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    Impression du texte

    Moderata Fonte

    Ecrivain italien (1555-1592)
    Vénitienne, femme d'un avocat et mère de quatre enfants, Moderata Fonte, de son vrai nom Modesta Pozzo (1555-1592), s'illustra dans plusieurs genres littéraires, se distinguant tout particulièrement dans le poème épique et le traité en prose. Le Mérite des femmes, son ouvrage le plus célèbre, fut publié en 1600 à titre posthume. La littérature consacrée à la dignité et l’excellence des femmes connut à la Renaissance une grande vogue intellectuelle et éditoriale en Italie et en Europe. Le Mérite des femmes, sorte de Cité des Dames de la fin du xvie siècle, est l’un des ouvrages-clés de cette production.





    Biographie

    Eloge de Venise, ouverture au Mérite des Femmes :

    " La très noble cité de Venise, nul ne l'ignore, se trouve admirablement sise à l'extrémité de la mer Adriatique. Venise n'est entourée d'autres remparts, gardée par d'autres forteresses ni ceinte par d'autres portes que cette même mer qui lui sert aussi de fondation. En se ramifiant et divisant en divers canaux qui passent au travers de ses maisons, cette mer fait office de route et permet de transiter commodément de lieu en lieu, au moyen de petites embarcations. Pour Venise, la mer est une voie publique, une campagne ouverte à travers laquelle vont et viennent toutes sortes de trafics et marchandises de diverses provenances. Elle fournit et procure fot diligemment tout ce qui est nécessaire au ravitaillement et à l'entretien d'une telle patrie. Outre la profusion infinie de poissons qu'elle lui offre de jour en jour, Venise, sans rien produire d'elle-même, est pourvue en très grande abondance de tout ce qui est nécessaire à la vie humaine, de par le concours incessant des bateaux qui arrivent ici avec toutes sortes de provisions opportunes. Cette ville est toutefois très différente des autres - oeuvre inédite et merveilleuse, faite de la main de Dieu.
    Pour cette raison comme pour beaucoup d'autres titres d'excellence rares et surnaturels, elle dépasse en noblesse et dignité toutes les autres villes du monde aussi bien antiques que mdoernes, de sorte qu'on peut à juste titre l'appeler "Métropole de l'univers". La pompe et la grandeur de cette ville sont inestimables, ses richesses sont infinies. La somptuosité de ses éficies, la splendeur de l'habillement, la liberté du mode de vie et l'affabilité des personnes sont rares et prisées à un degré qu'on ne saurait imaginer ni décrire. Mais Venise, chérie et estimée, n'est pas moins crainte qu'aimée. On ne peut qu'être frappé de voir comme tous veulent y habiter, comme toute personne de quelque provenance qu'elle soit, semble ne plus savoir la quitter, dès qu'elle a goûté à sa douceur de vivre. De là vient qu'on y trouve des personnes originaires de tous les pays et, de même que tous les membres et artères de notre corps correspondent avec le coeur, de même toutes les villes et parties du monde correspondent avec Venise. Ici, l'argent court plus qu'en tout autre lieu et c'est une ville libre, à l'instar de la mer qui, sans subir aucune loi, légifère pour les autres. Chose plus remarquable encore et digne d'émerveillement : la paix incroyable et l'équité qui y règnent, malgré une telle diversité de sangs et de coutumes. Cela procède de la prévoyance, de la vigilance et de la valeur de ceux qui la gouvernent. Les esprits les plus choisis dans tous les arts et les professions rivalisent pour vivre ici. Toutes les vertus y triomphent, on y goûte délices et plaisirs. Les vices sont extirpés et les bonnes moeurs fleurissent. Les hommes se signalent par leur vaillance, jugement et courtoisie; les femmes se distinguent par leur beauté, prudence et chasteté. En somme, Dieu à accordé tous les bienfaits qui se puissent désirer à cette ville bénie, craintive de sa divine majesté, fort religieuse et reconnaissante des dons célestes. Et, après Dieu, elle est très dévouée et très obéissante à son prince, lequel, afin que rien ne manque à une république si heureuse et si bien ordonnée, ne sauriat être égalée en bonté, prudence et justice.
    Dans cette ville donc, véritablement divine, résidence de toutes les grâces et excellences surnaturelles, vivaient récemment et vivent encore plusieurs femmes nobles et valeureuses. Issues des familles les plus illustres et réputées, leur âge et leur état différaient, contrairement à leurs origines et moeurs. Distinguées, vertueuses et d'esprit élevé, elles se voyaient souvent et, ayant contracté une amitié pleine d'affection et de discernement, prenaient souvent le temps et trouvaient l'occasion de se rencontrer pour converser en toute simplicité et sans se soucier d'hommes qui pussent les réprimander ou les en empêcher. Elles conversaient de ce qui leur agréait le plus, traitant tantôt de leurs occupations de femmes, tantôt d'honnêtes distractions. et parfois l'une d'entre elles qui aimait la musique, prenant un luth en main ou bien accompagnant sa très belle voix d'une harpe bien accordée, offrait un passe-temps fort agréable à elle-même et à ses compagnes. Une autre qui goûtait la poésie, en récitant quelques vers inédits et gracieux, offrait une manière nouvelle et plaisante de s'attarder à cette compagnie aussi judicieuse qu'avertie."


