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    L'Encyclopédie sur la mort



    Tristan et Iseut

     

    « Seigneurs, vous plaît-il d’entendre beau conte d’amour et de mort? C’est de Tristan et d’Iseut la reine. Écoutez comment à grand’joie, à grand deuil, ils s’aimèrent, puis en moururent un même jour, lui par elle, elle par lui» (J. Bédier, Le roman de Tristan et Iseut*, Paris, Édition d’art H. Piazza, 1946, p. 1). C’est ainsi que commence le roman qui renouvelle une légende médiévale d’origine celtique du douzième siècle. En effet, Joseph Bédier a composé ce roman à partir de fragments d’anciens poèmes français, trois mille versets de Thomas et quatre mille cinq cents versets de Béroul, ainsi que de deux poèmes allemands de la plume d’Eilhart von Oberg et de Gottfried de Strasbourg. Ainsi est parvenu jusqu’à nous un chant mythique, récit primordial et fondateur, de la réunion de deux amants dans la mort. Richard Wagner s’est inspiré de cette figure de la Liebestod pour composer son drame lyrique Tristan et Isolde au lendemain de sa séparation d’avec Mathilde Wesendonck. Nietzsche «cherche vainement dans tous les arts une œuvre qui égale Tristan par sa fascination dangereuse, par son épouvantable et douce infinité. Toutes les étrangetés de Léonard de Vinci perdent leur charme lorsqu’on écoute la première mesure de Tristan, cette œuvre est résolument le nec plus ultra de Wagner» («Pourquoi je suis si malin», Ecce homo. Comment on devient ce qu’on est, Paris, Denoël-Gauthier, 1971, p. 54).

    Aux temps anciens, le roi Marc régnait en Cornouailles. Blanchefleur, sa sœur et veuve du roi Rivalen, assassiné par le duc Morgan, enfanta un fils et lui dit: «Triste j’accouche, triste est la première fête que je te fais, à cause de toi, j’ai tristesse à mourir. Et comme ainsi tu es venu sur terre par tristesse, tu auras ton nom Tristan» (p. 3). Aussitôt elle mourut. Le roi Marc prit l’orphelin, âgé de sept ans, à sa cour sans connaître ses origines. Quelques années plus tard, quand il décida d’épouser la femme dont un oiseau lui apporta un cheveu d’or, il envoya Tristan à la recherche de cette inconnue. Tristan ramène sur sa barque vers les terres de Marc la princesse Iseut, qui l’avait guéri deux fois d’une blessure mortelle sur les côtes de l’Irlande. En haute mer, ayant soif, Tristan et Iseut burent, par méprise, le vin herbé préparé par la mère d’Iseut et destiné aux époux quand viendrait la nuit nuptiale. En buvant ce philtre, ils goûtèrent pour la première fois la joie de l’amour. Brangien, la servante, apercevant cette erreur néfaste s’écria: «dans la coupe maudite, vous avez bu l’amour et la mort!» Tristan dit: «Vienne donc la mort!» Et les deux jeunes s’abandonnèrent à leur amour. Ils furent dénoncés au roi Marc, qui condamna son neveu à la mort et livra son épouse à une troupe de lépreux. Tristan réussit à s’évader et à délivrer Iseut. Au bout de trois ans d’une vie âpre et dure, le philtre d’amour cesse d’agir. Par l’entremise de l’ermite Ogrin, Tristan offre au roi de lui rendre sa femme et celui-ci, leur accordant son pardon, reprend Iseut. Les amants se séparent et Tristan, au-delà des mers, épouse «pour son nom et sa beauté» une autre Iseut, Iseut «aux blanches mains» avec qui il vit un amour chaste, car il regrette Iseut, «la blonde». Blessé à mort, une nouvelle fois, il fit appeler auprès de lui la reine Iseut, car elle seule peut le guérir. Poussée par la jalousie, Iseut, sa femme, lui annonce que la reine Iseut s’en vient sur un navire dont la voile est toute noire. Tristan se tourne vers la muraille et dit: «Je ne puis retenir ma vie plus longtemps.» Il répète trois fois: «Iseut, amie!» et, à la quatrième, il rend l’âme. Arrivant trop tard, la reine Iseut se tourne vers l’Orient et prie Dieu. Elle découvre un peu le corps de son ami, s’étend près de lui, lui baise la bouche et la face, et le serre étroitement. «Corps contre corps, bouche contre bouche, elle rend ainsi son âme; elle mourut auprès de lui pour la douleur de son ami» (p. 219).

