Écrivain et journaliste anglais (1874-1936)
Il est impossible de comparer cet écrivain à qui que ce soit. Si comme journaliste, il a signé des milliers d'articles dans les journaux de Londres, il est surtout un auteur qui a touché tous les domaines aussi bien la poésie que le théâtre, le roman, la critique littéraire, la sociologie, l'économique, l'histoire, la philosophie et la religion. Sans oublier ses romans policiers. Cette vaste production repose sur une pensée cohérente et claire, et sur une vision telle que tous les thèmes traités sont liés entre eux. À chaque paragraphe ou presque, surgit un aphorisme qui coupe le souffle, ou un lumineux paradoxe qui laisse le lecteur pantois d'admiration.
Chesterton ne s'est pas contenté de créer des caractères, il a lui-même été un caractère au sens le plus fort du mot. Lorsqu'il apparaissait quelque part, brandissant une canne en forme d'épée, sa silhouette corpulente (300 livres) enveloppée d'une cape, coiffé d'un chapeau bosselé et portant de minuscules lunettes lui tombant sur le bout du nez, sa présence provoquait l'amusement des spectateurs. Ce qui ne l'empêcha pas d'être l'un des hommes les plus aimés de son temps. Même ses adversaires lui vouaient une grande affection. Son humilité, son émerveillement devant la vie, sa bonté gracieuse et sa joie de vivre le mettaient à part non seulement des artistes et des célébrités mais de tout être humain.
Gigantesque par le corps, vaste par l'esprit, Chesterton fut un géant à tous égards. Ce géant, même s'il est encore de nos jours souvent cité, est pourtant méconnu en raison même de son envergure: nous avons sans doute intérêt à nous dissimuler à quel point il avait vu clair lorsqu'il dénonçait l'envahissement de la pensée et de la vie par le matérialisme, le relativisme de la morale, le rejet de la religion, la censure exercée par la presse (par opposition à celle exercée contre la presse), l'enlaidissement des arts, la montée de ces deux maux si liés l'un à l'autre que sont les grandes entreprises et les gouvernements mondiaux avec leurs conséquences: la dépendance à l'égard du revenu et la perte de la liberté individuelle. Les mots de Chesterton sonnent plus vrais encore de nos jours que lorsqu'ils furent écrits, il y a plus de soixante ans. Et malgré le sérieux des sujets qu'il a traités, il ne manque jamais de le faire avec un humour, un esprit et une gaieté débordante. Ses éclats de rire nous sont plus nécessaires que jamais!
N'est-ce pas de lui-même qu'il parle quand il écrit: "He is a [sane] man who can have tragedy in his heart and comedy in his head." [L’homme sain est celui qui a un coeur tragique et une tête comique.]
À rapprocher de cet aphorisme espagnol :
"El mundo es una tragedia para los que sienten y una comedia para los que piensan." [Le monde est une tragédie pour ceux qui sentent et une comédie pour ceux qui pensent.]
Chesterton disait aussi: "The mad man is the one who has lost everything but his reason." [Le fou est celui qui a tout perdu sauf la raison.]