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    Dossier: Énergie nucléaire

    Les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl

    Conseil de l'Europe
    Source: Assemblée parlementaire, Conseil de l'Europe
    Extrait du rapport intitulé Quinze ans après Tchernobyl - financement d’une solution durable (Conseil de l'Europe, Assemblée parlementaire, Commission des questions économiques et du développement, doc. 9017, 6 avril 2001). Rapporteur : Lord Ponsonby, Royaume-Uni, Groupe socialiste
    La catastrophe de Tchernobyl survenue en avril 1986, soit sept ans après l’incident de la centrale de Three Mile Island aux Etats-Unis en 1979, allait modifier fondamentalement l’idée que le grand public se faisait jusque-là de la sécurité en matière d’énergie nucléaire. Lorsqu’un cœur de réacteur avait fondu à la centrale de Harrisburg, il y avait eu menace d’une contamination à grande échelle, mais la catastrophe avait été évitée grâce à des systèmes de sécurité prévus à l’intérieur du réacteur. En revanche, à la suite de l’explosion du réacteur n° 4 de Tchernobyl, des tonnes d’uranium et de graphite radioactifs avaient été rejetés dans l’atmosphère, puis s’étaient répandus au-dessus de l’Europe et au-delà – entraînant dans leur sillage mort souffrances et polluant gravement l’environnement. Les mécanismes de sécurité du réacteur avaient gravement dysfonctionné. Une conception déficiente – notamment l’absence de tout dispositif assurant une fonction de confinement pour les réacteurs RBMK de construction soviétique – s’est avérée une erreur qui a entraîné une tragédie sans nom.

    Les autorités soviétiques se sont, de manière générale, montrées incapable de gérer la situation d’urgence: en particulier, elles n’ont pas informé immédiatement les populations locales ou d’autres pays. Le secret n’a été levé que lorsque la radioactivité causée par l’explosion, dérivant à travers l’Europe du nord, a alerté le personnel d’une centrale suédoise. Cela a généré dans l’opinion publique un sentiment général d’insécurité et de méfiance. Les premiers engagements en faveur de la « perestroika » ont été pris quasiment au même moment que survenait la catastrophe de Tchernobyl, ce qui, en soi, allait contribuer considérablement à l’effondrement de l’Union soviétique et de son système politique, quelques années après.

    Avant toute chose, la catastrophe de Tchernobyl a été un drame humain. La vie et la santé d’un grand nombre de gens, voire des générations futures, ont été affectées du fait de l’exposition de ceux-ci aux radiations, y compris par la consommation d’eau et de nourriture contaminées. Les populations du Bélarus, de l’Ukraine et de la Russie ont été les plus touchées, mais des pays plus lointains, tels que la Suède et la France, ont également été contaminés. Trente et une personnes sont mortes peu après l’accident. Quelque 135 000 personnes ont été évacuées au cours des toutes premières semaines qui ont suivi la catastrophe, dans un rayon de 30 km autour de la centrale. Ces personnes ont reçu de très fortes doses de radiations. 270 000 autres personnes ont dû quitter temporairement leurs foyers. Depuis, bon nombre d’entre elle sont revenues dans les zones contaminées et il leur faut des mesures de protection contre le césium radioactif présent dans le sol. Environ 800 000 sauveteurs réquisitionnés dans toute l’Union soviétique ont participé aux interventions d’urgence sur le site et aux opérations ultérieures de nettoyage qui se sont étalées sur des années. Depuis, plus de 4 000 d’entre eux sont morts et environ 70 000 sont handicapés à cause des radiations. Selon l’Organisation mondiale de la santé, il semblerait que les cancers de la thyroïde aient été multipliés par cent dans les régions contaminées dans la décennie qui a suivi l’accident, et qu’ils touchent plus particulièrement les jeunes adultes alors encore enfants à l’époque(…). La courbe d’incidence de la maladie devrait atteindre son point le plus haut en 2005. On signale également une augmentation des cas de malformations congénitales et de fausses-couches. Il faudra des décennies avant que l’on sache exactement quelles conséquences la catastrophe aura eu sur la santé publique à long terme.

    La catastrophe a eu de graves répercussions sur l’agriculture et l’environnement. Même si une partie du sol a été décontaminée, de vastes pans de terre arable devront être laissés en jachère pendant des décennies. Environ 52 000 km² de terres agricoles ont été pollués, pour l’essentiel au Bélarus (qui ne reçoit quasiment pas d’assistance financière), mais aussi en Ukraine et en Russie. Dans un large cercle autour de cette zone, la nourriture est soumise à des contrôles stricts et à des restrictions à la vente. Même dans des pays aussi éloignés que le Royaume-Uni et la Suède, de sévères restrictions, levées depuis, avaient été imposées sur la consommation de viande de mouton, de renne et de poisson. De nombreuses forêts – où l’on exploite le bois, chasse du gibier, ramasse des baies et des champignons, mais aussi où l’on se rend pour travailler ou se détendre – restent un sujet de préoccupation du fait d’un taux de radiation toujours élevé. Les systèmes hydriques doivent être contrôlés en permanence pour veiller à ce que des fuites de dépôts radioactifs ne contaminent pas l’eau potable.

