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    L'Encyclopédie sur la mort



    Nietzsche Friedrich

     

    MunchFriedrich Nietzsche, né en 1844 à Röcken près de Leipzig en Saxe et décédé à Weimar en 1900. Son père est pasteur luthérien et meurt lorsque le jeune Friedrich a cinq ans. Celui-ci passe son enfance dans un milieu exclusivement féminin composé de sa mère, qui, elle aussi, est issue d’une famille de pasteurs, de ses deux tantes et de sa sœur cadette Élisabeth. Celle-ci jouera un rôle important, mais ambigu, dans l’existence de Nietzsche. Possessive, elle empêchera les amours naissantes de son frère. Elle écrira de lui une biographie qui contient beaucoup de données inexactes et tendancieuses. Elle n’hésita pas à corriger dans Ecce homo les passages qui la concernaient ou la désavouaient. L’édition de La volonté de puissance, qu’elle a publiée après la mort de son frère, n’est pas fidèle à la pensée de l’auteur. En effet, derrière cette œuvre se profilent la figure mesquine et la pensée étroite de Förster, son beau-frère, que Nietzsche détestait à cause de son antisémitisme. Nietzsche reçoit sa formation classique à l’institut collégial de Pforta. Il poursuit ses études de théologie et de philologie à l’université de Bonn, où il devient un disciple passionné de l’helléniste Friedrich Ritschl. Quand, en 1865, celui-ci obtient une chaire à l’université de Leipzig, Nietzsche le suivra en tant qu’étudiant en philologie classique. En 1869, il devient lui-même professeur de philologie à l’université de Bâle en Suisse. Dans cette ville, il fréquente assidûment Richard Wagner et sa femme Cosima, mais rompt bientôt avec le couple, déçu par le retour du maître au christianisme de Schopenhauer*. À cause de ses maux de tête et de ses troubles oculaires, il est contraint de prendre une retraite précoce en 1879. Pendant neuf années consécutives, il passe ses hivers en Italie aux bords de la Méditerranée et ses étés dans les Alpes suisses. Les diverses étapes de sa convalescence furent pour Nietzsche des périodes d’apprentissage laborieux de la volonté de puissance, de pénétrante clarté et d’écriture frénétique. Elles furent aussi ponctuées par sa recherche douloureuse d’amitié et de communication. Peter Gast, musicien allemand, fut un ami inconditionnel jusqu’à la fin à qui il se livra volontiers au cœur de ses crises. Il entretint des échanges épistolaires avec les historiens Jakob Burckhardt et Hippolyte Taine ainsi qu’avec le dramaturge suédois August Strindberg. De Lou Salomé, jeune comtesse éclairée d’origine finlandaise, il désira faire sa confidente, qui communierait à sa pensée, et sa compagne qui partagerait son amour. Non seulement il se brouilla avec elle, mais il perdit également l’amitié de son rival, le docteur Paul Rée, auteur d’un livre sur l’origine des sentiments moraux. Lire à ce sujet, le roman d'Irvin Yalom, Et Nietzsche a pleuré, Galaade, « Le Livre de poche », 2007. Ce livre est l'histoire fictive de la rencontre à Vienne, organisée par Lou Salomé, de Nietzsche avec Dr Josef Breuer, ami et collaborateur de Sigmund Freud* . Appuyé sur des documents authentiques, l'auteur y décrit les migraines de Nietzsche, ses difficultés de vision et ses sentiments de désespoir. Toutes ces malaises physiques et psych iques sont chez Nietzsche sources d'inspiration de sa pensée et de ses oeuvres.

