• Encyclopédies

      • Encyclopédie de l'Agora

        Notre devise: Vers le réel par le virtuel!


      • Encyclopédie sur la mort

        L’encyclopédie sur la mort veut s'intéresser à ce phénomène sous ses multiples aspects et ses diverses modalités.


      • Encyclopédie Homovivens

        Encyclopédie sur les transformations que l'homme opère en lui-même au fur et à mesure qu'il progresse dans la conviction que toute vie se réduit à la mécanique.


      • Encyclopédie sur l'inaptitude

        Tout le monde en conviendra : c'est au sort qu'elle réserve aux plus vulnérables de ses membres que l'on peut juger de la qualité d'une société. Aussi avons-nous voulu profiter ...


      • Encyclopédie sur la Francophonie

        L'Encyclopédie de la Francophonie est l'une des encyclopédies spécialisées qui se développent parallèlement à l'Encyclopédie de l'Agora.

  • Dictionnaires
  • Débats
      • Le Citoyen Québécois

         Après la Commission Gomery, la Commission Charbonneau! À quelles conditions pourrions-nous en sortir plus honnêtes… et plus prospères

      • L'homme, la nature, la techique

        Réflexions inspirées de Bernard Charbonneau et Jacques Ellul, avec la collaboration de l'Association Aquitaine B.Charbonneau J.Ellul, sous la présidence de Sébastien Mor...

  • Sentiers
      • Les sentiers de l'appartenance

        L'appartenance c'est le lien vivant, la rencontre de deux Vies : la nôtre et celle de telle personne, tel  paysage...Quand la vie se retire, le sentiment d'appropriation se substitue au ...

      • Le sentier des fleurs sauvages

        Nous sommes des botanistes amateurs. Notre but est de partager un plaisir orienté vers une science complète où le regard du poète a sa place à côté de celui du botaniste, du généticien, du gastrono...

