel, l'amour, telle est la première valeur de la femme. L'homme recherche plutôt la conquête, la maîtrise, le monopole: il s'affirme en étendant son empire. C'est la loi du plus fort et dans ce monde à l'aube de la découverte du Nouveau Monde, l'humanité des femmes ne pèse pas lourd. Comme le rappelle l'héroïne à son amoureux qui voudrait l'épouser, «elles ne détiennent pas les clefs de leur destin». (J.L.)
«Le sieur de Champlain avait le geste rare et saccadé. Son front haut, son nez arqué et sa bouche mince confortaient le sérieux de ses propos. Sa peau avait été cuivrée par les vents du large. On m'avait rapporté qu'il avait traversé près d'une quinzaine de fois les eaux de l'Atlantique, exploré les Indes occidentales, longé les côtes du nouveau continent vers le sud et fraternisé avec des nations indigènes croisées en route. On m'avait dit encore qu'il avait défié d'abominables froidures au cours de deux hivers passés à Port-Royal en Acadie. Il fit tout cela, après une brillante carrière militaire dans les armées françaises à la fin des guerres de Religion. Je l'imaginai officier d'armée en Bretagne portant oriflamme et mousquet puis capitaine de navires, astrolabe et cartes à la main, et plus j'imaginais, moins je comprenais. Comment un homme au passé si exceptionnel en était-il venu à conclure ce marché avec mon père? Comment avait-il pu concevoir de me voler ma vie en foulant de ses bottes d'explorateur toutes mes espérances et cela sans même me connaître?
De temps à autre, d'un geste de la main, il repoussait ses cheveux grisonnants derrière ses épaules. Une fois, il me regarda. Je soutins froidement son regard. Il retourna à la discussion.
Nous appartenions à deux univers incompatibles, à deux mondes étrangers. Aucun avenir n'était possible entre nous. Pourquoi? Autant sa motivation m'était énigmatique, autant ma pensée était nette, précise et déterminée. Jamais je n'aimerais ce personnage, aussi illustre fût-il! Jamais je ne serais son épouse.
Séléné serait la compagne de ma résistance secrète. Ma chatte aux couleurs du rêve perdu, le vert et l'ambre, l'ambre et le vert... Sa chaleur réchauffait ma joue et réconfortait mon coeur.
- Ludovic, chuchotai-je faiblement dans le fin duvet couleur de lune.
- Miaou ! fit-elle en léchant le bout de mon nez.» (p. 112-113)

Autres articles associés à ce dossier




Articles récents

  •  

    Les mots ont une vie eux aussi

    Pierre Biron
    Les mots naissent, évoluent dans leur structure, se répandent, accouchent d’un autre sens, livrent vérités ou m

  •  

    Lovelock James

    Jacques Dufresne
    James Lovelock est né le 26 juilllet 1919; il est mort le 26 juillet 2022. Gaia a mauvaise presse en cet automne 2022 en raison de la conceptio

  •  

    Culture médicale: un ABC

    Jacques Dufresne
    La culture médicale est la première condition de l'autonomie des personnes face à un marché de la santé o&ugrav

  •  

    Gustave Thibon, un Nietzsche chrétien

    Jacques Dufresne
    On a comparé Gustave Thibon à Pascal et Gabriel Marcel a reconnu en lui un Nietzsche chrétien, mais il eut encore plus d’af

  •  

    Pause ton écran

    Jacques Dufresne
    À propos du site Pause ton écran, consacré à des mises en garde contre la dépendance aux écrans et de Cather

  •  

    Ottawa n'est pas Rome

    Marc Chevrier
    Pourquoi le français n’est-il pas au Canada ce que le grec fut à Rome? Une version espagnole suit.

  •  

    L'inflation généralisée

    Jacques Dufresne
    L’inflation, un mal multiforme et universel ? Le premier sens que le CNRTL donne au mot est  médical : enflure, inflammation. L

  •  

    Pâques et les calendriers

    Jacques Dufresne
    Notre attention a besoin d’être tirée chaque jour vers le haut, et vers le zénith lors de grandes fêtes comme Pâ