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    Impression du texte

    Industrie


    Crac! (Société Radio-Canada-Frédéric Back, 1981) par dephaad Pour ce film, une allégorie sur l'industrialisation rapide du Québec, Frédéric Back a reçu l'OSCAR du meilleur film d'animation en 1982.

    À l'aciérie Sorel Steel, des ouvriers conduisent une énorme presse à forger et transforment un bloc de six pieds en une ébauche de tube de canon de 14 pieds. Photo prise à Sorel (Québec), en décembre 1940
    Crédit : Office national du film du Canada. Photothèque / Archives nationales du Canada

    Enjeux

    Pour comprendre l'industrie et l'industrialisation, il faut les situer dans un contexte large, ce que fait Michel Béaud dans LE BASCULEMENT DU MONDE, De la terre, des hommes et du capitalisme ouvrage paru en 1997 et disponible en format numérique sur le site Les Classiques des sciences sociales.

    Le basculement du monde et les trois reproductions

    Hypothèse

    Pour comprendre le monde, ses dynamiques et ses soubresauts, la grille de lecture proposée est de prendre en compte à titre principal trois totalités, trois entités ayant une capacité forte d'autoreproduction : la Terre, l'Humanité et le capitalisme — avec les interactions, tensions, contradictions entre les reproductions de ces trois totalités.

    Cette analyse en terme de « triple reproduction » permet de donner les repères essentiels dans l'inextricable fouillis des faits et des informations. Certes, ce n'est pas la seule et unique grille permettant de comprendre le monde actuel ; mais elle permet de répondre à beaucoup de questions que nous posent les désordres et absurdités du monde.

    En outre, cette analyse n'est pas réductrice, elle est ouverte. Elle permet de prendre en compte la diversité, aucune des trois totalités évoquées n'étant uniforme ni homogène : la Terre se reproduit à la fois dans sa globalité et dans la pluralité de ses régions et de ses biotopes ; l'Humanité se reproduit à travers les sociétés humaines, elles-mêmes diversifiées et évolutives ; quant au capitalisme, s'étant historiquement constitué à travers divers capitalismes nationaux, il revêt de multiples formes.

    Enfin, cette analyse permet de poser de manière précise la question du basculement du monde : il y a basculement du monde si le passage rapide du monde d'un état à un autre se traduit par des changements majeurs dans les conditions de reproduction des totalités prises en compte, dans les rapports entre ces totalités et entre leurs reproductions.

    Ainsi, cette grille de lecture permet non seulement de dégager un certain nombre d'explications sur les causes et la nature de problèmes humains, sociaux, environnementaux contemporains, mais encore de les situer dans une mutation profonde et rapide : le basculement du monde.

    Thèse


    Avant qu'apparaissent les hommes, la Terre se reproduisait sans eux. Avant que se déploie le capitalisme, les sociétés humaines s'étaient reproduites sans lui.

    Aujourd'hui, ces trois processus de reproduction — Terre, Humanité, capitalisme — sont profondément interdépendants, interagissants. Avec leurs effectifs et leurs besoins croissants, les sociétés humaines altèrent de plus en plus gravement, par leurs prélèvements et leurs rejets, la reproduction de notre planète. Y contribue aussi le capitalisme qui, par ses dynamiques transformatrices, participe à la reproduction d'un nombre croissant de sociétés humaines, tout en en déstabilisant un nombre également croissant et en suscitant entre elles de profonds clivages.

    Bien plus : de même que l'Humanité tend à s'autonomiser du vivant et de la Terre, tout en leur restant attachée, de même le capitalisme tend à s'autonomiser des sociétés humaines, tout en leur restant attaché. En schématisant, le capitalisme déploie aujourd'hui ses dynamiques en fonction des ressources et des besoins solvables d'un à deux milliards d'humains ; les autres milliards, à faibles ressources monétaires ou sans pouvoir d'achat, n'entrent pas dans son univers — alors que lui est entré dans le leur, en modifiant, parfois en bouleversant, leurs conditions de vie et leurs manières de voir.

    Les inégalités se creusent. Les changements s'accélèrent. L'empire des marchandises et de l'argent s'étend. Les liens sociaux se disloquent. Beaucoup s'enrichissent, innombrables sont ceux qui vivent dans la misère, la pauvreté, l'angoisse. En même temps que les nouvelles opportunités, surgissent nouveaux périls et nouvelles menaces.

    Avec, en fin de compte, la reproduction déstabilisée de la Terre ; la reproduction de nombreuses sociétés déséquilibrée et la reproduction du capitalisme — faite d'expansions et de crises — de plus en plus déterminante tant pour notre planète que pour nos sociétés.


    Lignes de force



    Tout s'enracine dans une très longue évolution de plusieurs centaines de millénaires : l'ère des deux reproductions. Il y a environ deux millénaires et demi, avec la « période axiale 1 » au cours de laquelle des fondateurs de la pensée humaine invitent les hommes à se penser par rapport au divin, à l'univers et à eux-mêmes, commence une évolution progressive, une longue transformation, qui conduit à la modernité des derniers siècles.

    Au cours de ces derniers siècles, à partir de la pointe occidentale de l'immense Eurasie, s'opère l'entrée dans l'ère des trois reproductions. Alors commence l'accélération d'une très large gamme de transformations, tant quantitatives que qualitatives. Le développement du capitalisme industriel entraîne une croissance des productions, des besoins, des richesses et des pauvretés, creuse les inégalités entre continents, bouleverse de larges parties du monde.

