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    L'Encyclopédie sur la mort


    Après une visite au cimetière

    Irvin Yalom

    « Friedrich Nietzsche et Josef Breuer ne se sont jamais rencontrés. Et, bien entendu, la psychothérapie n'est pas née de leur rencontre. Néanmoins, les personnages principaux du roman ont existé, et leurs éléments essentiels (le désarroi moral de Breuer, le désespoir de Nietzsche, Anna O., Lou Salomé, la relation entre Breuer et Freud*, l'embryon de la psychothérapie) étaient tous historiquement présents en 1882 » (« Notes de l'auteur », p. 495). C'est l'année où Irvin Yalom situe le séjour de Nietzsche à Vienne invité par Dr Breuer sur la recommandation de Lou Salomé. Les deux hommes tentent de se libérer de leurs obsessions ou fantasmes grâce à de longues conversations profondes et denses, tantôt conflictuelles, tantôt amicales. À noter que Nietzsche a perdu son père très jeune, Breuer sa mère.
    Pour les deux hommes, cette visite du cimetière avait rouvert de vieilles blessures d'enfance dont, chemin faisant, ils se souvinrent peu à peu. Nietzsche, par exemple, raconta un rêve qu'il avait fait à l'âge de six ans, soit un an après la mort de son père.

    « Il est gravé en moi comme s'il remontait à la nuit dernière. Une tombe s'ouvrait et mon père, vêtu d'un linceul, se levait, entrait dans une église et en revenait en portant un garçonnet dans les bras. Il repartait dans la tombe avec l'enfant. La terre les recouvrait, et la tombe se refermait.

    Le plus terrible, c'est que quelque temps après avoir fait ce rêve, mon frère cadet est tombé malade et a fini par mourir de convulsion.

    - Mais c'est épouvantable! s'exclama Breuer. Comment comprenez-vous ce rêve prémonitoire?

    - Je suis incapable de le comprendre. Pendant longtemps, le surnaturel m'a terrorisé et je faisais mes prières le plus sérieusement du monde. Néanmoins, depuis quelques années je me dis que ce rêve n'avait rien à voir avec mon frère, qu'au contraire mon père revenait pour moi, et que ce rêve ne faisait qu'exprimer ma peur de mourir ».

    À l'aise l'un avec l'autre comme ils ne l'avaient jamais encore été, les deux hommes poursuivirent leur évocation du passé. Breuer raconta à son tour un rêve où il était question d'un accident dans la maison de son enfance : son pète regardait le spectacle, impuissant, et se contentait de prier et d'agiter son buste d'avant en arrière, vêtu de son châle de prière. Nietzsche lui décrivit un cauchemar dans lequel il entrait dans sa chambre pour y découvrir, allongé sur son lit, un vieil homme agonisant de la gorge duquel émanait le râle de la mort.

    « Vous et moi avons rencontré la mort très tôt, dit Breuer d'un air songeur, et vous comme moi avons souffert d'une disparition terrible très tôt également. En ce qui me concerne, je crois ne m'en être jamais vraiment remis. Mais vous? Comment avez-vous supporté de ne pas avoir un père pour vous protéger?

    - Me protéger ou m'opprimer? Était-ce vraiment une perte? Rien n'est mois sûr. Si jamais ce fut une perte pour l'enfany, en tout cas ce ne le fut pas pour l'homme.

    Source:

    Irvin Yalom, Et Nietzsche a pleuré, Paris, Galaad, « Livre de poche », 2007, p. 391 - 392.
    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:-1-11-30
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