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    Philosophie de l'histoire

    Les hommes sont-ils les jouets de l'histoire? Bernard Pivot, 1982

    Définition

     

    Il existe une philosophie de l'histoire spéculative qu'il faut distinguer de la réflexion philosophique sur l'histoire. «La philosophie de l'histoire spéculative, écrit Maurice Lagueux, se donne pour objet de réflexion rien moins que l'histoire entendue au sens de cheminement de l'humanité à travers les siècles, par opposition à cette philosophie de l'histoire moins prétentieuse qui se contente de réfléchir sur l'histoire entendue au sens de discipline scientifique pratiquée par les historiens. Bien sûr, les philosophes qui se sont référés si hardiment à l'histoire de l'humanité étaient-ils redevables à leurs collègues historiens de leur connaissance de cette histoire, mais leur projet explicite était de rendre compte de cette réalité historique elle-même et non de réfléchir sur la pratique ou les méthodes des historiens. Ce sont d'autres philosophes, davantage préoccupés par les questions reliées à l'acquisition de la connaissance - lesquelles, on le sait, ont occupé, au moins depuis les Grecs, une place privilégiée dans la réflexion philosophique -, qui se sont penchés sur la façon dont les historiens ont pu développer le savoir qui leur est propre et conférer un certain statut scientifique à une discipline qui, il faut en convenir, ne ressemble guère aux autres sciences. Le questionnement épistémologique suscité par le fonctionnement original de cette science atypique a ainsi donné lieu à de nombreux travaux qui ont abondamment alimenté un type fort différent de philosophie de l'histoire. C'est ainsi que dans le monde germanique, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, une philosophie critique de l'histoire, dont Raymond Aron s'est fait en France à la fois l'interprète et le brillant continuateur, s'est donné pour tâche l'analyse des aspects proprement philosophiques des questions assez variées que soulève la pratique des historiens. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, c'est principalement dans le monde anglophone que s'est développée une philosophie analytique de l'histoire où furent abondamment discutées les multiples implications philosophiques qui tiennent à ces particularités de la science historique. Ces deux traditions sont à l'origine d'une vaste littérature qui a fait de la philosophie de l'histoire une branche remarquablement dynamique de la pensée épistémologique au XX` siècle.»

    Source: Actualité de la philosophie de l'histoire, Les Presses de l'Université Laval, Québec, 2001.

    Enjeux

    «Les philosophies de l'histoire comme celles de Bossuet et de Hegel ont leur fondement dans une théologie de l'histoire, plus précisément dans une certaine interprétation de l'idée chrétienne de Providence. On en trouve l'ébauche dans l'oeuvre de Joachim de Flore.

    On prétend alors pouvoir adopter le point de vue de Dieu lui-même pour lire le sens de l'histoire à travers les lignes de l'histoire observée. Même lorsqu'on exclut la possibilité de se mettre à la place de Dieu, comme c'est le cas pour Condorcet et qu'on voit l'histoire comme un produit de l'action humaine, on est encore indirectement tributaire de la théologie.

    Les philosophies de l'histoire sont tombées progressivement en discrédit au cours du XXe siècle, après avoir connu leur apogée au XIXe siècle. Quand on pense aux atrocités dont l'Europe chrétienne s'est montrée capable et à ce que sont devenues les lendemains qui chantent des marxistes, on comprend qu'il en ait été ainsi. Karl Popper a même considéré les philosophies de l'histoire, qu'il assimile à l'historicisme comme les causes du totalitarismes.

    Cet excès dans l'interprétation des faits que sont, vue sous cet angle, les philosophies de l'histoire, n'allait-il pas inciter les historiens à revenir au fait brut: César a franchi le Rubicon en 56 ?

    Qu'importe dira Lucien Febvre, de l'École des Annales, que César ait franchi le Rubicon, ce qui intéresse l'historien c'est qu'il ait par ce geste défié Pompée et provoqué une guerre civile qui allait porter un coup mortel à la République romaine.

