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    Dossier: Santé primale

    Qu'est-ce que la santé?

    Michel Odent
    Comment ne pas être tenté de choisir comme guide un homme qui a une telle conception de la science: «La science moderne va très vite... si vite qu'elle est déjà en mesure d'expliquer qu'un nouveau-né a d'abord besoin de sa mère !»
    La scène se passe dans la nursery d'une grande maternité d'Europe de l'Est. Plusieurs dizaines de nouveau-nés sont rangés côte à côte, solidement emmaillotés. Régulièrement, à une heure bien précise, une infirmière masquée obéit consciencieusement aux consignes et vient chercher l'un des paquets. C'est l'heure de la nourriture.

    Une telle expérience m'a donné une impression de malaise. J'avais le sentiment que ces bébés étaient en danger. je sentais, je savais que ces nouveau-nés étaient déjà en train de perdre cet élan qui pousse à lutter, à lutter pour vivre. Ce savoir ne me venait pas de ce que j'avais appris, lu dans les livres. Il n'était pas le résultat d'un quelconque raisonnement. Il s'agissait d'un savoir beaucoup plus direct, immédiat, ayant sa source dans l'émotion. L'émotion est un mode de connaissance.



    Au nom de la science

    Au retour de mon voyage, je continuais à penser aux nouveau-nés de cette nursery. Je me demandais au nom de quels principes, de quelles croyances ou de quelles connaissances, on les séparait de leur mère et on leur apprenait que crier, demander, chercher, exprimer ses besoins est inutile. Apparemment, c'était au nom de la science. Ces bébés étaient confiés à la médecine. La médecine se prétend scientifique. La science a enseigné que les microbes sont dangereux et a calculé les besoins alimentaires des bébés. Au nom de la science, ces bébés étaient à la fois protégés des microbes familiaux et en même temps assurés de recevoir une quantité idéale de nourriture.

    Puisque la science est maîtresse de la médecine, et puisque les bébés d'aujourd'hui appartiennent à la médecine, utilisons la science pour suggérer que de nombreux bébés sont en danger.


    Ces réflexions m'ont évoqué une histoire de chiens et de rats... une de ces nombreuses histoires de chiens et de rats familières à tous ceux qui s'intéressent à l'évolution des sciences biologiques. Une histoire bien connue. Mais, soudain, sa véritable signification m'apparaissait. A la fin des années 1960, Martin Seligman et ses collègues voulaient mettre à l'épreuve une théorie de l'apprentissage en exposant des chiens à des chocs électriques. Les chiens étaient dans un premier temps exposes à des chocs électriques inévitables. Dans un deuxième temps, ils étaient censés échapper au choc en sautant la barrière qui séparait la cage en deux compartiments. Les expérimentateurs se trouvèrent face à un phénomène qu'ils n'avaient pas prévu: les chiens qui avaient reçu les chocs inévitables ne pouvaient pas apprendre à se sauver, et subissaient passivement les chocs électriques, tandis que des chiens qui n'avaient pas participé au premier temps de l'expérience apprenaient facilement à se sauver. Seligman appela ce comportement «
    learned helflessness».

    Par la suite, d'autres chercheurs étudièrent chez les rats les conséquences physiologiques de chocs électriques que les animaux avaient plus ou moins la possibilité de contrôler. Ils montrèrent que les chocs inévitables entraînaient des ulcères de l'estomac et des pertes de poids. Ils trouvèrent également que les animaux n'ayant aucun contrôle sur les chocs subissaient une chute plus, importante de l'hormone appelée «adrénaline», c'est-à-dire l'hormone qui donne soudain l'énergie nécessaire à la fuite ou au combat. Ce n'était pas les chocs électriques qui rendaient les rats malades, mais l'état de soumission dans lequel ils se trouvaient pour les recevoir. En France, Laborit a également étudié les conséquences de chocs électriques inévitables. Il a montré en particulier que des paires de rats qui avaient la possibilité de se battre à la réception des chocs électriques étaient protégés contre l'hypertension artérielle. Ce que Laborit appelle «l'inhibition de l'action» peut être considéré à la fois comme un comportement et comme une réponse hormonale, et en particulier comme la sécrétion d'hormones qui dépriment le «système immunitaire», c'est-à-dire le système qui permet la reconnaissance et la lutte contre des substances étrangères telles que les bactéries, virus, parasites, cellules cancéreuses, etc. Toutes ces expériences ont des implications de première importance. Elles nous permettent de comprendre à quel point et par quels mécanismes toute situation de soumission déprime les capacités d'adaptation. Elles nous permettent aussi de comprendre qu'on ne peut jamais dissocier la réponse du système nerveux, celle du système hormonal et celle du système immunitaire. C'est un tout.


