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    Dossier: Loue (vallée de la)

    La Loue

    Max Buchon
    L'entendez-vous hurler dans sa tannière immense,
    Et bondir sur le seuil comme un tigre en démence,
    Hérissée et faisant bien voir toutes ses dents
    Aux flâneurs qui voudraient s’aventurer dedans ?

    Mesurez du regard cette coupole étrange,
    Dont chaque entablement symétrique se frange
    D'herbages malheureux, d'arbustes rabougris,
    Tout surpris d'avoir crû contre ce rocher gris :

    Et dites-moi, d'après ce que votre âme éprouve,
    Si ce n'est pas bien là le palais d'une louve,
    Farouche majesté, qu'un meunier va pourtant
    Brider, comme un baudet, d'un licol insultant.

    Ces meuniers ont vraiment d'incroyables idées !
    Comme s'il lui fallait plus de quelques ondées
    À cette masse d’eau pour adoucir le ton
    Qu’affecte ce cher homme, au bonnet de coton.

    Va, bondis, ô ma Loue ! à travers leurs entraves,
    Et n’imite jamais ces rivières esclaves,
    Que les hommes, flairant partout un lucre vil,
    Alignent au cordeau de leur code civil.

    De tes faveurs, crois-moi, ne sois jamais prodigue.
    Et ne souffre, surtout, jamais que l'on t'endigue.
    Car Dieu te créa libre, et, sans la liberté,
    Que deviendrait ta pure et sauvage beauté ?

    Tiens à ce qu'on redoute encor plus qu'on n`admire
    Ton onde transparente, où le ciel bleu se mire,
    Et puisse ne jamais te devenir fatal
    Ce fougueux abandon du grand rocher natal.

    Tâche qu’à ta vertu jamais le pied ne glisse,
    Et que ton coeur de louve en rien ne s'amollisse,
    Quand tu verras, là-bas, dans ce joyeux bassin,
    Où chaque arbre sourit d’amour à son voisin,

    Syratu mutilé par un goujat ignoble.
    Puis Mouthiers déployant à droite son vignoble,
    Tandis qu’en souriant il montre aux yeux ravis,
    Ses cerisiers avec son Moine vis-à-vis.

    Ensuite viendra Lods, où chacun sans vergogne,
    Boit sa bouteille blanche, à long cou de cigogne.
    Pendant qu’au fond du val, entre ces gais côteaux,
    De la forge tu fais bondir les gros marteaux.

    Prends Grand-Biez au passage, et poursuis ta volée...
    Bientôt va s’élargir devant toi la vallée,
    Et, dans son fourré vert de noyers triomphants,
    Surgira le clocher trapu de Vuillafans.

    En amont du village, et près de l’eau qui l’use,
    Vois-tu la maison blanche, au bord de cette écluse,
    Où lave cette femme en cornette de lin.
    Au milieu des canards, là-bas : c’est le moulin.

    Plus tranquille, ô ma Loue ! entre ces deux collines,
    Promène, si tu veux, tes ondes cristallines,
    Sous ces beaux cerisiers, d’où tombent, par moments,
    Fleurs et parfums mêlés de sourds bourdonnements.

    N’aimes-tu pas à voir ces vignobles étendre
    Jusqu’en haut leur verdure harmonieuse et tendre
    Comme un tapis moelleux, d’où les blancs échalas
    Ressortent seuls avec quelques pêchers lilas ?

    Trois ruisseaux pleins de mousse et bordés de vieux aunes,
    Où boivent en été les merles à becs jaunes,
    Versent encore ici, comme d'humbles vassaux,
    Dans ton lit suzerain le tribut de leurs eaux.

    Puis viennent, et partout grands de toute leur taille,
    Des peupliers touffus que jamais on ne taille,
    Et qu’on voit, par ces vents d’hiver si désastreux,
    Comme gens avinés se coudoyer entre eux.

    Avise maintenant, sur la colline à gauche,
    Ce cimetière herbeux que le marguillier fauche.
    C'est là, c'est là que dort, pour n'en sortir jamais,
    Ma pauvre mère, avec bien d'autres que j'aimais.

    Quel charme ici de voir, plus largement ouvertes,
    Les profondeurs du ciel; de voir les mouches vertes
    Trembler en bourdonnant au bout de chaque jonc,
    Comme un novice qui va faire le plongeon !

    Et les canards voguer en redressant la queue
    Et les martins-pêcheurs mouiller leur aile bleue,
    En rasant à grands cris la surface des eaux,
    Pour aller se tapir au loin dans les roseaux.

