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    L'Encyclopédie sur la mort



    Flaubert Gustave

     

    FlaubertNé le 13 décembre 1821 et décédé le 8 mai 1880, l’auteur de L’éducation sentimentale (1869) a également laissé comme héritage à l’humanité Madame Bovary (1857). «La Bovary», comme il l’appela familièrement entre intimes, est un fruit mûr âprement gagné dans une lutte avec les mots qui a rempli cinq années intenses de sa vie. À sa première publication, l’œuvre provoqua un scandale. Un procès fut intenté par le ministère public contre l’auteur et ses éditeurs (G. Flaubert, Œuvres, i, Paris, Gallimard, «La Pléiade», 1951, p. 615-683). Dans son réquisitoire, l’avocat impérial Ernest Pinard exhiba les grands tableaux de cette œuvre romanesque afin d’y discerner «le double délit d’offense à la morale publique et à la religion» (p. 650). Au nom de «la morale chrétienne, qui est le fond des civilisations modernes», l’adultère doit être «stigmatisé et condamné» comme un crime contre la famille. À noter, pour l’étude des mœurs dans la France du dix-neuvième siècle, que le suicide est moins sévèrement critiqué que l’adultère. Le suicide d’Emma Bovary doit être réprouvé «non pas parce que c’est une folie, le fou n’est pas responsable; non parce que c’est une lâcheté, il demande quelques fois un certain courage physique, mais parce qu’il est le mépris du devoir dans la vie qui s’achève, et le cri de l’incrédulité dans la vie qui commence» (p. 633). Le suicide est donc considéré comme un manque de respect à l’égard de la vie présente et un manque de foi dans la vie future. La plaidoirie du défenseur Me Sénard ressemble à une analyse détaillée de tout le livre qui «est excellent dans son ensemble et [dont] les détails sont irréprochables» (p. 680). La mort volontaire y est dépeinte comme une «œuvre d’expiation» qui «pousse» et «excite» le lecteur «à la vertu» (p. 680). Le juge estime que Flaubert «eut le tort seulement de perdre parfois de vue les règles que tout écrivain qui se respecte ne doit jamais franchir». Il acquitte l’auteur et ses éditeurs «de la prévention portée contre eux et les renvoie sans dépens» (p. 683).

    Dans ce roman, Flaubert raconte, dans un style détendu, mais méticuleusement travaillé, l’histoire banale d’un adultère en province. Emma Bovary se nommait dans la vie réelle Delphine Couturier dont un amant éconduit se tua par balle. Emma montre certaines ressemblances avec Louise Colet avec qui Flaubert eut une relation agitée. Et Flaubert eut raison lorsqu’il répondit à ceux qui l’interrogèrent sur l’identité de son héroïne: «Madame Bovary, c’est moi» (R. Dumesnil, «Introduction» dans G. Flaubert, Œuvres, i, 1936, p. 271). En effet, c’est lui le créateur du personnage d’Emma, c’est lui qui dépeint les amours et les tourments de cette jeune femme dont les aspirations sont étouffées par les mesquineries d’un milieu médiocre. Son génie a su donner à la figure d’Emma une grandeur classique, capable d’émouvoir les hommes et les femmes de toute époque. Madame Bovary, c’est Flaubert, car lui-même a été envoûté par le personnage d’Emma. En effet, il confia à Hippolyte Taine: «Quand j’écrivais l’empoisonnement d’Emma Bovary, j’avais le goût d’arsenic dans la bouche» (Œuvres, p. 278). «Emma Bovary a pris place parmi les types littéraires célèbres et donné son nom à un comportement moral, le “bovarisme” défini par Jules de Gaultier comme insatisfaction romanesque, “pouvoir qu’a l’homme de se concevoir autre qu’il n’est”» (H. Mitterand, Dictionnaire des grandes œuvres de la littérature française, p. 382). Peut-on associer ce style «bovariste» de vie à la mélancolie* comme Flaubert la définit dans son projet de Dictionnaire des idées reçues: «signe de distinction du cœur et d’élévation de l’esprit» et dont il donne une description dans Madame Bovary: «Quand sa mère mourut, elle [Emma] pleura beaucoup les premiers jours. […] Elle fut intérieurement satisfaite de se sentir arrivée du premier coup à ce rare idéal des existences pâles, où ne parviennent jamais les cœurs médiocres» (citations juxtaposées par R. Dumesnil, «Introduction», p. 274)? Si Emma pouvait parler, par la bouche de son créateur, elle accepterait peut-être chez elle l’existence d’une tendance à la mélancolie, mais elle refuserait de se dire «bovariste» et nous révélerait les traits d’un cœur magnanime qui font apparemment défaut à une «bovariste». Il est à noter que Flaubert connut fort bien la propension de sa propre mère pour la mélancolie.

