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    Oiseau

    Un des premiers films de Frédéric Back

    Jaseur des cèdres
    Photo: L'Encyclopédie de L'Agora. Voir également un diaporama sur le Fou de Bassan

    Définition

    Cervelle d'oiseau?
    On a longtemps associé l'intelligence à la grosseur du cerveau. D'où une certaine habitude de penser que la lignée des mammifères avait été la voie royale du développement de l'intelligence. Il semble bien que ce préjugé défavorable aux oiseaux ait des racines profondes dans la culture populaire comme semblent l'indiquer des expressions telles que cervelle d'oiseau, (petit esprit) et drôle d'oiseau, (personnage bizarre). La tradition religieuse qui associe l'oiseau à l'esprit, comme dans l'expression oiseau de Minerve, voire à l'Esprit saint paraît plus juste.

    À la recherche de «l'intelligence buissonnière», celle qui ose se développer hors de la voie royale des mammifères, l'éthologiste Rémy Chauvin s'est aussi intéressé aux études sur les oiseaux. Après avoir rappelé leurs talents de musiciens-mathématiciens, il nous apprend qu'ils peuvent se servir d'outils...et jaser. «On oublie que les perroquets jasent et que, par conditionnement, on peut faire apprendre des mots simples à des mainates; on oublie que les corbeaux, s'ils ne savent pas compter, sont au moins capables d'abstraction: ils peuvent en effet reconnaître des ensembles de points, trois ou quatre, qu'ils soient grands ou petits, rouges, verts ou bleus».1 Et que dire de ce peintre australien, un oiseau appelé le Ptilonorhinckus violaceus: «il écrase des baies violettes et trempe dans la bouillie une sorte de tampon qu'il a confectionné en déchirant une racine: il l'utilise pour enduire sa poitrine de violet ainsi que les parois internes de sa hutte: et dans cet équipage, il exécute ses danses nuptiales devant les femelles».2

    Cervelle d'oiseau! Nous devrons bientôt présenter nos excuses à ces petits génies sous peine de paraître indignes de leur présence enchanteresse. La prise en considération de leurs performances extraordinaires a d'abord obligé les biologistes à reviser leurs critères d'évolution. Ce qui importe, concluent-ils, ce n'est pas le poids absolu du cerveau, mais son poids relatif, c'est-à-dire son poids par rapport à celui de l'ensemble du corps. «Pour un poids de cinq grammes, le roitelet a deux cent cinquante milligrammes de cerveau. S'il pesait soixante-dix kilogrammes, son cerveau atteindrait trois kilos et demi».3 Mais c'est là un critère rudimentaire. La composition du cerveau est beaucoup plus significative. «Or, justement le cerveau des oiseaux est miniaturisé par rapport au cerveau des mammifères. Pour prendre des exemples extrêmes, le cerveau de la baleine pèse plus de huit kilogrammes, mais ses cellules sont si volumineuses et le nombre d'éléments de soutien (cellules de la névroglie) est si grand que l'on compte tout juste un millier d'éléments nerveux par millimètre cube; dans le cerveau du roitelet, on en dénombre plusieurs centaines de mille dans le même volume, et les éléments gliaux sont quasiment absents. Des études plus approfondies seraient nécessaires. On aimerait connaître par exemple le nombre de connexions par élément nerveux qui semble bien constituer un paramètre très important: ce nombre est-il aussi plus grand chez les oiseaux que chez les mammifères?»4

    En d'autres termes, il y a entre le cerveau de la baleine et celui du roitelet la même différence qu'entre un ordinateur qui hier remplissait une grande pièce et le même ordinateur qui, aujourd'hui, a la taille d'une machine à écrire.

    Notes
    1 à 4: RÉMY CHAUVIN, La biologie de l'esprit, Éditions du Rocher, Monaco, 1985, p. 119-124.

    Enjeux

    Voir les espèces d'oiseaux menacées, par pays, et particulièrement au Québec.

    Essentiel

    Le chant du cygne
    Ayant désormais, grâce à nos ordinateurs, un préjugé favorable à l'égard de la cervelle des oiseaux, peut-être ferons-nous désormais plus attention à eux, ce qui pourrait nous amener à découvrir dans leurs comportements de nouveaux signes d'intelligence, d'âme même. Peut-être même aspirerons-nous un jour, comme Socrate, à chanter aussi bien que le cygne.