    De voir les galopins secouer les cerises,
    Sur le foin frais coupé qui parfume les brises.
    Et, de leur suc déjà rouge comme carmin,
    Se barbouiller gaiment les lèvres et la main.

    De voir, aux mouvements de la barque en dérive,
    Comme un essaim d'oiseaux peureux qui, sur la rive,
    Bat de l’aile en lissant son beau plumage gris,
    Les dames chanceler en poussant de grands cris.

    De voir une baigneuse, aux branches d'un vieux saule,
    S'accrocher éperdue en montrant son épaule,
    Ou sa jambe sous l'eau, blanche comme du lait,
    Dès qu'elle sent son pied glisser sur le galet...

    Là-bas, c'est Montgesoie et sa splendide plaine,
    Que tu ferais très-bien de franchir d'une haleine,
    Afin de voir plus tôt, sur tes bords s'assemblant,
    Ornans, l'agreste ville, au clocher de fer-blanc,

    La ville aux rochers grands comme des citadelles.
    Où notre ami Courbet, en couleurs si fidèles,
    A peint ses claires eaux, ses rochers, ses vallons,
    Ses enterreurs aux nez si rouges et si longs.

    Ses cribleuses de blé, sa fileuse indolente,
    Ses baigneuses montrant leur échine opulente,
    Ses cantonniers avec leur culotte en lambeaux,
    Ses fouillis dans les bois si touffus et si beaux :

    Son dîner qui tient dans la grande cuisine,
    Ses bestiaux rentrant de la foire voisine,
    Ses chevreuils, par un pied aux arbres suspendus,
    Ses grands cerfs se ruant l’un sur l’autre éperdus,

    Ses neiges inondant les taillis et la plaine
    Et tant d’autres splendeurs dont sa belle âme est pleine
    Et dont l’histoire, à bout de morgue et de défi,
    Fera bientôt le mieux du monde son profit.

    Vraiment, de ce vallon tu dois être contente.
    A ta place, ma foi, j’y planterais ma tente.
    En laissant à leur gré courir ces pieds poudreux,
    Qui voudraient les chemins faits tout exprès pour eux.

    Bah ! j’ai beau t'avertir : tu ne m’entends pas même.
    Tant pis pour toi. Voici le ruisseau de la Brême,
    Maizière et Scey, dessous son château Saint-Denis.
    Ruine où les serpents font aujourd'hui leurs nids :

    Scey, dont, à ce qu’on dit, le sommeil apathique
    Est troublé par le cor d'un chasseur fantastique
    Qui, chaque nuit y met les lièvres aux abois,
    En déchaînant sa meute à travers les grands bois.

    Voici Cléron, bientôt Châtillon va donc poindre :
    C’est là que le Lizon va venir te rejoindre.
    Gageons que s’il n’est pas prêt à t’y recevoir,
    Tu vas continuer ta route sans le voir.

    Pourtant, sur plus d’un point, le Lizon te ressemble,
    Et vous ferez, je crois, très-bon ménage ensemble.
    Les gourmands prisent fort tes truites, Dieu merci !
    Mais les siennes ont bien leurs mérites aussi.

    Le Lizon ! Mais il vient de passer sous Alaise,
    Où nos pères jadis furent si mal à l’aise,
    Quand César, dans un cercle immense les bloquant,
    Voilà vingt siècles, mit les Gaules au carcan.

    Ces grands noms dont l’histoire avide se jalonne,
    De Vercingétorix et de Vergassilaune,
    Ne résonnent-ils pas assez lugubrement,
    Pour qu’ici nous puissions faire halte un moment ?

    Quoi ! c’est dans vos rochers aux âpres crénelures,
    Loue et Lizon, qu’avec leurs longues chevelures,
    Ces beaux géants tout nus, la framée à la main,
    Furent donc bousculés par le chauve Romain !

    C’est ici que coula, par immenses rigoles,
    Le sang de ces derniers libres enfants des Gaules.
    Et vous n’en disiez mot, historiens pédants !
    Faits-vous donc sabrer pour de tels descendants !

    De cette parenthèse, en passant, ô ma Loue !
    Ton coeur fier et loyal, j'en suis certain, me loue;
    Car, au malheur tu sais quel saint hommage est dû;
    Et nous rattraperons vite le temps perdu.

    Vois comme ce château de Billon se rengorge.
    Traverse lestement Chenecey, puis la forge;
    Tourne ce vieux donjon d'un nouveau surchargé,
    Et nous apercevrons la route de Quingey.