    Le Mérite des Femmes, écrit par Moderata Fonte en deux journées, où l'on montre clairement combien elles sont dignes et plus parfaites que les hommes
    Traduction, annnotation et postace de Frédérique Verrier, éd. Rue d'Ulm, 2002

    Oeuvres

    Tredici canti del Floridoro (1581) poème épique qui met en scène une femme-chevalier
    Le Feste (1581) un drame musical en vers, en l'honneur du Doge Niccolo Da Ponte
    La Passione di Cristo, un poème religieux sur la mort du Christ
    La Résurrection du Christ (1592)
    Il Meritto delle Donne (1592)


    Note sur Le Mérite des Femmes.
    Ce traité en forme de dialogue dans la tradition du Décaméron se déroule sur deux journées et met en scène sept femmes, toutes issues de l'aristocratie vénitienne, mais d’âge et de statut civil variés. Une fois répartis les rôles entre « accusation » et « défense » du sexe masculin, le procès intenté aux hommes est moins sommaire qu'on ne le pourrait croire. Le militantisme apparent du traité est miné par l'ambivalence des positions féminines et par la curiosité des devisantes, qui les induit à toutes sortes de digressions. Le fil du dialogue est entrelacé de textes poétiques et de récits divers, tandis que la querelle des femmes est enracinée dans un contexte socio-historique qui confère à l'ouvrage valeur de document sur la société vénitienne de l'époque.

    Sommaire de l'édition française
    Première journée
    Éloge de Venise - Présentation des personnages - Portrait et autoportrait de Corinna - Le jardin de Leonora et sa fontaine - Élection d’une reine et distribution des rôles - Mauvais pères et frères - Les affres de la maternité - Mauvais maris - Amants fourbes et trompeurs - L’âge idéal - Comment détecter l’amour véritable ? - Causes de l’ingénuité féminine - La complexion féminine - La pudeur féminine - Causes de la guerre de Troie et du péché originel - Histoire des philosophes fous - La part de l’amour et du désir - Lettrées, guerrières et patriotes - La cruauté des pères - La piété des femmes - La naissance d’une fille - L’achat d’un mari
    Seconde journée
    Le cauchemar de Leonora - Étiologie de l’amour - Définition de l’amitié - Perturbations météorologiques - Digression sur l’astrologie - Ornithologie et chasse - Ichtyologie et pêche - Hydrographie - Éthologie - La légende de la licorne - Botanique et plantes médicinales - Fruits et fleurs - Villégiature - Éloge de la médecine - Minéralogie - Oraison de Leonora - À propos de l’éloquence - La grammaire masculine - Éloge des institutions et des magistratures - Le pouvoir des mots - Beauté corporelle et beauté spirituelle - Éloge d’illustres Vénitiennes - Éloge de la poésie et des poètes - Éloge de la musique et du chant - Poésie, peinture et sculpture - Une croisade contre les hommes ? - Parures et coiffures - Guide du mariage - Poème didactique : la défaite d’Amour
    Les mérites du Mérite, par Frédérique Verrier
    Bibliographie