  • La lettre
    • Édition

    Dossier: Suarès André

    Portrait de Suarès

    Romain Rolland
    Un auteur dont on pu tracer un tel portrait ne mérite-t-il pas de passer à la postérité?
    «Il est impossible d'être plus méridional que Suarès. Il lui est aussi naturel d'exagérer tout ce qu'il sent, veut, et fait, que de respirer. Je l'ai souvent mal jugé, parce que je me faisais du Méridional une idée fausse, comme la plupart des gens. Je n'en voyais que le côté superficiel, la hâblerie bruyante, la fougue irréfléchie, convaincue et inconstante, la personnalité qui s'étale, la sensualité qui déborde. Ce qu'il faut voir, par-dessous, ce qui purifie, élève et sanctifie presque tout le reste, c'est la flamme intérieure, la passion ardente. On la taxe souvent d'égoïsme. C'est là une vue étroite. Certes, cette passion n'a pas grand’chose de commun avec celle d'un homme du Nord, cette longue flamme blanche, qui monte d'un jet irrésistible et droit, comme un arbre, et qui ne s'interrompt point. L'amour, pour l'homme du Midi, ne peut se passer des sens ; et, comme les sens sont changeants, avec eux change trop souvent l'objet de l'amour:' Mais l'amour demeure, dans sa violence indestructible, cherchant sans cesse un aliment à dévorer, le voulant, le créant et, s'il n'en peut trouver, s'attachant avec la même ardeur á la négation, au suicide. Quand je me désole en constatant que Suarès varie, qu'il dit, un jour : « J'aimerai toujours ceci, ceci sera toujours beau, » - et, un mois après : « Ceci est absurde,- il est ridicule de l'aimer » ; - quand je vois qu'on peut même l'amener à aimer (ou haïr) ce qu'on veut qu'il aime (ou qu'il haïsse), - je raisonne comme s'il était un homme de ma nature, pour qui cette inconstance serait vile : car elle prouverait ou bien un manque de sincérité, ou bien un manque d'intelligence. Nous autres, en effet, nous gardons toujours, même dans la passion, une partie de notre pensée, lucide, presque froide.
    Si j'abandonnais brusquement ce que j'ai une fois aimé, c'est que je ne serais pas capable de voir clair dans mon coeur, ou que mon coeur ne serait pas franc. Etre inconstants serait pour nous un vice radical, atteignant les sources mêmes de notre être : la pensée ; il prouverait que nous ne pouvons être nous. - Mais pour un homme du Midi, l'amour étant sa fin en soi, étant tout, qu'importe que l'objet change ? Il ne changera pas au fond, lui.
    Voilà ce que je suis arrivé à sentir, assez tard, chez mon ami Suarès. Il a cessé d'aimer bien des hommes et des choses, depuis que je le connais : Meyerbeer, Mendelssohn, Flaubert, Shakespeare, César Borgia, etc., tant d'autres, morts ou vivants. Peut-être cessera-t-il de m'aimer, un jour. Mais il aimera toujours, avec la même intensité et la même conviction, celui-ci, celui-là, qu'importe ? Le temps passe. Sans remords, avec le plus parfait oubli, il ne sait plus aujourd'hui ce qu'il a aimé hier ; il nie qu'il l'ait aimé ; il peut aimer le contraire. Qu'importe ? Il aime, il est sincère. Tant pis pour nous, peut-être, qui sommes aimés par lui ! Mais tant mieux pour lui ! Pour l'instant, César Borgia s'est fait ascète, mais ascète à la façon de saint Antoine. Son renoncement est passionné, furieux, comme il y a un an, son sensualisme de la Renaissance. Borgia est devenu Tolstoï. Non seulement il ne parlerait plus de la suppression d'un homme, comme d'un accident utile ; non seulement il ne tuerait plus le mandarin, afin d'en hériter ; mais il ne mange plus de viande, parce que le boeuf et le mouton sont ses frères. Un moment, - quelques jours, - il a été sur le point de ne plus manger du tout. Il méridionalise la religion du prophète de Toula.
    Je ne cache pas que cela m'a souvent agacé ; cela m'agace encore : il y a toujours une pointe de pose dans son outrance de tous les sentiments, quels qu'ils soient ; et cette pointe, quand elle me pique, je suis nécessairement enclin à en exagérer
    l'importance. - Je devrais être plus raisonnable, en ma qualité d'homme du Nord. Pourquoi vouloir que ce qui est et doit être ne soit pas ? Suarès est ainsi. Voyons la beauté de sa nature et acceptons-en la rançon inévitable. N'eût-il que cette supériorité : avoir une conviction absolue, quoi qu'il sente, quoi qu'il aime, - c’est une grande force.
    Il ne discute pas. Quand il croit (ou veut croire), il commence par pratiquer, avant d'être sûr de sa foi. C'est l’action qui l'intéresse. . Moi, si j’ai passé des années d'angoisse à la recherche du mot de vie, c'était pour me connaître, et pour connaître Dieu. Suarès veut savoir ce qu'il doit faire, d'abord, tout de suite, parce qu'il a besoin d'agir. Je suis une raison passionnée. Lui, des sens intelligents. Et brûlants, tous les deux. Nous nous rencontrons à mi-chemin, dans la zone du feu.»
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
    Loading
    Informations
    L'auteur

    Romain Rolland
    Mots-clés
    Méridional, homme du Midi, homme du Nord, passion
    Extrait
    L'amour, pour l'homme du Midi, ne peut se passer des sens ; et, comme les sens sont changeants, avec eux change trop souvent l'objet de l'amour:' Mais l'amour demeure, dans sa violence indestructible, cherchant sans cesse un aliment à dévorer, le voulant, le créant et, s'il n'en peut trouver, s'attachant avec la même ardeur á la négation, au suicide.

    Contribuez au rayonnement des oeuvres de l'Agora/Homo vivens en devenant membre ou en faisant un don.