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    L'Encyclopédie sur la mort



    Sexe (Genre)

     

    Selon les statistiques*, les hommes se suicident quatre fois plus que les femmes* tandis que celles-ci sont plus nombreuses à faire des tentatives de suicide*. Chez les hommes, le plus grand nombre meurent par pendaison ou par arme à feu* (fusil), tandis que les femmes meurent par des moyens pharmaceutiques. Ces différences entre les sexes dans leur rapport à la mort ne sont pas les mêmes dans toutes les cultures. En effet, dans la tragédie grecque, «du côté des hommes, la mort, à quelques exceptions près […], prend la forme du meurtre […]. Quant aux femmes, s’il arrive qu’elles soient tuées […], bien plus nombreuses sont celles qui recourent au suicide comme à la seule issue dans un malheur extrême: Jocaste* donc, et encore chez Sophocle, Déjanire, Antigone* et Eurydice; Phèdre, mais aussi, chez Euripide, Évadné, et, en arrière-fond d’Hélène, Léda. Enfin, du côté des jeunes filles, le couteau sacrificiel est l’instrument privilégié de la mort et, à la cohorte des épouses suicidées, il faut adjoindre le groupe des vierges sacrifiées, d’Iphigénie* à Polyxène en passant par Makaria et les filles d’Érechthée» (N. Loraux, Façons tragiques de tuer une femme, p. 29). L’homme meurt au champ de bataille sous le glaive ou la lance d’un autre homme; sa mort revêt un caractère public et est célébrée comme un signe de virilité: «[À] Thanatos, incarnation de la mort au masculin, il revient de porter le glaive, emblème du trépas viril» (p. 37). La femme s’inflige la mort sous le coup de la honte, en privé et loin des regards: «En vertu de l’honneur héroïque dont la tragédie aime à se souvenir, la mort d’un homme ne saurait être que celle d’un guerrier, sur le champ de bataille […] et, à la simple annonce de ce trépas, l’épouse dans sa demeure bien close, mourrait en se passant la corde au cou» (p. 32).

    Du point de vue de la mort volontaire, les différences entre les hommes et les femmes reposent sur des facteurs biologiques, sociaux et culturels. Dans une présentation, organisée par Suicide-Action Montréal* dans le cadre de la semaine provinciale de prévention, Jean-François Saucier, psychiatre et professeur à la faculté de médecine de l’université de Montréal, essaie de répondre à la question suivante: «Pourquoi les hommes se suicident-ils plus que les femmes?» La première raison est celle de la violence. Plusieurs études démontrent que les hommes sont plus portés à la violence que les femmes. L’étiologie génétique et l’écologie culturelle interagissent comme facteurs importants de ce clivage entre sexes. La deuxième raison est liée au travail. Le succès social de l’homme dépend, en majeure partie, de sa performance au travail. La crise de la quarantaine associée à un sentiment d’échec* mène à la dépression* et aux pensées suicidaires. Parmi la dernière génération, nombreuses sont les femmes qui font de leur travail une carrière. Cette nouvelle situation sociale est susceptible de diminuer l’écart entre le taux de suicide des hommes et des femmes. Le troisième facteur est la déstabilisation sociofamiliale dans la société occidentale. Les hommes divorcés et veufs se suicident plus souvent que les hommes mariés, tandis que les femmes, dans la majorité des cas, ont la garde des enfants, ce qui constitue, pour la plupart, une protection contre le suicide. Dernier facteur, le progrès social de la femme est ressenti par les hommes comme une perte de leur propre statut, ce qui entraîne chez eux plus de violence et probablement plus de crises* suicidaires. La valorisation du travail par les femmes ainsi que le nouveau statut social auquel elles accèdent sont des facteurs qui pourront influer sur le taux de suicide selon le sexe. Les études ont révélé que les femmes* des nations occidentales avaient plus de troubles de l’alimentation, alors que celles des pays en voie de développement étaient plus menacées par le risque de suicide. Une étude sur 49 nations, fondée sur des données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a révélé que dans les pays économiquement moins avancés le taux de suicide des femmes de 5 à 24 ans était de 75% plus élevé que celui des hommes du même âge.

    Un article récent nous apporte de nouvelles précisions fort révélatrices. André Tremblay observe que «le rapport entre le nombre de suicides masculins et le nombre de suicides féminins s'est accru presque partout. En fait, un seul pays, la Finlande. a vu son rapport de masculinité décroître et encore de très peu. La médiane des rapports de masculinité est passée de 2,70 à 3,59 malgré un contexte de baisse généralisée des taux de suicide, en Europe surtout. En fait, le taux de masculinité semble indifférent à la progression générale des taux de suicide.» L'auteur se demande: «Pourquoi cet écart se creuse-t-il?» Les femmes sont-elles «biologiquement» plus résilientes, plus à même de résister au changement social que les hommes comme l'affirme l'OMS en 2003? On connaît fort bien depuis Durkheim le phénomène de la surmortalité masculine. En fait, à l'exception de la Chine, c'est partout la même chose: les hommes se tuent davantage que les femmes.»

    «Le bureau autralien de la statistique (Australian Bureau of Statistics - ABS) dans une étude s'étendant de 1921 à 1998 montre aussi bien des variations importantes des taux de masculinité au fil des ans que celles des taux de suicide. Il passa de cinq pour un à seulement 1,7 au milieu des années 1960 et remonta ensuite (ABS, 1998). Ce n'est pas le seul pays à avoir connu de telles fluctuations. Pendant les années 1970, nous avons calculé que le rapport de masculinité des taux de suicide a été le plus bas du dernier demi-siècle en Nouvelle-Zélande, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, en Italie, en Irlande, en France, au Danemark, en Belgique, aux États-Unis et au Canada. Il s'est même approché de la parité en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas.»

    Tremblay note par ailleurs que la variation importante des ratios «interdit de recourir à un quelconque déterminisme biologique, une résilience innée des femmes. Quant aux explications fondées sur les responsabilités familiales des femmes, celles du soin des enfants notamment - elles aussi sont empreintes de biologisme - on doit être conscient que le taux de fécondité est pour toutes la durée en chute libre. Or, Durkheim voyait dans la présence des enfants la principale cause du faible taux de suicide des femmes mariées. Et si aujourd'hui le taux de fécondité d'un pays est un solide prédicteur de son taux de suicide, ce n'est pas comme une caractéristique spécifique des femmes qu'on traite.» (A. Tremblay, «Suicide, migration et rapports sociaux de sexe», RS (Recherches sociographiques), XLVIII, 3, 2007, p. 65-96)

    Ce sont surtout les transformations radicales d'ordre économique qui ont profondément secoué le paysage social, qui ont bouleversé les modèles culturels et affecté les rapports au travail et à la famille. Ces changements diversement introduits par les industries et diversement intégrés par les population selon les pays et les régions expliquent, pour une bonne part, la croissance ou la décroissance des taux de suicide, la différence et la tendance vers l'égalité des taux de suicide chez les hommes et chez les femmes.

    © Éric Volant

    Tous droits réservés

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-06-28

    Notes

     

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