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    Thémistocle

    Homme d'État et stratège grec qui, en raison du rôle de premier plan qu'il joua dans les guerres médiques, apparaît comme le plus grand serviteur de sa patrie. Il participa à la bataille de Marathon, eut l'idée de doter Athènes d'une flotte puissante et de développer le port du Pirée, non loin d'Athènes. C'est lui enfin qui commandait la flotte athénienne à Salamine. Il fut néanmoins banni de son pays et obligé de se réfugier chez le roi des Perses Artaxerxès, fils de Xerxès, que Thémistocle avait vaincu à Salamine.
    Il dut son succès à son intelligence plutôt qu'à sa culture, à son appétit de gloire, démesuré d'ailleurs, plutôt qu'à sa naissance., «La naissance de Thémistocle, rapporte Plutarque, fut trop obscure pour avoir pu contribuer à sa gloire. Son père, Néoclès, du bourg de Phréar, de la tribu Léontide, était d'une condition médiocre; du côté de sa mère, Thémistocle passait pour étranger, comme on l'infère des vers suivants.» (Les vies des hommes illustres, traduites par Ricard, Furne et Cie, Paris, 1840.)

    Biographie

    Voici le témoignage de Thucidyde sur Thémistocle :

    Lettre de Thémistocle à Artaxerxès

    «Mon nom est Thémistocle. Je viens à toi après avoir fait plus de mal qu'aucun des Grecs à votre maison, aussi longtemps que j'ai dû repousser les attaques de ton père; mais je lui ai fait encore plus de bien, lorsque je n'eus plus rien à craindre et qu'il fut lui-même en péril pour sa retraite. Aussi ai-je droit à quelque reconnaissance (c'était une allusion à l'avertissement qu'il avait donné au roi sur le départ des Grecs de Salamine, et au service qu'il lui avait soi-disant rendu en empêchant la rupture des ponts). C'est avec le pouvoir de te servir plus efficacement encore que je viens ici. victime de mon amitié pour toi. Je désire attendre un an pour to communiquer de vive voix les motifs de ma venue.»

    Le roi admira, dit-on, la résolution de Thémistocle, et l'invita á donner suite à son dessein. Dans l'intervalle, Thémistocle apprit autant qu'il put la langue et les usages du pays; puis, l'année révolue, il se présenta au roi, qui l'éleva plus haut que pas un des Grecs venus auprès de lui. Il dut ces honneurs à l'estime qu'il s'était acquise, à l'espérance qu'il suggérait au roi de lui assujettir la Grèce, enfin à la haute intelligence dont il avait donné des preuves.

    Jugement de Thucidyde

    Thémistocle avait montré de la manière la plus frappante ce que peut la nature; à cet égard, nul plus que lui ne méritait l'admiration. Grâce à la seule force de son génie, sans étude préalable ou subséquente, il jugeait par intuition des affaires présentes, et prévoyait avec une rare sagacité les événements futurs. Les questions qui lui étaient familières, il savait les mettre dans tout leur jour; celles qui étaient neuves pour lui, il ne laissait pas de les résoudre. Il discernait du premier coup d'oeil les chances bonnes ou mauvaises des affaires encore obscures; en un mot, par son inspiration naturelle et sans aucun effort d'esprit, il excellait á trouver sur-le-champ les meilleures résolutions.
    Il mourut de maladie; quelques personnes prétendent qu'il s'empoisonna volontairement, lorsqu'il eut reconnu l'impossibilité de tenir les promesses qu'il avait faites au roi. Son tombeau est à Magnésie d'Asie sur la place publique. Il était gouverneur de cette contrée, le roi lui ayant donné pour son pain Magnésie, qui rapportait cinquante talents de revenu annuel; pour son vin Lampsaque, le premier vignoble d'alors; enfin Myonte pour sa cuisine. Ses parents assurent que, selon son désir, ses restes furent rapportés dans sa patrie et déposés en Attique a l'insu des Athéniens; car il n'était pas permis d'enterrer un homme banni pour trahison.
    source: Thucidyde, Histoire de la guerre du Péloponèse, trad. E.-A. Bétant, Paris Librairie Hachette, 1878.

    Évocation de la bataille de Salamine par Victor Hugo

    Devait-on accepter un combat hasardeux?
    Les nefs étaient à l'ancre autour du grand navire,
    Les mâts se balançaient sur le flot qui chavire,
    L'aquilon remuait l'eau que rien ne corrompt;
    Et sur la poupe altière où veillaient, casque au front,
    Les archers de Platée, hommes de haute taille,
    Thémistocle, debout en habit de bataille,
    Cherchant à distinguer dans l'ombre des lueurs,
    Parlait aux commandants de la flotte, rêveurs.