    Dans Bouvard et Pécuchet, les deux amis du même nom se promènent dans les champs et découvrent, sur des cailloux, entre des ronces, la charogne d’un chien. Bouvard plisse le front et des larmes mouillent ses yeux. Pécuchet dit stoïquement: «Nous serons un jour comme ça!» L’idée de la mort les avait saisis. Ils en causèrent en revenant. En récapitulant leurs besoins inassouvis, ils examinent la question du suicide. «Où est le mal de rejeter un fardeau qui vous écrase? et de commettre une action ne nuisant à personne? Si elle offensait Dieu, aurions-nous ce pouvoir? Ce n’est point une lâcheté, bien qu’on dise, et l’insolence est belle de bafouer, même à son détriment, ce que les hommes estiment le plus» (Œuvres, II, p. 917). Outre les raisons habituelles en faveur du suicide, Flaubert met dans la bouche des deux personnages une attitude de subversion à l’égard de l’idée reçue selon laquelle la vie est estimable et vaut la peine d’être vécue. Les deux compères préparent leur suicide et montent dans le grenier deux câbles de gymnastique pour se pendre. Et, à la veille de Noël, enfin décidés de passer à l’acte, ils se rendirent soudainement compte qu’ils n’avaient pas fait de testament. Ils se mirent à la lucarne pour respirer et aperçurent les lanternes des bergers qui allaient à la messe de minuit. Poussés par la curiosité, ils les suivirent. L’ambiance festive et chaleureuse, qui régna dans l’église, apporta l’apaisement de leurs pensées orageuses. Thierry Hentsch estime «pitoyable» le prétexte testamentaire, puisqu’ils n’ont pas d’héritiers et rien à léguer. Rien à transmettre. Ce néant, l’absence de tout testament possible, est précisément ce qui les empêche de mourir, comme s’ils ne pouvaient se donner la mort, la mériter en somme, qu’en laissant quelque chose derrière eux. Et que peut-on laisser derrière soi, quand on ne tient à rien…» (Le temps aboli. L’Occident et ses grands récits, Montréal et Paris, Presses de l’université de Montréal et Bréal, 2005, p. 264).

    Relation de Flaubert à sa mère
    Bien qu'ayant eu une enfance sans joie, Flaubert voue à sa mère une réelle affection, et ce avec la plus grande familiarité de langage qu'on puisse imaginer. C'est lors de long voyage en Orient avec l'ami Maxime Du Camp, en Égypte* plus particulièrement, entre 1849 et 1851, que le jeune Gustave écrit le plus fréquemment à Anne Justine Flaubert, née Fleuriot. [...] Le lien entre le fils et la mère restera très étroit, et Flaubert accompagnera, pendant la guerre* de 1870 qui voit une partie de la France occupée, sa mère à Rouen où ils passeront ensemble deux années. La mort d'Anne Justine, en avril 1872, l'affectera très profondément. «Le souvenir de «ma pauvre mère» ne me quitte pas. Il flotte autour de moi comme une vapeur et m'enveloppe», écrit-il à sa nièce Caroline quelques jours après la disparition de la moins tendre mais de la plus importante femme de sa vie.» (Olivier et Patrick Poivre d'Arvor, «À toi, ma mère. Correspondances intimes. Choix des textes, Points, 2010, p. 23-24))

     

     

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-12
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