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    Rimbaud Arthur

    Poète français. La figure exemplaire du "poète maudit".

    "La vie littéraire de Rimbaud est circonscrite entre 1869 et 1873; à cette dernière date, le poète, né en 1854, avait dix-neuf ans, et il avait achevé son œuvre étrange où scintille, par endroits, un génie fulgurant, dont se réclame aujourd’hui [i.e., début du 20e siècle] toute une jeune école, sans compter deux maîtres, Paul Claudel et Paul Valéry.

    Verlaine avait découvert ce prodigieux adolescent qui devait enfoncer le Parnasse en attendant de devenir le mauvais génie du pauvre Lélian, et qui disparut après la triste aventure de Londres et de Bruxelles. Il n’avait publié, de son chef, que deux poésies, Les Étrennes des orphelins, dans La Revue pour tous, en 1870; et Les Corbeaux, dans La Renaissance, en 1872; et, un an plus tard, un recueil de proses, Une Saison en enfer, dont il aurait détruit l’édition deux mois après sa sortie de la presse, à l’exception de quelques exemplaires (remis de sa part à Verlaine, à Delahaye, à Forain, à Jean Richepin). Et l’on n’entendit plus parler de lui. Mais sa légende, déjà, s’organisait : on le disait parti pour de lointains voyages, explorateur, négrier, roi de quelque peuplade barbare…

    Ce n’est qu’en 1884 que son nom reparut aux Lettres, non plus suscitant le scandale, mais auréolé d’un subit prestige, grâce à la publication des Poètes maudits de Verlaine. Celui-ci consacrait dans ce livre, à son ancien ami, une étude émouvante, au cours de laquelle il imprimait pour la première fois un certain nombre des meilleurs vers d’Arthur Rimbaud qui lui étaient restés entre les mains depuis le temps de leurs orageuses relations : le Sonnet des voyelles, Oraison du soir, Les Assis, Les Effarés, Les Chercheuses de poux, et l’extraordinaire Bateau ivre. Verlaine citait encore d’autres pièces, des vers séparés. Rimbaud était né à la gloire, et fut, du jour au lendemain, illustre. Ensuite, La Vogue publia une série de poèmes en prose, crus perdus et retrouvés dans l’intervalle, Illuminations.

    Pourquoi ce génie exceptionnel, auteur à seize ans de poèmes qui devaient un jour suffire à le faire passer maître et chef d’école, a-t-il brusquement déserté la poésie? On a publié sa correspondance adressée aux siens, au cours de ses voyages et des dix-huit années qui suivirent la destruction de la Saison en enfer : il ne s’y trouve pas un mot qui touche à la littérature. Un des rares témoins de sa seconde vie nous apprend que lorsqu’on lui parlait des écrits de son adolescence et de la possibilité pour lui de se faire un nom dans les lettres à Paris, il répondait par ces mots violents : « Absurde! Ridicule! Dégoûtant! », et qu’il entra dans une vive colère lorsqu’il sut que Verlaine avait imprimé ses inédits.

    D’après M. Marcel Coulon, Rimbaud a laissé dans Une Saison en enfer sa renonciation expresse et motivée au métier d’écrire. Il tient avant tout Rimbaud pour un gigantesque révolté contre la morale, la société, la religion, l’art. Si doué qu’il fût, la poésie n’a jamais été pour lui un principal, mais un accessoire; une fin, mais un moyen. Il avait cru pouvoir « se faire voyant, par un long, immense et déraisonné dérèglement de tous les sens » : d’où ses extraordinaires aventures, ses défis à tous les ordres établis, ses froides recherches de visionnaire à travers toutes les anomalies de la pensée et de l’action, dans l’alcool, le haschisch et le reste; toutes volontaires expériences intellectuelles et passionnelles dont les Illuminations et Une Saison en enfer donneraient la clef, d’après les perspicaces exégèses de M. Coulon (analysé d’après Émile Henriot, Le Temps, 30 octobre 1923)."

    Autour de Rimbaud, Chronique des lettres françaises, no 7, janvier-février 1924, p. 71-72.