    - Eurybiade, à qui Pallas confie Athènes,
    Noble Adymanthe, fils d'Ocyre, capitaine
    De Corinthe, et vous tous, princes et chefs, sachez
    Que les dieux sont sur nous à cette heure penchés;
    Tandis que ce conseil hésite, attend, varie,
    Je vois poindre une larme aux yeux de la patrie;
    La Grèce en deuil chancelle et cherche un point d'appui.
    Rois, je sens que tout ment, demain trompe aujourd'hui,
    Le jour est louche, l'air est fuyant, l'onde est lâche
    Le sort est une main qui nous tient, puis nous lâche;
    J'estime peu la vague instable, mais je dis
    Qu'un gouffre est moins mouvant sous des pieds plus hardis
    Et qu'il faut traiter l'eau comme on traite la vie,
    Avec force et dédain; et, n'ayant d'autre envie
    Que la bataille, ô grecs, je la voudrais tenter!
    Il est temps que les cœurs renoncent à douter,
    Et tout sera perdu, peuple, si tu n'opposes
    La fermeté de l'homme aux trahisons des choses.
    Nous sommes de fort près par Némésis suivis,
    Tout penche, et c'est pourquoi je vous dis mon avis.
    Restons dans ce détroit. Ce qui me détermine,
    C'est de sauver Mégare, Egine et Salamine,
    Et je trouve prudent en même temps que fier
    De protéger la terre en défendant la mer.
    L'immense roi venu des ténèbres profondes
    Est sur le tremblement redoutable des ondes,
    Qu'il y reste, et luttons corps à corps. Rois, je veux
    Prendre aux talons celui qui nous prend aux cheveux,
    Et frapper cet Achille à l'endroit vulnérable.
    Que l'augure, appuyé sur son sceptre d'érable,
    Interroge le foie et le cœur des moutons
    Et tende dans la nuit ses deux mains à tâtons,
    C'est son affaire; moi soldat, j'ai pour augure
    Le Glaive, et c'est par lui que je me transfigure.
    Combattre, c'est démence? Ah! soyons insensés!
    Je sais bien que ce prince est effrayant, je sais
    Que du vaisseau qu'il monte un démon tient la barre;
    Ces mèdes sont hideux, et leur flotte barbare
    Fait fuir éperdument la flottante Délos;
    Ils ont bouleversé la mer, troublé ses flots,
    Et dispersé si loin devant eux les écumes
    Que l'eau de l'Hellespont va se briser à Cumes,
    Je sais cela. Je sais aussi qu'on peut mourir.

    UN PRÊTRE
    Ce n'est point pour l'Hadès, trop pressé de s'ouvrir,
    Que la nature, source et principe des choses,
    Tend sa triple mamelle à tant de bouches roses;
    Elle n'a point pour but le monstrueux tombeau;
    Elle hait l'affreux Mars soufflant sur son flambeau
    Tendre, elle donne, au seuil des jours pleins de chimères,
    Pour berceuse aux enfants l'espérance des mères,
    Et le glaive farouche est par elle abhorré
    Quand elle fait jaillir des seins le lait sacré.

    THÉMISTOCLE
    Prêtre, je sais cela. Mais la patrie existe.
    Pour les vaincus, la lutte est un grand bonheur triste
    Qu'il faut faire durer le plus longtemps qu'on peut.
    Tâchons de faire au fil des Parques un tel nœud
    Que leur fatal rouet déconcerté s'arrête.
    Ici nous couvrons tout, de l'Eubée à la Crète;
    C'est donc ici qu'il faut frapper ce roi, contraint
    De confier sa flotte au détroit qui l'étreint;
    Nous sommes peu nombreux, mais profitons de l'ombre,
    La grande audace peut cacher le petit nombre;
    Et d'ailleurs à la mort nous irons radieux.
    Montrons nos cœurs vaillants à ce grand ciel plein d'yeux.
    Si l'abîme est obscur, les étoiles sont claires:
    Les heures noires sont de bonnes conseillères,
    Ô rois, et je reçois volontiers de la nuit
    L'avis sombre qui fait que l'ennemi s'enfuit.
    Par le tombeau béant je me laisse convaincre;
    Consentir à mourir c'est consentir à vaincre;
    La tombe est la maison du pâle sphinx guerrier
    Qui promet un cyprès et qui donne un laurier;
    Elle se ferme au brave osant heurter sa porte;
    Car, devant un héros, la mort est la moins forte.
    C'est pourquoi ceux qui sont imprudents ont raison.
    Les deux mille vaisseaux qu'on voit à l'horizon
    Ne me font pas peur. J'ai nos quatre cents galères,
    L'onde, l'ombre, l'écueil, le vent, et nos colères.
    Il est temps que les dieux nous aident; et d'ailleurs
    Nous serons pires, nous, s'ils ne sont pas meilleurs.
    Nous les ferons rougir de nous trahir. Le sage,
    C'est le hardi. Vaincu, moi, je crache au visage
    Du destin; et, vainqueur, et mon pays sauvé,
    J'entre au temple et je baise à genoux le pavé.
    Combattons.

    Comme s'ils entendaient ces paroles,
    Les vaisseaux secouaient aux vents leurs banderoles;
    Deux jours après, à l'heure où l'aube se leva,
    Les chevaux du soleil dirent: Xercès s'en va!

    Documentation

    Plutarque, Les vies des hommes illustres, traduites par Ricard, Furne et Cie, Paris, 1840.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Informations
    Données biographiques
    Nationalité
    Grèce
    Naissance
    528 av. J.-C. (?), Athènes
    Déces
    462 av. J.-C. (?)
    Documents Associés
    Plutarque
    Démagogie, ostracisme, banissement
    Plutarque
    Guerre, stratégie, prodiges, oracles, prédictions
    Raccourcis

    Référence


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