    Les opérations de secours et de nettoyage ont produit de grandes quantité de déchets radioactifs et d’équipement contaminé. Ils sont maintenant stockés dans environ 800 sites, pour la plupart dans un rayon de 30 km autour de Tchernobyl. Les gravas ont été en partie enterrés dans des tranchées, en partie stockés en conteneurs. Cependant, des équipements contaminés sont restés à l’air libre et sont une source persistante de pollution. Il faut contrôler de près tout cela jusqu’à ce que des installations de stockage adéquates aient été mises en place.

    Après l’accident, le réacteur touché de Tchernobyl a été recouvert d’une structure en béton, le « sarcophage », source de nouvelles inquiétudes quant à sa résistance à long terme pour ce qui est des dispersions dans l’air ou les nappes phréatiques, ou en cas d’explosion due à une réaction nucléaire incontrôlée qui se produirait à l’intérieur. De nombreuses fissures, sur environ 10% de la surface, sont apparues, à l’endroit desquelles l’humidité attaque l’armature métallique de soutien. Certaines structures en béton montrent déjà des signes de fatigue et pourraient occasionner des effondrements si la dégradation se poursuit, auquel cas des milliers de tonnes de poussière radioactive se disperseraient dans l’environnement. Bien que les poutres maîtresses qui soutiennent le toit aient été récemment stabilisées, un certain risque subsiste et il est d’autant plus urgent de trouver des solutions techniques appropriées pour éliminer le risque résiduel. Il convient de noter, cependant, que de récentes études menées dans le cadre du Plan de mise en place du Sarcophage (Shelter Implementation Plan) considèrent que cet incident nucléaire critique est fortement improbable.

    Aujourd’hui, quinze ans après, treize réacteurs RBMK du type de celui de Tchernobyl sont encore en activité en Europe centrale et orientale (onze en Fédération de Russie et deux en Lituanie), après la fermeture définitive de la tranche n° 3 de cette centrale, le 15 décembre 2000. L’éclatement de l’Union soviétique et les effets de la « perestroika » et de la « glasnost » à l’intérieur de la Russie ont révélé au monde entier pour la première fois combien le secteur nucléaire était dangereux sur le territoire de l’ex-Union soviétique et dans les pays voisins – la centrale de Tchernobyl constituant un exemple terrifiant de cet état de fait. En Russie et dans les Etats d’Europe de l’Est, peu de centrales (voire aucune) seraient à la hauteur des normes de sécurité nucléaire appliquées dans le reste du monde, en particulier du fait qu’elles ont été renforcées après la fusion de Three Mile Island. Au-delà des préoccupations liées à la question de Tchernobyl, premièrement, tout un ensemble de mesures de sécurité devraient être prises pour renforcer tous les autres réacteurs de type RBMK encore en fonction et deuxièmement, il faudrait que tous ces réacteurs soient à terme fermés et des mesures prises pour en assurer la conservation après leur fermeture dans des conditions de sécurité.

    Le Parlement ukrainien a voté, en 1991, la fermeture définitive de Tchernobyl, mais s’est rendu compte qu’il ne pouvait pas se le permettre sans aide extérieure, l’électricité produite par les réacteurs encore en activité étant estimée vitale pour l’économie du pays. Un deuxième réacteur n’a été fermé qu’après qu’un incendie s’y soit déclaré. Pour aider les Ukrainiens touchés, en 1991, le pays a adopté une loi prévoyant des indemnisations. Quelque trois millions d’Ukrainiens ont, semble-t-il, bénéficié d’indemnisations à divers titres pour une enveloppe totale annuelle représentant un sixième du budget national. C’est là un fardeau lourd à porter pour un pays dont quelque 80% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté. Etant donné la situation économique difficile dans laquelle se trouve l’Ukraine, ce pays dépend à l’évidence de manière critique de l’assistance internationale, même si, comme nous allons le voir, la forme et l’orientation que devraient prendre cette assistance ne sont pas toujours claire.

    Si Tchernobyl a une connotation négative à l’étranger, tel n’est pas le cas en Ukraine. Ailleurs dans le monde, le personnel travaillant dans le secteur énergétique a également lutté pour maintenir en activité des centrales pourtant considérées comme dangereuses ou non rentables, et il en va de même pour bon nombre d’Ukrainiens qui, faisant valoir qu’ils ont besoin de l’énergie produite par la centrale de Tchernobyl pour faire tourner leur industrie et se chauffer pendant les rudes hivers, ont lutté de toutes leurs forces pour garder en activité la centrale pendant une décennie au moins, jusqu’à ce qu’une solution de remplacement soit trouvée. De plus, pour cinquante millions d’Ukrainiens qui, au cours des premières années de leur indépendance, ont eu à souffrir d’une hyper-inflation, Tchernobyl était, en comparaison, un problème plutôt marginal – sauf pour ceux qui ont été directement affectés par la catastrophe, par exemple les habitants de la ville voisine de Pripyat, qui ont été évacués.

    Source

    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    L'auteur

    Conseil de l'Europe
    Documents associés
    Jean Hamann
    Robotique, robot, énergie nucléaire, recherche universitaire, Université Laval
    Simon Charbonneau
    Énergie nucléaire, risque, décroissance, sécurité

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