Jugements sur le Caravage
ÉMILE BERNARD
«Persuadés que plus ils copieraient leur modèle, plus ils feraient des merveilles, les ouvriers qui suivirent cette méthode aboutirait au Caravage, et de là le réalisme entra dans l'art pour le détruire.
C'est à Caravage, à la fin du XVIe siècle italien, que commença la désastreuse catastrophe. On crut alors trouver la perfection de la forme en copiant la réalité avec soin. On avait acquis, il est vrai, des moyens singulièrement habiles de mise enœuvre; les peintres étaient devenus d'excellents ouvriers. C'est ainsi que le réalisme, gardant une apparence de bonne peinture, put se faire admettre par une société qui savait apprécier le talent. On ne considéra plus l'idéal, le beau, la création, mais seulement la copie et l'adresse de l'oeuvrant. Beaucoup de tableaux du Caravage repoussent par leur aspect de figuration en cire, leur immobilité empruntée au modèle, leur froideur; toutefois on ne peut pas n'y point admirer des forces techniques surprenantes, un sens de l'exactitude vivante dans l'expression des visages. Ses successeurs et ses imitateurs, transportant dans le domaine religieux ou mythologique ce réalisme, l'ont rendu inadmissible et repoussant. C'est positivement à ce peintre qui tourna résolument le dos à l'antique et à Raphaël, nous disent ses biographes, que l'on doit cette déchéance que les Caraches avaient essayé d'empêcher et qu'ils ne purent point arrêter, car eux aussi copiaient scrupuleusement le modèle, s'égaraient loin des grands créateurs, pour produire des images du réel dans des scènes inventées. J'ai dit par quels moyens le XVIe siècle s'était rendu indépendant de toute imitation directe; à peine cent ans s'étaient-ils écoulés que les peintres retournaient au calque du vrai, sans plus.» (Considérations sur l'art classique, voir ce texte)
Textes en ligne
Vie du Caravage par Giovan Pietro Bellori, 1672, (texte original en italien). La biographie de Bellori, avec celle de Giovanni Baglione, constitue une des principales sources biographiques sur le Caravage.
Expositions
Caravaggio e il genio di Roma, 1592-1623, exposition mise sur pied par la Royal Academy of Arts de Londres. Site de l'exposition au Palazzo Venezia, Rome.
Ouvrages en français
PIERRE FRANCASTEL, Le Réalisme de Caravage, Paris, Gazette des Beaux-Arts, 1938.
RENÉ JULLIAN, Caravage, Lyon-Paris, 1961.
A. OTINNA DELLA CHIESA, Tout l'oeuvre peint du Caravage. Traduction d'André Chastel. Paris, Flammarion 1988.
ANDRÉ CHASTEL, "Le problème du Caravage", in Fables, Formes, Figures, Paris, 1978.
MIA CINOTTI, Caravage. Traduction de Françoise Lantiéri. Paris, Adam Biro éd., 1991
GIOVAN PIETRO BELLORI, Vie du Caravage (1672), Paris, Gallimard-Le Promeneur, 1991
MINA GREGORI, Caravage. Traduction d'Odile Ménégaux, Paris, Gallimard-Electa, 1995
JOSÉ FRÈCHES, Le Caravage, peintre et assassin, Paris, Gallimard-Découvertes
ROSA GIORGI, Caravage, Paris, Éditions de la Martinière, coll. "Art-Poche", 1999.
Articles
Montégut, Émile. "Impressions de voyage et d'art. II. Les églises de Rome, Michel-Ange de Caravage", Revue des deux mondes : recueil de la politique, de l'administration et des moeurs, 2e période, tome 86, 15 mars 1870, p. 392-418 (Bibliothèque nationale de France, Gallica - mode image, format PDF)
Rencontre avec Dominique Fernandez. Propos recueillis par Catherine Le Ferrand (Les entretiens aVoir-aLire, 12 mars 2003). A propos du roman La course à l’abîme, où l'auteur nous offre une autobiographie du Caravage
Ouvrages en italien
LIONELLO VENTURI, Il Caravaggio, Rome, 1925.
ROBERTO LONGHI, Documento sul Caravaggio, Rome, Universalia, 1948.
ROBERTO LONGHI, Il Caravaggio, Milan, 1952.
BERNARD BERENSON, Del Caravaggio, delle sue incongruenze e della sua fama (1950), Milan, Leonardo, 1994.
MAURIZIO CALVESI, La Realta del Caravaggio, Turin, Einaudi, 1990
Ouvrages en anglais
Bal, Mieke. Quoting Caravaggio: Contemporary Art, Preposterous History. Chicago, University of Chicago Press, 1999. Présentation sur le site de l'éditeur. Recensions : Rachel Baum, "The Risks of Quoting", Art Journal, été 2001
Hammill, Graham L. Sexuality and Form: Caravaggio, Marlowe, and Bacon, Chicago and London, University of Chicago Press, 2000. Présentation sur le site de l'éditeur. Recensions : Bruce R. Smith, "Book Review", Criticism, printemps 2001
Potter, Polyxeni. "Born Michelangelo Merisi, Caravaggio was later renamed after his hometown in northern Italy, a practice not unusual in his day - About The Cover - Cover Story", Emerging Infectious Diseases, décembre 2003
Rosenthal, Tom. "Rome sweet Rome - paintings by Caravaggio, Royal Academy, London, England", New Statesman, 5 février 2001 (compte rendu de l'exposition "The Genius of Rome 1592-1623", organisée à la Royal Academy de Londres en 2001)
Sohm, Philip. "Caravaggio's deaths", The Art Bulletin, septembre 2002
Documents sonores
Académie de France à Rome : Réflexions sur l’héritage du Caravage. L’exemple des peintres caravagesques français et nordiques à Rome (1610–1630). Conférence d'Annick Lemoine, donnée le 10 juin 2011, au Musée des beaux-arts du Canada