    Le travail de l'historien implique donc de multiples interprétations s'articulant entre elles dans une narration. Cette narration consiste-t-elle à dégager une trame présente dans la réalité? Est-elle plutôt une construction? L'une et l'autre thèse a ses défenseurs. «Pourquoi faudrait-il penser que la matière première de l'historien soit une poussière totalement amorphe de faits purement ponctuels ou bien une structure narrarive qui traverserait l'histoire de part en part et qu'il ne resterait qu'à dégager de sa gangue?» Il y a heureusement un juste milieu, qu'illustrent au XXe les travaux de Fernand Braudel.

    Le juste milieu semble bien être aussi la voie royale entre les deux conceptions du temps historique: le temps linéaire et le temps cyclique, le premier illustrée par la Bible, le second par la tradition gréco-romaine. Marc-Aurèle résume bien cette tradition quand il écrit: «Quand on voit ce qui est maintenant, on a tout vu, et ce qui s'est passé depuis l'éternité et ce qui se passera jusqu'à l'infini, car tout est pareil, en gros et en détail.» L'histoire n'est manifestement ni une marche en avant parfaitement continue, ni un inlassable retour au même. Dans les temps modernes, on verra apparaître, à côté des conceptions purement linéaires comme celle de Condorcet ou purement cycliques comme celle de Spengler, des conceptions comme celles de Saint-Simon et d'Auguste Comte où une perception cyclique de la perception des événements vient se greffer sur une conception linéaire de la temporalité historique.»

    Si décriée qu'elle ait été au XXe siècle, la philosophie de l'histoire refait surface dans l'un des ouvrages marquants de la fin de ce même siècle: La fin de l'histoire et le dernier homme de Francis Fukuyama. C'est le néo-libéralisme cette fois qui se prête au jeu de la grande vision d'ensemble après avoir longtemps laissé l'exclusivité de cette prétention au socialisme.

    «Il semble bien, qu'il serait illusoire de penser que puisse jamais être exorcisée de notre univers mental la volonté de comprendre l'évolution du monde qui nous entoure en s'appuyant sur la conviction plus ou moins nette que quelque chose d'essentiel est en voie de se réaliser dans l'histoire.» (J.D.)

    Résumé de Actualité de la philosophie de l'histoire, par Maurice Lagueux, Les Presses de l'Université Laval, Québec, 2001. Les passages entre guillemets sont de l'auteur.

    Essentiel

    Outre les déterminants extérieurs (biologiques, économiques, etc) peut-il y avoir à l'oeuvre dans l'histoire, un principe, analogue à ce qu'est la grâce pour les chrétiens dans la vie personnelle, tel que les civilisations qui s'en inspireraient pourraient échapper à une décadence qui semble être la loi? (J.D.)

    ***

    Ich lebe mein Leben in wachsenden Ringen,
    die sich über die Dinge ziehn.
    Ich werde den letzten vielleicht nicht vollbringen,
    aber versuchen will ich ihn.

    Ich kreise um Gott, um den uralten Turm,
    und ich kreise jahrtausendelang;
    und ich weiß noch nicht: bin ich ein Falke, ein Sturm
    oder ein großer Gesang.


    Rainer Maria Rilke
    Aus dem Stundenbuch, erschienen 1905
    Du Livre des heures, paru en 1905

