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Pierre-Jean Dessertine
Éditions ALÉAS
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Échec

Ambiguïté de l'échec

Gustave Thibon
Dans l'ordre moral, il faut transformer l'échec en épreuve.
Métaphysique de l'échec. - Nietzsche: ? C'est signe de bassesse de se repentir d'un échec.? Hugo : ? Pour les vaincus la lutte est un grand bonheur triste/ Qu'il faut continuer le plus longtemps qu'on peut. ? - Tout dépend du niveau où se situe l'échec. Plus il s'agit de réalités matérielles où les résultats de l'action sont vérifiables par la plus grossière expérience, plus l'échec est la sanction absolue de l'erreur et l'indice infaillible qu'on ne doit pas persévérer. Que penser par exemple d'un maçon ou d'un médecin qui, instruits par l'expérience, s'obstineraient, le premier à construire des maisons sur un terrain mouvant et le second à prescrire des remèdes dont il aurait constaté la nocivité ? - Plus on s'élève au contraire dans l'échelle des réalités et des valeurs, moins le critère de l'échec apparent et immédiat revêt d'importance. Plus encore, l'échec se présente comme une invitation à poursuivre une marche qui, d'obstacle en obstacle, conduit vers des profondeurs inconnues. Telles sont les épreuves de l'amour humain ou de la foi religieuse : l'échec apparent y est signe d'une crise, d'un mal, et non d'une erreur irréparable.

Ce qui me frappe, c'est l'inversion des niveaux où s'exerce la persévérance après l'échec. Des hommes politiques par exemple, tels que, pendant soixante-dix ans, les dirigeants de l'empire soviétique, se sont obstinés à rester fidèles à des principes qui, depuis près d'un siècle, ont fait leurs preuves négatives, alors que tant d'amants ou tant de croyants renient leur amour ou leur foi dès la première épreuve. Là où l'échec nous enjoint de renoncer, obstination absurde; là où il nous invite à la fidélité héroïque, lâche refus de persévérer.
En résumé : dans l'unidimensionnel, l'échec est signe qu'on doit changer de direction; dans le pluridimensionnel (les choses de l'âme et de Dieu ... ), c'est une exhortation, non à reculer, mais à changer de niveau, à passer de la marche à l'envol...

Critère de discernement: plus l'objet désiré débouche sur l'inconnu et sur le mystère (l'amour, la beauté, le sacré ... ), moins l'échec doit être dissuasif ; plus au contraire il s'agit de choses terrestres, matérielles et objets de sciences à peu près exactes, plus l'échec commande un changement d'orientation et plus la fidélité relève de l'utopie, au pire sens du mot: errare humanum, perseverare diabolicum. Deux exemples extrêmes: s'obstiner à prier à travers l'épaisseur du silence de Dieu et des prières inexaucées et s'acharner à pêcher dans une rivière dont l'observation a prouvé qu'aucun poisson ne l'habite...
Date de création:1999-09-16 | Date de modification:2009-11-14
Informations
L'auteur
Philosophe français né en 1903.
Mots-clés
Entêtement, persévérance
Données d'édition
Date de création:
1999-09-16
Dernière modification:
2009-11-14
Extrait
dans l'unidimensionnel, l'échec est signe qu'on doit changer de direction; dans le pluridimensionnel (les choses de l'âme et de Dieu ... ), c'est une exhortation, non à reculer, mais à changer de niveau, à passer de la marche à l'envol...