    L'expression le chant du cygne qui nous vient de la plus haute antiquité grecque est toujours utilisée pour désigner, par exemple, un discours ou un récital d'adieu. Dans la bouche de Socrate, elle prend une valeur sacrée. Représentons-nous ce sage dans sa prison d'Athènes, où il vient d'apprendre qu'il est condamné à mort pour impiété. Les amis qui l'entourent aimeraient bien l'entendre une dernière fois parler de la connaissance de soi et de l'immortalité de l'âme, mais ils n'osent pas le lui demander, de peur de l'importuner dans ses derniers instants. Voici l'aimable reproche que leur adresse Socrate: «Selon vous, je ne vaux donc pas les cygnes pour la divination; les cygnes qui, lorsqu'ils sentent qu'il leur faut mourir, au lieu de chanter comme auparavant, chantent à ce moment davantage et avec plus de force, dans leur joie de s'en aller auprès du Dieu dont justement ils sont les serviteurs. Or les hommes, à cause de la crainte qu'ils ont de la mort, calomnient les cygnes, prétendent qu'ils se lamentent sur leur mort et que leur chant suprême a le chagrin pour cause; sans réfléchir que nul oiseau ne chante quand il a faim ou froid ou qu'un autre mal le fait souffrir; pas même le rossignol, ni l'hirondelle, ni la huppe, eux dont le chant, dit-on, est justement une lamentation dont la cause est une douleur. Pour moi cependant, la chose est claire, ce n'est pas la douleur qui fait chanter, ni ces oiseaux, ni les cygnes. Mais ceux-ci, en leur qualité, je pense, d'oiseaux d'Apollon, ont le don de la divination et c'est la prescience des biens qu'ils trouveront chez Hadès qui, ce jour-là, les fait chanter et se réjouir plus qu'ils ne l'ont jamais fait dans le temps qui a précédé. Et moi aussi, je me considère comme partageant la servitude des cygnes et comme consacré au même Dieu; comme ne leur étant pas inférieur non plus pour le don de divination que nous devons à notre Maître; comme n'étant pas enfin plus attristé qu'eux de quitter la vie!» 1

    On comprend que Rémy Chauvin soit choqué à la seule idée qu'il puisse encore se trouver des biologistes pour penser que le chant des oiseaux s'explique par le hasard des mutations et de la sélection naturelle. Il y voit plutôt de l'art pour l'art. Sur le strict plan de la sélection naturelle, le bruit le moins musical est aussi efficace que le chant de la grive.

    De merveille en merveille, de complexité en complexité, Rémy Chauvin est amené par la science aux antipodes du darwinisme et du néo-darwinisme. Il s'agit là pour lui de théories qui ont eu leur utilité, mais constatant qu'elles souffrent plus d'exceptions qu'elles ne connaissent de confirmations, il en conclut qu'on les conserve uniquement parce qu'on n'a pas de meilleures explications.

    Tout en évitant l'écueil du finalisme — lequel suppose que nous connaissons le pourquoi de la complexité —, Chauvin affirme que l'Esprit est l'explication que nous retiendrions spontanément si ce n'était que nous éprouvons encore un sentiment de révolte semblable à celui que Darwin éprouvait devant les théologiens de son temps, lesquels prétendaient connaître la Providence et ses desseins. Ce sentiment de révolte, poursuit Chauvin, était justifié, car le recul du temps nous permet de voir à quel point il fallait être aveuglé par l'esprit de secte pour prétendre pouvoir trouver dans une interprétation littérale de la Bible l'explication de la vie et du sens de l'histoire. Mais, ajoute-t-il, l'explication par le hasard et la sélection naturelle est tout aussi illusoire.

    Mieux vaut reconnaître son ignorance, ce qui ne veut pas dire qu'on doive renoncer à tout espoir de trouver le sens de cette évolution qui est manifestement l'oeuvre de l'Esprit. Pourquoi certains parasites, comme le microbe de la bilharziose, se donnent-ils tant de mal, allant jusqu'à transiter par un escargot, pour atteindre les organes cibles de leur victime? La nature est pleine de dédales semblables mais elle comporte aussi des zones d'intelligibilité. Il semble par exemple que dans chaque lignée, celle de l'oiseau comme celle des mammifères, l'évolution tend vers une complexité caractérisée par la perfection du psychisme.

    1-PLATON, Phédon, Oeuvres complètes, Collection La Pleiade, Paris, Gallimard 1950, pp.806-807.


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    Les arbres et les oiseaux
    «Que les arbres sont touchants: ils se résignent et ils attendent. Ils sont de bon conseil, ces doux amis. Il n'est rien de patient comme l'arbre. Il s'est laissé prendre par la terre. Même géant, il est enchaîné par les pieds et dans les langes. Il rêve de fuir et de s'envoler. Sans cesse, il prend son élan et frémit des feuilles, ses innombrables ailes; mais il ne peut pas s'arracher au berceau, où il vit, où il rêve, où il dort debout. La merveilleuse douceur de ce captif offre un refuge à tous les oiseaux de la terre. Ses ailes de feuillage s'ouvrent aux ailes de plumes, et à tous leurs ramages. O bel arbre, comme tu aimes ta mère et nourrice, la terre.»

