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Sexualité

Le mot sexualité, mot savant à l'origine, est devenu un mot du langage courant. Il a un sens si large qu'il est commode de l'utiliser pour nommer des phénomènes du passé que personne, aux époques en cause, n'auraient compris si on les avait alors désignés par le mot sexualité. Définir cette sexualité au sens large nous obligerait à remonter jusqu'à Platon et à suivre l'évolution des mentalités jusqu'à nos jours. Hélène Laberge s'est livrée à un exercice de genre dans La sexualité à travers les âges.

Nous revenons ici au sens plus technique que Sigmund Freud, le fondateur de la psychanalyse, a donné à ce mot. «Le contenu de la notion de "sexuel" ne se laisse pas définir facilement. On pourrait dire que tout ce qui se rattache aux différences séparant les sexes est sexuel, mais ce serait là une définition aussi vague que vaste. En tenant principalement compte de l'acte sexuel lui-même, vous pourriez dire qu'est sexuel tout ce qui se rapporte à l'intention de se procurer une jouissance à l'aide du corps, et plus particulièrement des organes génitaux, du sexe opposé, bref tout ce qui se rapporte au désir de l'accouplement et de l'accomplissement de l'acte sexuel. Mais en faisant de la procréation le noyau de la sexualité, vous courez le risque d'exclure de votre définition une foule d'actes qui, tels que la masturbation ou même le baiser, sans avoir la procréation pour but, n'en sont pas moins de nature sexuelle» (S. Freud, Introduction à la psychanalyse)

Ailleurs Freud précise que la science ne peut pas se satisfaire d'une définition qui convient à la vie de tous les jours. «Une définition tenant compte à la fois de l'opposition des sexes, de la jouissance sexuelle, de la fonction de la procréation et du caractère indécent d'une série d'actes et d'objets qui doivent restés cachés,…, peut suffire à tous les besoins pratiques de la vie. Mais la science ne saurait s'en contenter… nous avons pu constater l'existence de groupes entiers d'individus dont la "vie sexuelle" diffère d'une façon frappante de la représentation moyenne et courante.» (S. Freud, ibid.)

Non seulement faudra-t-il inclure ces différences dans la sexualité, mais encore il faudra chercher dans la sexualité une des principales causes des maladies nerveuses et psychiques. «Les émotions sexuelles , ajoute même Freud, prennent une part qui est loin d'être négligeable aux créations de l'esprit humain dans les domaines de la culture, de l'art et la vie sociale.» (S. Freud, ibid.)

En 1905, Freud publiait Trois essais sur la sexualité. C'est dans cet ouvrage qu'il exposa ses théories sexuelles. «Elles tournent autour de plusieurs thèmes. Tout d'abord vient la notion de libido, c'est-à-dire l'instinct sexuel, avec son embryogénèse, ses phases successives et ses métamorphoses. En second lieu, Freud met l'accent sur les vicissitudes du choix de l'objet d'amour, insistant en particulier sur le complexe d'Oedipe. Troisièmement, s'appuyant sur ce qui précède, il propose une interprétation de certains types de caractères (en particulier le type oral et le type anal), des névroses et des déviations sexuelles. En quatrième lieu, il propose un système de symbolisme sexuel. Enfin il explore les tout premiers événements intéressants la vie sexuelle, les tout premiers fantasmes et le rôle qu'ils joueront dans la vie affective ultérieure.» (Henri F. Ellenberger, Histoire de la psychiatrie dynamique, Éditions Simep, Lyon 1974, p 425)

Freud a étendu le sens du mot sexualité à l'ensemble des phénomènes que nous désignons par le mot amour. «Cette extension du concept de sexualité est d'une double nature. En premier lieu, la sexualité est détachée de sa relation bien trop étroite avec les organes génitaux et posée comme une fonction corporelle embrassant l'ensemble de l'être et aspirant au plaisir, fonction qui n'entre que secondairement au service de la reproduction ; en second lieu, sont comptés parmi les émois sexuels tous les émois simplement tendres et amicaux, pour lesquels notre langage courant emploie le mot « aimer » dans ses multiples acceptions. Je prétends seulement que ces élargissements du concept de sexualité ne sont pas des innovations, mais des restaurations, qui signifient la levée de rétrécissements injustifiés du concept, rétrécissements auxquels nous nous étions laissé induire.» D'où l'usage du mot pansexualisme pour désigner la doctrine freudienne.
(S. Freud, Ma vie et la psychanalyse, Idées, Gallimard, pp. 47-49.)

La conception hydraulique de la sexualité
Parmi les disciples et proches collaborateurs de Freud, Wilhelm Reich s'est distingué par l'importance qu'il attache à l'orgasme comme condition sine qua non de la santé psychique.«L'orgasme, écrit le sexologue Claude Crépault, est censé avoir un effet libérateur dans la mesure où il s'accompagne d'une décharge tensionnelle. En fait, il s'agit là d'une conception hydraulique de la sexualité. On présume que l'excitation sexuelle, si elle n'est pas libérée dans la décharge orgastique, brise l'équilibre psychosomatique. Dans cette problématique, l'excitation sexuelle n'a pas de sens positif en soi: elle ne se justifie que par sa disparition dans l'orgasme.» (La sexualité aujourd'hui,Traité d'anthropologie médicale, Institut québécois de recherche sur la culture, Québec 1985, p.733)

Un mot tyrannique
Sexualité est un autre de ces mots que l'on pourrait qualifier de tyranniques parce qu'on est contraint de les utiliser pour se faire comprendre de la majorité et qu'on prend ainsi parti pour une doctrine à laquelle on n'adhère pas nécessairement. Chaque fois qu'on prononce le mot sexualité, on fait de la publicité à Freud et à la psychanalyse, comme on en fait à la compagnie Bayer quand on utilise le mot aspirine pour désigner un analgésique qui existe sous d'autres noms.
D'où l'intérêt que présentent des mots comme genre utilisés pour désigner des phénomènes dont le mot sexualité ne peut rendre compte en raison de ses principales connotations.

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