La liberté dans l'adversité

Laurent Grenier

Par Laurent Grenier, penseur quadraplégique.
Dans le prolongement des idées de Isaiah Berlin; il s'agit de faire brièvement la distinction entre une liberté de principe (droit d'agir conformément à ses désirs, à l'intérieur de certaines limites définies par la loi) et une liberté de fait (capacité effective de tirer parti de ce droit, grâce à un ensemble de circonstances favorables). Ces deux faces de la liberté sont complémentaires et nécessaires à l'épanouissement humain.

La liberté en tant que droit d'agir selon sa fantaisie, dans les limites d'un certain cadre légal, est un principe admirable, certes. Cet encadrement légal signifie qu'il nous est interdit de porter gravement atteinte à la liberté d'autrui et de le faire souffrir, indépendamment des petites vexations du quotidien qui font simplement partie de la difficulté de vivre ensemble et doivent donc être admises avec civilité.

Or, cette liberté de droit est une servitude de fait si elle est pieds et mains liés par des conditions de vie misérables, terriblement restrictives. Dans ce cas, on est libre de faire et d'avoir beaucoup de choses, mais on est capable de presque rien, ce qui ne laisse au bonheur qu'une toute petite place d'une austérité extrême, ou le réduit à une résignation sereine.

C'est dire qu'une société libérale n'est digne de ce nom que si elle veille activement à promouvoir des conditions de vie acceptables pour tous, ou qui donnent à chacun—quel qu'il soit et de quelque milieu qu'il provienne—le droit et la capacité de s'épanouir dans les relations humaines, le loisir et le travail, moyennant un effort qu'il n'appartient qu'à lui de fournir.

Cela suppose un maximum de justice distributive, mais aussi de développement durable (sans lequel la joie de vivre, voire la vie elle-même, est un rêve irréalisable), par voie de taxation ou de subvention. Il s'agit de lutter contre la destruction de l'environnement et les inégalités sociales, notamment celles qui sont disproportionnées par rapport aux inégalités naturelles d'aptitude et de volonté, en raison d'une injustice systémique.

Bref, j'annonce volontiers ma couleur, il importe selon moi d'opérer un virage à gauche sans prendre le fossé, en s'inspirant des meilleurs aspects des pays scandinaves qui ont beaucoup à nous apprendre.

Le vieux spectre du communisme stalinien est une monstruosité historique que les initiatives actuelles d'inspiration socialiste, instruites par les égarements antérieurs du XXe siècle jusqu'à l'effondrement de l'Union Soviétique, ont depuis le temps dépassés. Vivement que l'on sorte des politiques du laisser-faire où la loi du plus fort est toujours la meilleure. En qualité d'êtres humains, nous devrions faire mieux que les singes, quoique les singes, notons-le, sont capables de compassion et d'entraide.

Pour suivre Laurent Grenier

 

L'adresse de mon site Web :

https://www.laurentgrenier.online

 

L'adresse de mon podcast :

https://meditation-time.sounder.fm

 

L'adresse de mon blog :

https://laurentgrenier.wordpress.com

 

 

Extrait

Or, cette liberté de droit est une servitude de fait si elle est pieds et mains liés par des conditions de vie misérables, terriblement restrictives. Dans ce cas, on est libre de faire et d'avoir beaucoup de choses, mais on est capable de presque rien, ce qui ne laisse au bonheur qu'une toute petite place d'une austérité extrême, ou le réduit à une résignation sereine.




En marge de la Conférence de Glasgow