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    L'Encyclopédie sur la mort


    Rose Latulipe

    «Rose Latulipe est un petit bijou de conte populaire québécois apparentée à la tradition de la danse macabre. Racontée par les Anciens, cette légende devait inciter les jeunes gens à respecter les règles strictes de l'Église durant le carême. C'est ma grand-mère qui m'a d'abord raconté cette histoire. Je l'ai retrouvée par la suite dans l'oeuvre de Philippe Aubert de Gaspé sous le nom de "L'Étranger"» (Bibiane). «La légende de Rose Latulippe, l'une des plus connues de la tradition orale québécoise, nous invite à une soirée festive, le Mardi Gras. Une jeune fille, étourdie par les plaisirs de la danse avec un bel étranger, aimablement accueilli en la maison selon la tradition, en oublie son fiancé humilié. Arrive minuit et l'interdiction religieuse de festoyer, transgressée par la jeune fille et l'étranger. Ce dernier lui offre alors une chaîne, un collier, ou un quelconque objet dont l'acceptation équivaut au don de son âme. Par le dit cadeau, ou par le simple toucher de l'étranger, la peau de la jeune fille s'en trouve percée, et la pauvre victime innocente s'évanouit.L'étranger, qui s'avère être le diable, choisit alors ce moment pour fuir avec elle. La belle peut, soit disparaître éternellement, soit être retrouvée plus tard, morte et nue dans la neige, ou vivante, mais vieillie de 50 ans. D'autres versions font intervenir un curé, personnage qui se transforme alors en héros et sauve la jeune fille tout juste avant la cruelle piqûre. Une lutte verbale suit, l'identité du méchant est découverte et le Diable doit fuir devant la force divine.» (Jean Levasseur)
    Rose était la fille unique d'un dénommé Latulipe. Celui-ci l'adorait, il tenait à elle comme à la prunelle de ses yeux. Et, il va sans dire, Latulipe ne pouvait rien refuser à sa fille. Rose était une jolie brunette, mais un peu éventée. Elle avait un amoureux nommé Gabriel, à qui elle était fiancée depuis peu. On avait fixé le mariage à Pâques.

    Rose aimait beaucoup les divertissements, si bien qu'un jour de Mardi gras, elle demanda à son père d'organiser une soirée de danse. Celui-ci accepta, bien sûr, mais il fit promettre à Rose que tous les invités seraient partis à minuit car ce serait alors le Mercredi des Cendres. Il pouvait être onze heures du soir, lorsque tout à coup, au milieu d'un cotillon, on frappa à la porte. C'était un monsieur vêtu d'un superbe capot de chat sauvage. Il demanda au maître de la maison la permission de se divertir un peu.

    -C'est trop d'honneur nous faire, avait dit Latulipe, dégrayez-vous , s'il vous plaît, nous allons faire dételer votre cheval.

    On lui offrit de l'eau-de-vie. L'inconnu n'eut pas l'air d'apprécier la boisson offerte. Il fit une grimace en l'avalant; car Latulipe, ayant manqué de bouteilles, avait vidé l'eau bénite de celle qu'il tenait à la main, et l'avait remplie d'alcool. C'était un bel homme que cet étranger mais il avait quelque chose de sournois dans les yeux. Il invita la belle Rose à danser et ne l'abandonna pas de la soirée. Rose se laissa subjuguer par cet élégant jeune homme habillé de velours noir. Elle était la reine du bal.

    Quant au pauvre Gabriel, renfrogné dans un coin, ne paraissait pas manger son avoine de trop bon appétit. Une vieille tante, assise dans sa berceuse, observait la scène en disant son chapelet. À un certain moment, elle fit signe à Rose qu'elle voulait lui parler.

    -Écoute, ma fille, lui dit-elle; je n'aime pas beaucoup ce monsieur, sois prudente. Quand il me regarde avec mon chapelet, ses yeux semblent lancer des éclairs.

    -Allons, ma tante, dit Rose, continuez votre chapelet, et laissez les gens du monde s'amuser.

    Minuit sonna. On oublia le Mercredi des Cendres.

    -Encore une petite danse, dit l'étranger.

    -Belle Rose, vous êtes si jolie, je vous veux. Soyez à moi pour toujours?

    -Eh bien! oui, répondit-elle, un peu étourdiment.

    -Donnez-moi votre main, dit-il, comme sceau de votre promesse.

    Quand Rose lui présenta sa main, elle la retira aussitôt en poussant un petit cri, car elle s'était senti piquer; elle devint très pâle et dut abandonner la danse. Mais l'étranger, continuait ses galanteries auprès de la belle. Il lui offrit même un superbe collier en perles et en or: «Ôtez votre collier de verre, belle rose, et acceptez, pour l'amour de moi, ce collier de vraies perles.» Or, à ce collier de verre pendait une petite croix, et la pauvre fille refusait de l'ôter.

    Pendant ce temps, deux jeunes gens qui étaient allés s'occuper du cheval de l'étranger avaient remarqué de bien étranges phénomènes. Le bel étalon noir était certes, une bien belle bête mais pourquoi dégageait-il cette chaleur insupportable? Toute la neige sous ses sabots avait fondu. Ils rentrèrent donc et, discrètement, firent part à Latulipe de leurs observations
    Le curé, que Latulipe avait envoyé chercher, arriva; l'inconnu en tirant sur le fil du collier de verre de Rose l'avait rompu, et se préparait à saisir la pauvre fille, lorsque le curé, prompt comme l'éclair, s'écria d'une voix tonnante:

    -Que fais-tu ici, malheureux, parmi les chrétiens?

    -Cette jeune fille s'est donnée à moi et le sang qui a coulé de sa main est le sceau qui me l'attache pour toujours, répliqua Lucifer.

    -Retire-toi, Satan, s'écria le curé. Il prononça des mots latins que personne ne comprit. Le diable disparut aussitôt avec un bruit épouvantable en laissant une odeur de soufre dans la maison.
    ...

    Cinq ans après, une foule de curieux s'étaient réunis dans l'église, de grand matin, pour assister aux funérailles d'une religieuse. Parmi l'assistance, un vieillard déplorait en sanglotant la mort d'une fille unique, et un jeune homme, en habit de deuil, faisait ses derniers adieux à celle qui fut autrefois sa fiancée: la malheureuse Rose Latulipe.

    http://legrenierdebibiane.com/trouvailles/legendes/rosel.htm

    Sources:
    Jeanne Demers et Lise Gauvin, «cinq versions de "Rose Latulipe"», Études françaises, vol. 12, n° 1-2, 1976, p. 25-50.

    Jean Levasseur, «Histoire et historicité, intertextualité et réception dans Louis Mailloux (1975). De Calixte Duguay et Jules Boudreau», Recherches Théâtrales du Canada, Vol.18 No.1, 1997.
    http://www.lib.unb.ca/Texts/TRIC/bin/get2.cgi?directory=Vol18
    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:-1-11-30

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