    Documentation

    La finalité en histoire

    «Pour mieux comprendre les réticences contemporaines face à l'idée d'un « sens de l'histoire », il était utile de situer ainsi la question dans le contexte du processus qui a entraîné une réinterprétation par l'hégélianisme, puis une dilution progressive, par le marxisme, de l'idée d'une finalité de l'histoire. Dans la mesure où l'on a progressivement été amené à mettre l'accent sur un moteur de l'histoire (infrastructure économique, industrialisation massive, etc.) plutôt que sur sa finalité, sur une cause efficiente plutôt que sur une cause finale, on a laissé se dénaturer l'idée de sens de l'histoire sans y renoncer tout à fait. C'est qu'il ne faut pas confondre mouvement de l'histoire et sens de l'histoire. Il est certain qu'il y a de nombreux facteurs, dont les forces économiques ne sont qu'un exemple, qui exercent sur l'histoire des contraintes qui l'orientent dans telle direction plutôt que dans telle autre. Toutefois, la question du sens de l'histoire ne concerne pas l'existence ou le fonctionnement de mécanismes associés à tel ou tel de ces facteurs ; elle concerne plutôt le caractère intelligible de l'ensemble du processus historique ou, si l'on préfère, l'existence, au sein ou hors de l'histoire, d'un principe qui orienterait celle-ci vers un état de l'humanité qui serait nettement plus satisfaisant et qui pourrait, dès maintenant, être entrevu quelque peu en vertu même de ce principe.»

    Maurice Lagueux, Actualité de la philosophie de l'histoire, Presses de l'Université Laval, Québec, 2001, p. 157.

    La philosophie de l'histoire selon Karl Popper

    «Popper ne s'est pas contenté de critiquer les fondements discutables ou les prétentions abusives de la philosophie de l'histoire, il est allé jusqu'à y repérer l'une des sources des totalitarismes du XXe siècle dans la mesure où la philosophie de l'histoire étroitement associée à la doctrine qu'il dénonçait sous le nom d'historicisme - aurait légitimé l'idée voulant que l'histoire soit régie par des lois inexorables. C'est ce qui l'a amené à dédicacer Misère de l'historicisme, ouvrage dans lequel il fustigeait les philosophies de l'histoire, à la mémoire des « innombrables hommes, femmes et enfants qui succombèrent, victimes de la croyance fasciste et communiste en des lois inexorables de la destinée historique.» Dans un « addendum » qu'il annexait à une édition ultérieure d'un autre livre d'inspiration analogue The Open Societies and Its Enemies rédigé au cours de la deuxième guerre mondiale, Popper justifiait même la charge à l'emporte pièce que, dans cet ouvrage, il avait menée contre Hegel et la vision hégélienne de l'histoire, en rappelant que ce livre constituait pour lui rien moins que son « effort de guerre' » .

    À la lumière d'une dénonciation aussi générale issue des milieux intellectuels les plus autorisés et les plus variés, il paraît raisonnabe de penser que la tentation de scruter le devenir de l'Humanité à laquelle semblent avoir succombé tant de philosophes aux XVIIIe et XIXe siècles ne pouvait exercer beaucoup d'attrait sur les penseurs du XXe siècle. »

    Maurice Lagueux, Actualité de la philosophie de l'histoire, Presses de l'Université Laval, Québec, 2001, p. 6.


    Livres

    Aron, Raymond. Introduction à la philosophie de l'histoire: essai sur les limites de l'objectivité historique. Paris, Gallimard, 1938. Nouv. éd. rev. et annotée par Sylvie Mesure, Gallimard, 1991.

    Aron, Raymond. La philosophie critique de l'histoire. Essai sur une théorie allemande de l'histoire. Paris, Librairie philosophique J. Vrin, 1950.

    Aron, Raymond. Dimensions de la conscience historique. Paris, Plon, [c1961; 1964].

    Berdiaeff, Nicolas. Le sens de l'histoire. Essai d'une philosophie de la destinée humaine. Traduit du russe par S. Jankélévitch. Paris, Aubier, 1948. Coll. « Philosophie de l'esprit ».

    Brun, Jean. Philosophie de l'histoire: les promesses du temps. Paris, Stock, 1990.

    Jaspers, Karl. Origine et sens de l'histoire (Vom Ursprung und Ziel der Geschichte). Traduit de l'allemand par Hélène Naef et Wolfgang Achterberg. Paris, Plon, 1954.

    Maritain, Jacques. Pour une philosophie de l'histoire. Paris, Seuil, 1959.

    Popper, Karl. Misère de l'historicisme. Paris, Plon, 1956.

    Popper, Karl. La société ouverte et ses ennemis. Paris, Seuil, 1979.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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