    Ainsi mes premières associations d'idées entre la vie d'un nouveau-né dans une nursery et les enseignements de la science moderne m'ont conduit vers les études du comportement de soumission. Mes premières associations d'idées auraient pu aussi bien me conduire vers ce que les scientifiques ont à dire sur la nature des liens entre la mère et son bébé, sur les bases hormonales de l'attachement mère-enfant. La science moderne va très vite... si vite qu'elle est déjà en mesure d'expliquer qu'un nouveau-né a d'abord besoin de sa mère!


    J'ai pris un peu arbitrairement l'exemple des émotions ressenties lors de la visite d'une nursery. Il est évident que chaque journée de la vie d'un praticien s'enrichit de nouvelles émotions, de nouvelles prises de conscience. La pratique de la chirurgie, que ce soit la chirurgie de guerre ou la chirurgie civile, est une confrontation constante avec la lutte pour la survie ou pour la récupération d'une fonction. Elle est parfois une confrontation avec la mort. Mais ce sont les scènes de naissance qui marquent le plus de leur empreinte. Lorsqu'on a assisté à la naissance de milliers de bébés, on est différent... à condition que ces naissances n'aient pas été trop perturbées par l'institution médicale. L'atmosphère sacrée d'une salle de naissance est contagieuse. Partager une atmosphère sacrée donne une vision globale, synthétique des choses. Cela aide à distinguer l'essentiel du secondaire. En un lieu de naissance on apprend à suspendre les fonctions analytiques cérébrales. Pendant la période de ma vie où j'ai été le plus souvent confronté avec la naissance, je me suis aperçu que j'avais une capacité plus grande à ne pas tenir compte de certaines idées reçues. J'ai petit à petit acquis une vision des choses très personnelle. Il en est ainsi de ma façon de concevoir le mot santé.



    Images mentales

    Parmi les médecins, le mot santé évoque souvent l'absence de maladie. Déjà Montaigne prétendait que les médecins ont «la maladie en gouvernement».

    L'image mentale associée au mot maladie est parfois encore assez proche de l'image traditionnelle du démon qui a envahi le corps du malade: il faut rendre possible le départ du démon pour assurer la guérison. La maladie est quelque chose que l'on peut ôter plutôt que quelque chose qui fait partie de l'individu dans son ensemble. Comprendre la santé comme l'absence de maladie repose sur le vieux fantasme selon lequel chaque maladie a une cause spécifique, donc un traitement spécifique. La découverte d'un virus en tant que cause d'une maladie particulière s'accorde parfaitement avec cette vision des choses.


    A côté de cette image mentale qui prévaut encore dans le milieu médical, d'autres images mentales tendent à se développer dans le grand public. Quand on prononce le mot santé, les gens associent de plus en plus ce mot avec une bonne alimentation, des exercices physiques, la relaxation, la façon de vivre en général. Ces associations d'idées fréquentes n'indiquent pas non plus quelle est la véritable nature de la santé; une bonne alimentation, des exercices physiques, des émotions positives, ne représentent que d'utiles conseils donnés à tous ceux qui veulent tirer profit d'un certain état d'équilibre préexistant.


    On ne peut comprendre la santé qu'en la situant dans le cadre de la lutte pour la vie. L'adaptation et la lutte font partie de la vie. La vie elle-même est une lutte constante contre les lois fondamentales de la physique, contre cette tendance qu'a l'énergie à toujours se dégrader, la lutte contre les fameuses lois de l'«entropie». Pensons à n'importe quel aspect de la vie et nous nous apercevrons que la vie ne peut pas être dissociée de la notion de lutte. Prenons, par exemple, l'évolution des espèces, et nous nous trouvons d'emblée face aux idées de sélection, de compétition, c'est-à-dire de lutte. Il y a une lutte permanente entre les différentes espèces avant que soit atteint et maintenu un équilibre écologique. A l'intérieur même d'une espèce, la compétition sexuelle est une lutte pour survivre à travers sa descendance, en transmettant ses propres gènes. L'amour, l'attachement, la solidarité à l'intérieur d'une espèce ou même entre les espèces peuvent être interprétés comme une stratégie utilisée par la vie pour renforcer ses, capacités de lutte. Même si nous prenons l'exemple des aspects les plus élaborés de la vie, c'est-à-dire les sociétés humaines, nous nous apercevons que les premiers théoriciens des changements sociaux ont d'abord découvert l'importance de la lutte des classes.


    Quelle est donc la place de la santé parmi les différents aspects de la lutte pour la vie?


