• Encyclopédies

      • Encyclopédie de l'Agora

        Notre devise: Vers le réel par le virtuel!


      • Encyclopédie sur la mort

        L’encyclopédie sur la mort veut s'intéresser à ce phénomène sous ses multiples aspects et ses diverses modalités.


      • Encyclopédie Homovivens

        Encyclopédie sur les transformations que l'homme opère en lui-même au fur et à mesure qu'il progresse dans la conviction que toute vie se réduit à la mécanique.


      • Encyclopédie sur l'inaptitude

        Tout le monde en conviendra : c'est au sort qu'elle réserve aux plus vulnérables de ses membres que l'on peut juger de la qualité d'une société. Aussi avons-nous voulu profiter ...


      • Encyclopédie sur la Francophonie

        L'Encyclopédie de la Francophonie est l'une des encyclopédies spécialisées qui se développent parallèlement à l'Encyclopédie de l'Agora.

  • Dictionnaires
  • Débats
      • Le Citoyen Québécois

         Après la Commission Gomery, la Commission Charbonneau! À quelles conditions pourrions-nous en sortir plus honnêtes… et plus prospères

      • L'homme, la nature, la techique

        Réflexions inspirées de Bernard Charbonneau et Jacques Ellul, avec la collaboration de l'Association Aquitaine B.Charbonneau J.Ellul, sous la présidence de Sébastien Mor...

  • Sentiers
      • Les sentiers de l'appartenance

        L'appartenance c'est le lien vivant, la rencontre de deux Vies : la nôtre et celle de telle personne, tel  paysage...Quand la vie se retire, le sentiment d'appropriation se substitue au ...

      • Le sentier des fleurs sauvages

        Nous sommes des botanistes amateurs. Notre but est de partager un plaisir orienté vers une science complète où le regard du poète a sa place à côté de celui du botaniste, du généticien, du gastrono...

  • La lettre
    • Édition


    La lettre de L'Agora
    Abonnez-vous gratuitement au bulletin électronique. de L'Agora.
    Si l’Encyclopédie de l’Agora demeure progressiste, c’est dans un nouveau sens du mot progrès, fondé sur la science réparatrice et sur le principe de précaution.
    Média social:
    Facebook:


    Flux RSS:

    Impression du texte

    Dossier: Allemagne

    Culpabilité et identité dans l'Allemagne d'après-guerre

    Ingo Kolboom
    Il est rare de nos jours que l’on cherche dans la morale, la principale explication de l’histoire d’une nation. C’est ce qu’ose faire Ingo Kolboom dans Pièces d’identité, un ouvrage où, oscillant entre l’autobiographie et l’analyse politique, il montre comment son pays, purifié par un sentiment de culpabilité consécutif aux excès des Nazis, a finalement opté pour une Allemagne européenne plutôt que pour une Europe allemande.

    Dans un tel contexte, la purification morale est indissociable de la purification psychologique. Pour avoir des effets positifs, le sentiment de culpabilité, doit demeurer sain, être tenu à distance de la morbidité, du masochisme, de la haine de soi, ce qui suppose une identité bien assurée. Ingo Kolboom nous fait revivre les principales étapes de sa reconquête personnelle de l’identité. Cette introspection est menée d’une manière si vraie, si directe, qu’il devient tout naturel pour le lecteur de penser que toute une génération de jeunes allemands a vécu la même catharsis qu’Ingo Kolboom.

    La conversion à la démocratie est au coeur de cette catharsis. Après la guerre de 1914-18, on avait d’excellentes raisons de mettre la démocratie au banc des accusés, les démocraties européennes, la démocratie française en particulier, pouvant être tenues responsables du déclenchement des hostilités et surtout de leur ampleur. Il en est résulté, dans l’élite européenne, un fort mouvement en faveur des régimes autoritaires. La guerre de 1939-45 a eu l’effet inverse. C’est la démocratie qui, par la suite, a été l’objet des préjugés favorables. Plus jamais de régimes autoritaires! Le culte de la démocratie est poussé si loin qu’on la confond avec le Bien pur et transcendant. Les anathèmes s’ensuivent : hors de la démocratie point de salut.

    On peut penser que la démocratie est en-elle même un moindre mal par rapport aux autres régimes, mais nul n’est autorisé à en conclure qu’elle est une garantie contre le mal. C’est la qualité de l’inspiration, elle-même tributaire de la pureté morale et psychologique, qui est ici l’élément déterminant, non le régime politique. La monarchie de Marc-Aurèle à Rome ou d’Henri IV en France est préférable à bien des démocraties démagogiques, intolérantes et corrompues.