    Les luttes contre le capitalisme entraînent, dans les pays capitalistes, de profondes transformations sociales. Ailleurs, sous le drapeau du socialisme, est expérimenté l'étatisme généralisé. Dans la troisième partie du monde d'autres voies sont prônées et explorées.

    Aujourd'hui, le capitalisme, machinerie sociale la plus efficace pour créer des richesses, s'est imposé. L'étatisme, après d'impressionnantes réalisations, a échoué comme forme prédominante de production. Comme l'étatisme, les autres formes productives fonctionnent soit en prise sur le capitalisme, soit en contrepoint, pour assurer la subsistance ou la survie de populations.

    Alors que, de tout temps, la production avait été orientée par les besoins, les croyances et les pouvoirs des sociétés, aujourd'hui, les sociétés tendent à être de plus en plus soumises à l'économie.

    Prééminent, le capitalisme impulse d'autant mieux ses dynamiques d'accumulation-innovation-marchandisation, qu'il mobilise à son service des pans de plus en plus nombreux de la technoscience. Rapports marchands et rapports d'argent tendent à devenir les rapports prédominants dans nos sociétés, réduisant presque tout à l'unidimensionnel d'un calcul à court terme. Dominée par la rationalité de la rentabilité et par les relations de marché, cette économie ne connaît que les besoins solvables, c'est-à-dire susceptibles de faire l'objet de dépenses monétaires ; elle ignore l'immense masse des besoins non solvables, même ceux reconnus vitaux et essentiels.

    Pour combattre le chômage, faire reculer la pauvreté, combler un retard, les sociétés mettent leurs espoirs dans la croissance économique. La machinerie capitaliste en est le principal vecteur ; mais cette croissance, si elle crée emplois et richesses, crée aussi du chômage et de la pauvreté ; en démultipliant les besoins, elle recrée de l'insatisfaction ; la croissance des besoins suscite de nouveaux besoins de croissance. Engrenages sans fin.

    Les croissances dont ont bénéficié moins d'un cinquième des humains ont commencé à dégrader profondément l'environnement terrestre et à porter atteinte à quelques équilibres essentiels de la planète ; certes, ces croissances sont de moins en moins portées par des productions matérielles. Mais les productions matérielles demeurent essentielles pour les croissances dont ont commencé à bénéficier un autre milliard d'humains et auxquelles aspirent d'autres milliards. Et dès lors que rien de décisif n'est fait pour rendre ces croissances moins dangereuses pour notre planète, les atteintes vont s'aggraver. Inexorablement.

    Les nouvelles dynamiques capitalistes et marchandes creusent les inégalités, celles-ci atteignant un degré proche de l'infini, puisqu'un nombre croissant d'hommes sont privés de toutes ressources — jusqu'au lieu où vivre, l'eau à boire, la terre où trouver subsistance.

    Les nouvelles dynamiques mondiales et la globalisation (des marchés, de la finance, de l'information) pèsent de plus en plus sur les économies nationales et les sociétés, y compris sur les plus puissantes.

    La mobilisation de la technoscience par les grandes firmes pour inventer ou susciter de nouveaux besoins, en même temps que de nouvelles marchandises et leurs marchés, crée une accélération dans l'accélération.

    C'est sur la crête de la lame de fond de cette accélération que nous nous trouvons pour quelques décennies. Tout retour en arrière est exclu, tout arrêt impossible. Le mouvement, les changements, le passage rapide du monde d'un état (celui des années soixante/quatre-vingt) à un autre est inéluctable. Mais faut-il se résigner au basculement qu'entraînent les forces qui prédominent aujourd'hui ? À la domination des logiques de l'argent et du marché jusqu'à un nouveau totalitarisme ? Au creusement des inégalités jusqu'au point extrême où s'établirait un nouvel apartheid ? À la fuite en avant irresponsable dans des croissances matérielles jusqu'à laisser aux générations futures une planète profondément dégradée ? C'est pourtant un tel basculement que tendent à provoquer les tendances lourdes actuelles. Qui ne souhaiterait que l'on fasse tout pour l'éviter ?

    Or, on fait trop peu. Les organisations internationales et mondiales ne réussissent pas à se situer à la hauteur des enjeux, très largement du fait qu'étant principalement pluriétatiques, elles sont prises dans la logique de marchandages à courte vue. Les firmes travaillent pour les seuls détenteurs de pouvoir d'achat. Les gouvernants d'États affaiblis par certaines mutations en cours se réfugient dans l'acceptation de ne rien faire, l'acratie, qui accentue encore leur impuissance.

    Et pourtant, même si les tendances lourdes sont inquiétantes, rien n'est inexorable. Marges de manœuvre et alternatives existent. Les valeurs des humanismes des différentes civilisations peuvent encore guider des actions pour endiguer les principaux dangers et ouvrir ou élargir d'autres voies. Mais si l'on veut reprendre le contrôle d'une dynamique et d'une trajectoire dont beaucoup sentent ou pensent qu’elles sont devenues folles, il est nécessaire de s'arracher à l'actuel enlisement dans l'irresponsabilité et l'acratie.

    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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