    La santé est un système qui permet une lutte minute par minute, un effort constant d'adaptation à l'environnement. Ce système a un chef d'orchestre. Ignorer le nom et le rôle de ce chef d'orchestre de la santé chez tous les mammifères et en particulier chez les humains, ce serait un peu comme parler des structures politiques, des Etats-Unis sans être au courant de l'existence de la Maison-Blanche. Ce chef d'orchestre appartient aux structures archaïques, primitives du cerveau, à la partie du cerveau qui est ancienne dans l'histoire de la vie. Il s'agit de l'hypothalamus. Son rôle de régulateur de la faim, de la soif et des rythmes sexuels est bien connu depuis plusieurs décennies. Mais sa toute première importance n'est vraiment comprise que depuis quelques années. En fait, l'hypothalamus est en relation étroite avec d'autres structures du cerveau et avec le système nerveux «autonome». C'est pourquoi j'utiliserai le concept moins précis de «cerveau primal». Le «cerveau primal» contrôle les sécrétions d'hormones par les différentes glandes endocrines. Bien plus, le cerveau lui-même peut être considéré comme une glande puisque l'hypothalamus sécrète des hormones et puisque, nous le savons aujourd'hui, les cellules nerveuses communiquent entre elles par des messagers chimiques qui ne sont pas différents des hormones. Aussi toute distinction entre le «cerveau primal» et le système hormonal est aujourd'hui périmée. De même est périmée toute frontière entre le «cerveau primal» et le système par lequel nous préservons en permanence notre individualité à l'échelle microscopique, le système que l'on individualise artificiellement sous le nom de système immunitaire.


    Le mot «santé» désigne la façon dont fonctionne le «système d'adaptation primale» dans son ensemble.

    Certaines situations entraînent un brusque changement de régime au niveau du «système d'adaptation primale». Imaginons l'annonce d'une bonne nouvelle ou la vue d'une arme menaçante. Qu'il s'agisse de joie ou de peur, lorsqu'il y a émotion, il y a toujours une réponse de l'ensemble du «système d'adaptation primale», c'est-à-dire à la fois une réponse au niveau du cerveau, au niveau du système hormonal et au niveau du système immunitaire.


    Les différentes parties de ce système se développent, se règlent, s'ajustent pendant la vie foetale, pendant la période qui entoure la naissance et pendant la prime enfance. A la fin de la prime enfance, le «système d'adaptation primale» a atteint sa maturité. J'appelle «santé primale» les niveaux d'équilibre atteints par ce système à la fin de la prime enfance. En d'autres termes, la «santé primale» se construit pendant toute la période d'étroite dépendance à la mère, d'abord dans l'utérus, puis pendant le processus d'accouchement, et ensuite pendant la période d'allaitement. Tous les événements qui émaillent cette période de dépendance à la mère influencent cet état de santé de base que nous appelons «santé primale». De nombreux détails suggèrent que notre façon de concevoir la santé est radicalement différente de la conception habituelle. D'une façon générale, dans notre société, il n'est pas habituel d'établir des liens entre la période «primale» et la vie d'adulte. Cela ne concerne pas que la santé. Ainsi j'ai lu une longue biographie de Jean-Jacques Rousseau où l'on «oubliait» de signaler qu'il avait perdu sa mère à l'âge de dix jours! Et quand par hasard on essaye d'établir de tels liens, c'est pour s'intéresser avant tout aux fonctions sensorielles. Quels sons perçoit le bébé dans l'utérus? Que voit le nouveau-né? Mais, de toute évidence, l'arrière-pensée concerne le développement des capacités d'apprentissage et non pas la «santé». Il n'est pas encore aisément compris qu'une perception sensorielle au début de la vie peut être une façon de stimuler le «cerveau primal» à une époque où le «système d'adaptation primale» n'a pas atteint sa maturité. Concrètement, cela veut dire, par exemple, que lorsqu'on caresse un bébé humain ou un bébé animal, on stimule aussi son système immunitaire. La connaissance de l'univers, que nous avons par l'intermédiaire des organes des sens prépare à un autre aspect de la lutte pour la vie qui sort du cadre de la «santé».


    L'image mentale que nous associons avec le mot «santé» est une façon de percevoir en quoi la société industrialisée est dangereuse, destructrice de vie. Le concept de «santé primale» devrait faciliter un changement de priorités et permettre la redécouverte des besoins fondamentaux de l'être humain au début de sa vie.


    Notre façon de concevoir le mot santé pourrait avoir d'énormes conséquences pratiques. Le monde est en grande partie gouverné par des mots.

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    Primal Health Research pour plus d'informations
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Informations
    L'auteur

    Michel Odent
    Michel Odent est cet obstétricien français qui, au cours de la décennie 1970, a introduit les accouchements dans l'eau et les chambres de naissance dans un hôpital public. Il fonda ensuite, à Londres, le Primal Health Research Center, dont l'objectif est d'étudier les effets à long terme des premières expériences. Il a récemment développé un programme, «the accordion method» dans le but de limiter les effets de la pollutionn du lait et de la vie intrautérine par les perturbateurs endocriniens. Il est l'auteur d'une cinquantaine d'articles scientifiques et de 10 livres traduits en 20 langues, dont La santé primale et L'amour scientifié.
    Mots-clés
    Système hor,monal, système immunitaire
    Extrait
    Ce n'était pas les chocs électriques qui rendaient les rats malades, mais l'état de soumission dans lequel ils se trouvaient pour les recevoir.
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