    C'est là que va s'ouvrir la plaine monotone,
    Ma chère Loue : aussi, permets que je m’étonne
    De ton acharnement invincible à quitter
    Ces lieux qu'il te faudra si vite regretter...

    De Lombard à Mesmay, Dieu ! comme tu te traînes…
    Tu vas pourtant trouver la Furieuse à Resnes.
    Du rocher de Lorette, au Port, faisons le tour,
    Et, du coup, nous voilà dans le beau Val-d'Amour.

    Or, ce beau val, s'il faut croire à ce qu'on raconte,
    Était jadis un lac au bord duquel un comte
    Habitait un manoir tout fièrement posé,
    Tandis que l'on voyait sur le bord opposé,

    S’élever aux confins de cette humide plaine,
    Celui d'une charmante et noble châtelaine
    Près laquelle venait le comte bien souvent
    Faire acte de servage amoureux et fervent.

    Tout allait à ravir, quand par malheur l'orage
    L’assaillit un beau jour, et, malgré son courage,
    Le comte et son bateau sombrèrent en chemin;
    Si bien que, pour ravoir soit corps le lendemain,

    l.a pauvrette fit faire une immense percée,
    Et quand toute cette eau se trouva dispersée,
    Un beau vallon resta, lequel, depuis ce jour,
    Reçut, en souvenir, le nom de Val-d'Amour.

    Mais, au lieu d’écouter ma légende amoureuse,
    Voilà que tu reprends ta fougue aventureuse...
    A ton gré! Puisque rien ne peut te retenir,
    Marche, marche, et voyons où tu veux en venir.

    Voici Champagne, Liesle et le château de Roche,
    Puis la saline d'Arc, et Cramans, là tout proche,
    Puis Chamblay, pauvre Loue, où l'on va, sur le dos,
    Te mettre nos sapins fagotés en radeaux...

    Ah ! quand tu rugissais de toutes tes entrailles,
    Là-haut, dans ces rochers alpestres de Nouailles,
    Nous ne voyions pourtant rien qui nous annonçât
    Que jamais tu ferais ce métier de forçat.

    Encore est-il heureux que sitôt la Cuisance
    A ton service mette aussi sa complaisance :
    Car, sans elle, jamais tu n’eusses renversé,
    Si bien que tu l’as fait, le vieux pont de Parcey.

    Mais voici le Doubs. Tâche au moins, pauvre étourdies,
    De prendre, en l’abordant, une allure hardie,
    Et chacun oubliera ce voyage imprudent,
    En voyant à Parcey ton dernier coup de dent.


    Voir notre dossier Vallée de la Loue
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Informations
    L'auteur

    Max Buchon
    "Max Buchon (1818-1869) est, avec Xavier Marmier, mais avec plus de réalisme et moins d’attachement absolu aux bons sentiments, le premier des romanciers régionalistes francs-comtois et à ce titre, il ouvre la voie aux Louis Pergaud, Marcel Aymé, Bernard Clavel ou André Besson. (...) Il se lie avec Champfleury et poursuit ses relations d’amitié avec Courbet qui est chez lui à Salins lorsque un obscur journaliste, Charles Bataille, le persuade que Hugo l’invite à venir faire son portrait à Guernesey ; mais la mèche est éventée et ce voyage ne se fera pas. Buchon avait envoyé ses poèmes à Hugo qui lui répondit en 1862, de manière très chaleureuse : « Je vous remercie, monsieur. Je vous dois la révélation de mon pays natal. Vous m’avez fait connaître la Franche-Comté, je la vois dans vos vers vrais, vivants et frais. » Et à la mort de Buchon en 1869, Hugo devait déclarer : « Il laisse comme poète une œuvre et comme citoyen un exemple. »" (Simone Simone , "Buchon, Max : Scènes de la vie comtoise (2004). Sainte-Croix (CH), Presses du Belvédère, 2004, 329 p., présentation par Michel Vernus . Sainte-Croix (CH), Presses du Belvédère, 2004, 329 p., présentation par Michel Vernus", recension publiée dans les Cahiers Charles Fourier, n° 16, décembre 2005, p. 104-105). Reproduit sur le site de l'Association d'études fouriéristes. Courbet a peint son portrait (voir cette page).
    Mots-clés
    rivière, vallée, Mouthiers, Lods, Grand-Biez, Vuillafans, Montgesoie, Ornans, Gustave Courbet, la Brême, Maizière, Scey, Cléron, Châtillon, Lizon, Alaise, Jules César, Billon, Chenecey, Quing
    Extrait
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