    ANDRÉ SUARÈS, Pages, Éditions du Pavois, Paris 1948, p. 112



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    Ils ne connaissent que leur beauté
    «Eux-mêmes ne connaissent que leur beauté: ce sont les hommes qui les nomment et en font des poulets.»

    Proverbe chinois, cité par ERNST JÜNGER dans Chasses subtiles, Christian Bourgeois éditeur, Paris 1980, p. 113.



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    Darwin : la beauté pour la beauté
    «[…] J’admets volontiers qu’un grand nombre d’animaux mâles, tels que tous nos oiseaux les plus magnifiques, quelques reptiles, quelques mammifères, et une foule de papillons admirablement colorés, ont acquis la beauté pour la beauté elle-même; mais ce résultat a été obtenu par la sélection sexuelle, c’est-à-dire parce que les femelles ont continuellement choisi les plus beaux mâles; cet embellissement n’a donc pas eu pour but le plaisir de l’homme. On pourrait faire les mêmes remarques relativement au chant des oiseaux. Nous pouvons conclure de tout ce qui précède qu’une grande partie du règne animal possède à peu près le même goût pour les belles couleurs et pour la musique. Quand la femelle est aussi brillamment colorée que le mâle, ce qui n’est pas rare chez les oiseaux et chez les papillons, cela paraît résulter de ce que les couleurs acquises par la sélection sexuelle ont été transmises aux deux sexes au lieu de l’être aux mâles seuls. Comment le sentiment de la beauté, dans sa forme la plus simple, c’est-à-dire la sensation de plaisir particulier qu’inspirent certaines couleurs, certaines formes et certains sons, s’est-il primitivement développé chez l’homme et chez les animaux inférieurs? C’est là un point fort obscur. On se heurte d’ailleurs aux mêmes difficultés si l’on veut expliquer comment il se fait que certaines saveurs et certains parfums procurent une jouissance, tandis que d’autres inspirent une aversion générale. Dans tous ces cas, l’habitude paraît avoir joué un certain rôle; mais ces sensations doivent avoir quelques causes fondamentales dans la constitution du système nerveux de chaque espèce.»

    CHARLES DARWIN, L'origine des espèces au moyen de la sélection naturelle ou la lutte pour l'éxistence dons la nature. Trad. sur l'édition anglaise définitive par Ed. Barbier. Paris, Schleicher Frères, 1865, 576 p.



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    Le mythe de l'oeuf cosmique
    Par le biais du mythe de l'oeuf cosmique, l'oiseau est associé à l'origine de l'univers.


    Source: NASA

    Comment se fait-il qu'on ait mis tant de temps à faire l'hypothèse de l'évolution, qu'on s'en soit si longtemps tenu à une vision statique des choses de la vie? Tout est vie, le Grand Tout est vivant. Cette conviction a imprégné la plupart des cultures à l'origine. Or la première observation que l'on peut faire à propos des êtres vivants, c'est qu'ils commencent par un oeuf dans le sein de leur mère pour devenir un adulte autonome. Entre ces deux moments, il y a croissance, lente transformation, évolution.

    On se demande pourquoi dans ces conditions l'idée d'évolution n'a pas été toujours et partout au coeur des conceptions du monde et à plus forte raison de la vie. On retrouve effectivement le mythe de l'oeuf cosmique dans de nombreuses cultures, en Inde, en Grèce, en Afrique chez les Pangwe, en Polynésie, en Indonésie, chez les Finnois et même en Amérique.

    Dans un livre sacré de l'Inde, le Minokhired Péhlvi on trouve cette évocation de l'oeuf cosmique: «Le ciel et la terre et les eaux et toutes les autres choses qui sont dans le ciel sont faites à la façon d'un oeuf d'oiseau. Le ciel, au-dessus et au-dessous de la terre, a été fait par Ahura Mazda à la façon d'un oeuf. La terre, à l'intérieur du ciel, est comme le jaune de l'oeuf».

    Documentation

    Les oiseaux nicheurs du Québec
    Sous la direction de Jean Gauthier et Yves Aubry. Premier ouvrage du genre au Québec,
    L'atlas des oiseaux nicheurs du Québec est l'aboutissement d'un inventaire minutieux réalisé par près de 1000 ornithologues bénévoles et en collaboration avec 130 rédacteurs, une quinzaine d'illustrateurs et quelque 120 photographes.

    Avec 292 espèces illustrées par des artistes québécois, plus de 1400 photos d'oiseaux et d'habitats, des images de paysages du début du siècle, des photos prises par satellite du Québec méridional et quelque 5000 références,
    L'atlas des oiseaux nicheurs du Québec est un ouvrage unique, pratique et complet. Il renferme des données indispensables et représente une véritable mine d'informations pour le lecteur.


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    David Derbyshire, Why Birds Fly in Formation, The Telegraph, 18 octobre 2001: explore les raisons pour lesquelles les oiseaux volent groupés en formations

    La corneille plus intelligente que le chimpanzé
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-06-16
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