    Frédérique Verrier est ancienne élève de l'École normale supérieure et maître de conférences à l'université de Paris-IV. Spécialiste de Machiavel et de la littérature philogyne, elle a notamment publié Les Armes de Minerve. L’humanisme militaire dans l’Italie du XVIe siècle (PUPS, 1997)

    Documentation

    Commentaire tiré de "Les mérites du Mérite", dans Le Mérite des Femmes, écrit par Moderata Fonte en deux journées, où l'on montre clairement combien elles sont dignes et plus parfaites que les hommes, postface par Frédérique Verrier, éd. Rue d'Ulm, 2002, pp.213-217.

    Moderata n'étais ni la seule à écrire ni même la première à traiter des femmes, on le sait. Sa démarche relève à maints égards d'un phénomène collectif et "objectivable" dans l'Italie du XVI° siècle. Si la péninsule tout entière fut gagnée par ce phénomène, la Toscane et la Vénétie se taillèrent la part du lion dans la carte virtuelle des écritures féminines.
    Préfaces, dédicaces, publications collectives puis individuelles, commerntaires élogieux ou critiques attestent une reconnaissance nolens volens de cette écriture féminine qui était désormais entrée dans les moeurs éditoriales et socioculturelles. N'avait-on pas poussé l'ouverture d'esprit jusqu'à reconnaître en particulier à Venise le talent poétique de "courtisanes" dont aristocrates et hommes de lettres se disputaient la protection ?
    Moderata Fonte ne ressortit à aucune des deux typologies sociales de poétesses de l'époque : la poétesse-courtisane (Tullia d'Aragona, Gaspara Stampa, Veronica Franco...) et la princesse-poétesse (Vittoria Colonna, Veronica Gambara, Giulia Gonzaga...). Du point de vue de la moralité et de l'état civil, elle se rattache plutôt aux secondes, fût-ce dans une versrion embourgeoisée et dédramatisée.
    Mais le contenu de ses vers, comme du transgressif et prosaïque Mérite, nous paraît plus proche de la vision démystificatrice et courageuse des rapports entre les sexes donnée par Gaspara Stampa dans son Canzoniere ou par Veronica Franco dans ses Terze rime, comme, à un autre titre, son ambition littéraire.
    (...)
    L'auteur du Décaméron avait donné la prééminence aux narratrices dans son recueil de nouvelles, désigné dans les femmes ses lectrices, et fait d'elles ses protagonistes; Boccace était aussi l'auteur du De mulieribus claris (1360) première anthologie moderne de la vertu féminine. La "cité des Dames" devient dans le Mérite la "villa des Dames", Moderata Fonte et Christine de Pizan partageant une admiration déclarée pour Boccace.
    Le débat sur la dignité et l'excellence féminines est de fait pluriséculaire et transnational, le coup d'envoi ayant été lancé au XVI° siècle par Henricus Cornelius Agrippa. Le De nobilitate et praecellentia foemini sexus, rédigé en 1509, mais publié pour la première fois en 1529, eut un retentissement considérable et fut l'objet de maintes traductions et plagiats partout en Europe.
    On peut rapprocher le succès du texte d'Agrippa de celui du De institutione foeminae christianae (Anvers, 1524) de l'espagnol Juan Lluis Vivès, autre best-seller international de la littérature consacrée aux femmes, et ouvrant à la trattatistica philogyne un nouveau champ, celui de l'institution des femmes.




    Dossier réalisé par Marc Foglia (avril 2006)
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Informations
    Références
    Données biographiques
    Nationalité
    Italie
    Naissance
    1555
    Déces
    1592
    Raccourcis
    Dossier encylopédique en anglais sur le site Sunshine for women
    En italien, le site de l'association Moderata Fonte

    Référence


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