    Des nombreuses situations, paroles et actions aussi paradoxales que surprenantes jalonnent cette œuvre qui véhicule des conceptions concurrentes de l’amour et des modèles différents de la femme. Il y a lieu de distinguer entre la magie et l’éthique. Le philtre d’amour dispense les amants de la responsabilité d’une passion amoureuse qu’ils n’ont pas explicitement voulue, mais peut-être secrètement désirée. La passion non responsable est fatidique et mène à la rupture et à la mort. On découvre dans ce récit mythique une éthique de la chevalerie, fondée sur l’amour courtois et sur la fidélité à la personne aimée en opposition avec une éthique féodale fondée sur le mariage légal, garanti de l’ordre social, et sur la fidélité à l’institution, orientée vers la procréation et la fécondité. L’amour courtois, chanté par les troubadours, exalte et vénère la femme sans s’en approcher physiquement. Sauf les trois ans de convivialité amoureuse et quelques rencontres furtives par la suite, Tristan vit loin d’Iseut. L’épée, que le roi Marc découvre dans la couche entre les deux amants, est le symbole de la chasteté. Le «fin amour» est porté par le désir sublimé qui se rapproche de l’amour mystique du moine, du cathare et de la béguine pour leur époux divin. L’origine de la légende de Tristan et Iseut se situe dans la période où Cîteaux et Prémontré introduisent la réforme des moines et des clercs ainsi que des laïcs qui vivent autour des monastères. Tout au long du roman, l’amour est associé à la blessure. Tristan est le type même de l’aventurier fort et habile qui réussit des exploits surhumains contre le monstre, le dragon et ses ennemis. Mais en même temps, il est un être vulnérable. Blessé à mort, il cherche et trouve son salut dans la femme qui le soigne et qui le guérit. L’amour est une plaie béante qui mène à la mort. Iseut, la reine blonde, est le modèle de la noble Dame, inaccessible, qui sauve ou qui accompagne dans la mort, tandis qu’Iseut aux mains blanches est le modèle de la femme mariée qui tue. Lire D. de Rougemont, L’amour et l’Occident, Paris, ugf, «10/18», 1982; G. Duby, Dames du XIIe siècle, Paris, Gallimard, «Bibliothèque des histoires», 1993, p. 11-131; M. Tournier, Vol du vampire, Paris, Mercure de France, 1981, p. 25-40.

    Tristan (
    Sens, Yonne, Obsidiane, 2010) de Gérard Cartier (dont on trouve les premières traces dans Le Hasard, publié en 2004 par Obsidiane) «transporte la légende de Tristan à la fin du dernier siècle, au milieu de la crise irlandaise qui secoue alors le Royaume-Uni. Mais seul importe l’amour sauvage et désespéré unissant les amants, qui ne peut se résoudre que dans la mort : Ils veulent subir cette passion qui les blesse /Et que toute leur raison condamne... Le livre interprète librement le récit, restituant l’ambigüité, le tremblement du sens que les anciens manuscrits doivent aux altérations du temps.» (Les Carnets d'Eucharis, revue numérique, bulletin n° 21, avril 2010)
    lescarnetsdeucharis.hautetfort.com/

    Bibliographie

    Béroul, Le Roman de Tristan,

    http://abu.cnam.fr/cgi-bin/go?bertris1

    Tristan et Iseut, Les poèmes français , La saga norroise. Textes originaux  et intégraux présentés, traduits et commentés par Daniel Lacroix et Philippe Walter, Paris, Le  livre de poche, « Lettres gothiques », 1998.

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    www.mml.cam.ac.uk

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2013-01-19
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