    Biographie

    Rimbaud mystique (Isabelle Rimbaud)

    «Arthur avait écrit dans la Saison en Enfer: "Je ne me crois pas embarqué pour une noce avec Jésus-Christ pour beau-père. Je ne suis pas prisonnier de ma raison. J'ai dit: Dieu. Je veux la liberté dans le salut." Cela est clair. Son âme est à Dieu, mais sa chair repousse encore le joug de l'Eglise, qui n'admet pas le salut hors d'elle. C'est de l'hérésie, peut-être; mais il n'en demeure pas moins que, vis-à-vis de l'Église catholique, Rimbaud fut, aux tournants de la vie comme à l'approche de la mort, l'enfant prodigue qui se réfugie d'instinct près de sa mère; car ce "voleur de feu", ce garrotteur de soleil demeura toujours, malgré lui et malgré tout, le fils de son baptême. "Pourquoi — s'écrie-t-il dans les brouillons de la Saison en Enfer — a-t-on semé une foi pareille dans mon esprit! Oh, l'idée du baptême. Il y en a qui ont vécu mal, qui vivent mal et qui ne sentent rien! C'est mon baptême et ma faiblesse dont je suis esclave!"

    Que penser de cris pareils? Est-il possible de douter de l'invincible foi de celui qui les a poussés? Et ne marquent-ils point, en même temps, toute la violence du combat, dans la souffrance, qui se livrait en cet esprit révolté?

    En définitive, et pour essayer de ramasser en une formule les aperçus que mon inexpérience d'écrire m'a sans doute empêchée d'exprimer bien clairement, je dirai: Rimbaud, malgré qu'il se soit aventuré aux sphères interdites, malgré qu'il ait mangé le fruit défendu, ne s'est pas damné. Il a toujours su fuir à temps le grand péril. Je dirai même que d'avoir violé les cimes l'a confirmé dans sa mission providentielle, laquelle fut, comme cela éclate aujourd'hui, de pousser les âmes d'élite vers Dieu. Et j'ai la conviction absolue qu'il entrait aussi dans les desseins d'En-Haut que cet élu se vêtît sur la terre des oripeaux de l'incroyance, afin de mieux prouver aux hommes l'inanité de leurs révoltes contre la Puissance Éternelle.»

    ISABELLE RIMBAUD, "Rimbaud mystique", Le Mercure de France, Paris, juin 1914, p. 712-713 (texte intégral)

    Oeuvres

    Tout Rimbaud (Rimbaud Web)

    "Je suis ici dans les Gallas". Lettres et textes choisis et présentés par Alain Jouffroy. Éditions du Rocher / Jean-Paul Bertrand, éditeur, coll. Alphée, 1999. Vous pouvez en faire la lecture en mode image sur le site iUniverse.com



    Le bateau ivre


    Comme je descendais des Fleuves impassibles,
    Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
    Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
    Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

    J'étais insoucieux de tous les équipages,
    Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
    Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
    Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.

    Dans les clapotements furieux des marées,
    Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
    Je courus ! Et les Péninsules démarrées
    N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

    La tempête a béni mes éveils maritimes.
    Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
    Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
    Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots !

    Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sûres,
    L'eau verte pénétra ma coque de sapin
    Et des taches de vins bleus et des vomissures
    Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

    Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
    De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
    Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
    Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

    Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
    Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
    Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
    Fermentent les rousseurs amères de l'amour !

    Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
    Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
    L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
    Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir !

    J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
    Illuminant de longs figements violets,
    Pareils à des acteurs de drames très antiques
    Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

    J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
    Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
    La circulation des sèves inouïes,
    Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

    J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
    Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
    Sans songer que les pieds lumineux des Maries
    Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

    J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
    Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
    D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
    Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !

    J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
    Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
    Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces,
    Et les lointains vers les gouffres cataractant !

    Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
    Échouages hideux au fond des golfes bruns
    Où les serpents géants dévorés des punaises
    Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

    J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
    Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
    - Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
    Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.

    Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
    La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
    Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes
    Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux...

    Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
    Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
    Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
    Des noyés descendaient dormir, à reculons !

    Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
    Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
    Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
    N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ;

    Libre, fumant, monté de brumes violettes,
    Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
    Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
    Des lichens de soleil et des morves d'azur ;

    Qui courais, taché de lunules électriques,
    Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
    Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
    Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

    Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
    Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
    Fileur éternel des immobilités bleues,
    Je regrette l'Europe aux anciens parapets !

    J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
    Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
    - Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,
    Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?

    Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
    Toute lune est atroce et tout soleil amer :
    L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
    Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer !

    Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
    Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
    Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
    Un bateau frêle comme un papillon de mai.

    Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
    Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
    Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
    Ni nager sous les yeux horribles des pontons.



    Arthur Rimbaud, 1871
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Informations
    Références
    Données biographiques
    Nationalité
    France
    Naissance
    20 / 10 / 1854, Charleville Ardennes
    Déces
    10 / 11 / 1891
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