    Un étrange événement survint, le 3 janvier 1889. Sur la piazza Alberto de Turin, Nietzsche se jeta en pleurant au cou d’un cheval de fiacre rossé par son cocher. L’interprétation de ce geste est suggérée par Michel Tournier qui aide à saisir le double drame de la vulnérabilité humaine: le mal humain accompli par le bourreau et le mal humain subi par la victime. Le fouet du cocher frappa «un géant puissant, mais nu et fragile, tout entier au service et à la merci de l’homme». Et le cheval qui «est le plus humain — et même le plus féminin — de tous les animaux en raison de sa croupe qui offre la double qualité […] d’être à la fois énorme et dure. […] Comme on comprend Frédéric Nietzsche […]! L’instant d’après Dionysos s’écroulait, foudroyé par la folie. J’ai vainement demandé à la municipalité de Turin de graver cette histoire dans la pierre du trottoir» (Célébrations, Paris, Mercure de France, 1999, p. 29). En embrassant le cheval, Nietzsche ne manifeste pas seulement son amour des animaux, mais son amour du destin, son libre consentement au bien et au mal qui caractérisent l’humanité. Après cet épisode, son ami Franz Overbeck le ramena d’abord chez lui à Bâle et puis auprès de sa mère à Iéna. À la mort de celle-ci, sa sœur Élisabeth l’accueillit à Weimar, où il mourut. Durant cette période obscure de sa vie, Nietzsche ne parle plus et n’écrit plus. Tout au plus se contente-t-il de jouer du piano, de temps à autre. Ce mutisme est une forme de retrait du monde qui semble manifester une certaine homologie de structure avec le suicide. Et pourtant, si Nietzsche a versé dans une dépression* profonde, son amor fati révèle son amour de la vie qui, bien entendu, recèle la mort, cachée sous son contraire. L’amour nietzschéen du destin est la volonté active et passionnée de l’éternel retour du même (P. de Martelaere, « Friedrich Nietzsche en het déjà-vu-effect. De eeuwige terugkeer van hetzelfde », De Standaard-online, 17 octobre 1999). Le libre vouloir du destin n’est ni l’acceptation passive ni la révolte amère face à la douleur. Aimer le destin, ce n’est pas non plus le vouloir se libérer du mal pour atteindre le salut, mais un consentement enthousiaste à l’inévitable non-sens répétitif de la vie, un oui, plein et entier, au retour sine fine (sans cesse et sans but) de la joie comme de la douleur.

    Aux yeux du philosophe, «le suicide est un droit et un privilège de l’homme». Le crépuscule des idoles, aphorisme 36, offre deux pages émouvantes sur le suicide avec, comme toile de fond, la morale médicale pour fin de vie, comme elle existait au temps de Nietzsche et qui n’est pas encore disparue de l’horizon éthique contemporain. Elles annoncent étrangement la longue maladie de leur auteur, une maladie sans espoir de guérison, une vie dégénérescente, une mort inconsciente et non libre qui est en contradiction flagrante avec son amour du destin. Dans sa lucidité sublime, il écrit: «Le malade est un parasite de la société. Arrivé à un certain état, il est indécent de vivre plus longtemps. […] Mourir fièrement lorsqu’il n’est plus possible de vivre fièrement. La mort choisie librement, la mort en temps voulu, avec lucidité et d’un cœur joyeux, accomplie au milieu d’enfants et de témoins, alors qu’un adieu réel est encore possible, alors que celui qui nous quitte existe encore et qu’il est véritablement capable d’évaluer ce qu’il a voulu, ce qu’il a atteint, de récapituler sa vie. […] Il s’agit ici, en dépit de toutes les lâchetés du préjugé, de rétablir l’appréciation exacte, c’est-à-dire physiologique, de ce qu’on appelle la mort naturelle: cette mort qui, en définitive, n’est point naturelle, mais réellement un suicide. On ne périt jamais par un autre que soi-même. Cependant, la mort dans les conditions les plus méprisables, est une mort qui n’est pas libre, qui ne vient pas en temps voulu, une mort de lâche. Par amour de la vie, on devrait désirer une mort toute différente, une mort libre et consciente, sans hasard et sans surprise» (Paris, Denoël-Gonthier, 1970, p. 103-105) Il y a des liens à établir entre la mort en temps voulu de Nietzsche et la mort opportune de Pohier.

    Dans Kulturkritik et philosophie thérapeutique chez le jeune Nietzsche, Les Presses de l'Université de Montréal, 2012, Martine Béland retrace les formes de la Kulturkritik en la rattachant aux premiers écrits de Nietzsche, alors professeur à l'université de Bâle, entre 1869 et 1876. Selon Nietzsche, « le philosophe est un médecin qui lutte contre la maladie de la civilisation, en s'en prenant à la fois aux causes et aux manifestations du mal. Cette entreprise l'amène à critiquer les postures caractéristiques du moderne : l'optimisme théorique, le relativisme historique, l'esthétique de l'imitation, la dignité accordée au travail » (o.c., p. 7).

    En ce qui concerne le sentiment d'éternité, Nietzsche a des pages superbes dans Ainsi parlait Zarathoustra. Lire à ce sujet dans la présente encyclopédie l'article Éternité*.

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    Nietzsche par Edvard Munch*
    faculty.umb.edu

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-11-19
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