Sulte Benjamin

17/09/1841-06/08/1923
«Quel prodige que cet homme-là! Je le connaissais intimement sous bien des faces depuis plusieurs années, mais pas comme conférencier. Or, comme conférencier, il n'a pas son égal dans le pays. Il ne se donne pas la peine d'écrire ses conférences; il arrive les mains vides, la tête bourrée, sans notes, devant son auditoire; il s'assied, il marche, il cause avec vous à la bonne franquette, et d'histoire du Canada, et des antiquités américaines, et de sylviculture, et de tout ce que vous voudrez. Mettez-le sur la piste, et des heures durant, il vous émerveillera par sa prodigieuse érudition, par sa mémoire étonnante, sa facilité d'élocution, la correction de son langage, ses fines saillies, sa bonhomie gauloise. Nous avons des historiens du Canada, il est l'historien des Canadiens. Il a étudié à fond la famille canadienne, ses moindres faits et gestes, les miettes de son passé, les traits de son tempérament, et, groupant tout cela autour des grandes lignes historiques, il nous présente un tableau où ne manque aucun détail, et nous montre, avec un enthousiasme vrai, nos origines et nos destinées. Sulte, à Paris, donnant des conférences sur le Canada, ferait fureur; ici, parce que nous le coudoyons tous les jours, ce poète, ce causeur, cet historien, parce que nous le tutoyons, peu semblent l'apprécier au centième de sa valeur. Mais il laissera des oeuvres durables, et force sera, sinon à nous-mêmes, du moins à la génération prochaine, de reconnaître l'un des types les plus marquants et les plus sympathiques que notre pays ait produits.»

Alphonse Lusignan, Coups d'oeil et Coups de plume, Ottawa, Ateliers du «Free », 1884, p. 286. Cité dans Benjamin Sulte, Éditions Lidec

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