    Il manque au livre d’Ingo Kolboom une certaine distance par rapport à la démocratie, une distance à la faveur de laquelle serait mise en relief l’idée, pourtant bien présente dans le livre, que c’est la qualité de l’inspiration d’un peuple, sa pureté morale et psychologique qui importent d’abord et non le régime politique
    Voici un passage important du livre :

    Entre Goethe et Auschwitz


    «Ne croyez pas au mensonge millénaire qui prétend que la honte se lave dans le sang, croyez à cette jeune vérité : la honte ne peut être effacée que par l'honneur, par la pénitence, par le mot du fils prodigue « Père, j'ai péché et je ne veux désormais plus pécher.»
    ERNST WIECHERT, Discours à la jeunesse allemande

    C'est l'affaire de ma génération de transmettre à cet endroit un message. Et si elle ne le fait pas, elle faillira à sa tâche comme la génération précédente, à qui elle a reproché sans pitié son échec. Et si elle aussi faillit, notre démocratie sera à son tour compromise. Cette fois-ci, cela relève de notre responsabilité.

    Étant de la génération née à la fin du Troisième Reich ou après celui-ci, nous avions deux problèmes à régler avec notre passé, deux problèmes fortement liés l'un à l'autre.

    Premièrement, nous ne pouvions plus tirer de Goethe autant que le pouvaient encore nos parents ou qu'ils le prétendaient. Deuxièmement, nous portions consciemment le poids d'une histoire qui avait transformé notre peuple en victimes et en bourreaux.

    Élevés dans un État plus ou moins autoritaire, jeté dans le bain de la démocratie grâce à la défaite et à la guerre froide, nous étions porteurs d'une mission: le cheminement de l'Allemagne de l'Ouest vers une société démocratique et européenne.

    Cette mission nous renvoyait notamment à l'affrontement conscient du passé allemand le plus récent, qui fut pour nous une terrible découverte.

    La découverte d’Auschwitz en tant qu'autre visage de notre héritage allemand nous a conduits à une crise d'identité difficile et recherchée: la difficulté d'être allemand.

    Quiconque âgé de 15, 20 ou 25 ans se rendant alors à l'étranger devait vivre et supporter cette difficulté, ou n'y arrivait pas. Il en est souvent résulté une fuite à l'étranger, vers l'Autre; souvent, c'est d'ailleurs à partir de cette seule expérience de l'étranger que nous sommes devenus capables de retourner dans notre patrie et de nous réconcilier avec elle.

    Cette crise aboutit en même temps à un conflit de génération dépassant de loin les limites normales d'un tel conflit. Sous la forme de ce conflit père-fils-fille, la lutte portait sur une meilleure Allemagne - et cela avec toute l'injustice et l'infatuation du vertueux qui a préservé sa vertu parce qu'il n'a pas encore eu l'occasion de la perdre. « Cette manière de rendre responsables, ce discours de culpabilisation, cette manière de démasquer! Toi, moi, nous, fils et filles de la génération nazie, souffrons d'un complexe d'innocence. Et il faut reconnaître que jamais auparavant une génération n'avait été autant incitée par l'histoire à dénoncer la culpabilité totale de ses propres parents et à affirmer sa propre innocence. » Le roman de Peter Schneider, Paarungen, le rappelle encore une fois douloureusement.

    Ces deux conflits ont profondément marqué la culture politique de la République fédérale d'Allemagne depuis les années 1960, en bien comme en mal.

    Les héritiers de Goethe et d’Auschwitz, ce n'est pas là par hasard le titre d'un excellent livre sur la jeunesse allemande écrit par mon ami berlinois Gerhard Kiersch dans les années 1980. C'est ce livre qui a inspiré le titre antithétique de ce texte.

    Goethe et Auschwitz incarnent les deux faces d'une patrie dont l'ancien président de la République fédérale Gustav Heinemann disait: «C'est une patrie difficile, mais c'est notre pays. »
    Cette phrase même contient un message d'espoir, à savoir le refus de la haine et de la négation de soi. La capacité d'assumer son propre pays, de l'aimer, d'en accepter de la même manière la joie et le fardeau, et de le modifier en conséquence. Normaliser sans oublier. Devenir normal et se souvenir malgré tout.»
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
    Loading
    Informations
    L'auteur

    Ingo Kolboom
    Historien, politologue et romaniste, spécialiste des relations franco-allemandes, professeur de civilisations francophone à l'Université de Dresde, professeur adjoint au département d'histoire de l'Université de Montréal, directeur d'un centre de recherches franco-canadiennes et président de l'Association internationale des études québécoises.
    Mots-clés
    Allemagne, identité, démocratie
    Extrait
    Goethe et Auschwitz incarnent les deux faces d'une patrie dont l'ancien président de la République fédérale Gustav Heinemann disait: "C'est une patrie difficile, mais c'est notre pays."
    Documents associés
    Ingo Kolboom
    Nation, Identité, Allemagne, France, Québec(État), résistance
    Ingo Kolboom
    Europe, démocratie, syndicalisme
    Mme de Staël
    Johann Winckelmann, Raphaël Mengs, Goethe
    Brigitte Lestrade
    temps, travail, pme, formation, retraite, réglementation du travail
    Mme de Staël
    Mozart, Gluck, Haydn, musique instrumentale, musique d'église

    Contribuez au rayonnement des oeuvres de l'Agora/Homo vivens en devenant membre ou en faisant un don.