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Giotto

1266?-1337
A. Pératé (extraits, la Grande Encyclopédie 1885-1902)

Sur les fresques de l'Aréna à Padoue
«L'influence de Dante se trahit dans la vaste composition du Jugement dernier et mieux encore dans les figures allégoriques en camaïeu, qui simulent à la base des fresques évangéliques deux rangées de bas-reliefs. Ces quatorze figures de Vertus et de Vices qui se font face, les Vertus à droite et les Vices à gauche, comptent parmi les créations les plus parfaites du génie de Giotto. On pourrait leur chercher quelques modèles, soit parmi les miniatures antiques (illustrations de la Psychomachie de Prudence), soit parmi les sculptures du moyen âge (statues et bas-reliefs de Nicolas et de Jean de Pise); mais il y a un abîme entre l'œuvre du maître et celles de ses devanciers. La simplicité, la dignité merveilleuses de ces figures aux draperies flottantes révèlent en leur auteur non seulement un esprit subtil, habitué aux spéculations morales et philosophiques, mais un œil de peintre et de sculpteur, instruit par la contemplation des chefs-d'œuvre de l'art antique.» (suite)

[...]

Sur les fresques de Santa Croce
«Malgré les dégâts de toute sorte dont ces fresques ont eu à souffrir, on y retrouve au plus haut point les qualités maîtresses de Giotto, la simplicité majestueuse des groupes, l'expression profonde et concentrée du sentiment. La Résurrection de Drusiane et l'Ascension de saint Jean montrent, près d'un siècle et demi par avance, la belle et austère noblesse des figures de Masaccio. Les compositions de la vie de saint François sont, on peut le dire, des œuvres classiques, que Ghirlandajo et Benedetto da Majano ont imitées sans pouvoir les surpasser. Giotto, en revenant ainsi sur les œuvres de sa jeunesse, a su ajouter à la fraîcheur et à la sincérité de ses compositions d'Assise une sérénité, une émotion religieuse qu'on ne peut décrire; il les a enveloppées de lumière et de grandeur. Ce sont les dernières grandes fresques qui nous restent de sa main.» (suite)

[...]

Giotto architecte
«Comme architecte et comme sculpteur, Giotto a laissé à Florence un monument d'une élégance et d'une harmonie incomparables, le campanile de la cathédrale. Ce fut le 12 avr. 1334 que la commune de Florence le nomma architecte en chef (capomaestro) de Santa Maria del Fiore, appelée alors Santa Reparata. Cette cathédrale, commencée par Arnolfo del Cambio, n'avait pas encore de façade, de coupole ni de campanile. Il est probable que Giotto éleva les premières assises de la façade, et c'est à lui sans doute qu'il faut attribuer le dessin si délicat des fenêtres dans les nefs latérales. Mais son œuvre incontestable est le campanile, tour carrée à trois étages de fenêtres, qui s'élève, sur la droite de la façade, à 84 m. de hauteur. Décoré jusqu'au sommet d'incrustations de marbres de couleur, rehaussé de bas-reliefs et de statues, ce campanile est une merveille de grâce et de légèreté. Les fenêtres, qui vont s'agrandissant d'étage en étage, ajoutent à sa sveltesse aérienne; avec le travail infini de leurs colonnettes, avec leur dentelle de marbres variés, elles sont peut-être, comme l'observe justement Burckhardt, la plus belle œuvre de détail de tout le gothique italien. Le campanile, dans la pensée de Giotto, devait se terminer par une flèche élancée, à laquelle renoncèrent les successeurs du maître, Andrea Pisano et Francesco Talenti. Des deux guirlandes de bas-reliefs qui s'enroulent à sa base, la première est due, pour la composition, en partie même pour l'exécution, à Giotto. Il a voulu y résumer philosophiquement toute la vie et toutes les inventions humaines.» (suite)

[...]

L'héritage de Giotto
«Giotto mourut à Florence et fut enseveli avec pompe dans la cathédrale dont il avait été l'architecte. De sa femme, Ciuta di Lapo di Pela, il avait eu huit enfants, dont l'aîné, Francesco, fut inscrit en 1311 dans la compagnie des peintres de Florence. D'après le témoignage des anciens auteurs, le grand artiste fut d'humeur joyeuse, vrai fils de Florence, volontiers enclin aux paroles un peu libres, aux réparties bouffonnes. Sa laideur était célèbre, et il la raillait tout le premier. Cet esprit si clair et sensé n'allait pas naturellement aux rêves mystiques. Il nous reste même de lui un poème sur la pauvreté, de très petite inspiration d'ailleurs, qui plaisante l'épouse de saint François, si purement célébrée par Dante. Aussi bien est-ce à l'amitié de Dante et à la profonde influence exercée par le génie du poète sur celui du peintre que l'on peut attribuer une part des plus hautes conceptions du rénovateur de l'art florentin. L'âme de Dante vit dans les allégories d'Assise. Génie créateur dans toute la force du terme, Giotto a inauguré l'ère de la Renaissance par l'observation sincère de la nature, par la recherche constante de la vie. Comme les maîtres de cette antiquité qu'il n'a pu qu'entrevoir, et dont il devina parfois les oeuvres harmonieuses, il est d'autant plus grand qu'il est plus simple. Il trouve le geste vrai, qui exprime la passion profonde; il enveloppe ses figures de draperies d'une ampleur sculpturale. Mais il faut bien dire que ces figures si expressives, aux profils parfois admirables, sont souvent trop massives et trop trapues; Giotto sacrifie volontiers l'élégance pour arriver à la force. Critiques insignifiantes, si l'on songe à l'œuvre énorme laissée par le maître, et à son influence extraordinaire. Il serait inexact de dire, comme on l'a fait parfois, qu'il a tiré la peinture italienne du néant; on apprécie mieux aujourd'hui le travail des précurseurs du XIIIe siècle; mais de cet art encore froid et incertain Giotto a fait un être vivant et passionné; il a créé une tradition nouvelle, qui, pendant près de deux siècles, a pénétré toute l'Italie. La postérité de Giotto est immense; toutes les écoles de peinture qui se sont développées dans les centres de la civilisation italienne relèvent de lui, de Florence à Venise, en passant par Bologne, Modène, Ferrare, Vérone, et de Florence à Naples, en passant par l'Ombrie et par Rome. Énumérer les élèves de Giotto serait en quelque sorte dresser un catalogue de la peinture italienne jusqu'au milieu du XVe siècle; Masaccio et Fra Angelico se souviennent fidèlement de ses fresques; Ghirlandaio et Raphaël ne dédaignent pas de s'en inspirer. Nul artiste, peut-être, à l'exception de Raphaël, n'a exercé une royauté plus durable, et aujourd'hui encore c'est à l'œuvre du vieux maître de Florence qu'il nous faut recourir pour comprendre toute la hauteur de philosophie mystique et toute l’ardeur de vie du moyen âge italien.»

ANDRÉ PÉRATÉ, article «Giotto» de La grande encyclopédie: inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts. Paris, Société anonyme de «La grande encyclopédie», [191-?],tome XVIII,pages 953 et suiv.. Texte intégral

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Article «Giotto» de la Grande Encyclopédie

A. Pératé
Article "Giotto" de la Grande Encyclopédie, publiée entre 1882 et 1902. Pour faciliter la lecture de ce texte assez long, nous avons introduit un certain nombre de sous-titres qui correspondent aux grands moments de la carrière du peintr