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    L'Encyclopédie sur la mort



    Exclusion

     

    Il y a une grande hétérogénéité de populations exclues et beaucoup de diversité dans les trajectoires qui mènent à l’exclusion sociale (E. Volant, «Le chômage d’exclusion. Interrogations éthiques sur fond religieux», Religiologiques, no 13, 1996, p. 125-141). Les risques d’exclusion peuvent être d’origine physique: le handicap, la race, la maladie ou la vieillesse; d’ordre géographique: le ghetto, la prison*, l’hôpital psychiatrique. Ils peuvent être d’ordre économique: les chômeurs, les assistés sociaux, les familles monoparentales incapables de subvenir à leurs besoins, les gens qui sont en situation de pauvreté de génération en génération, les personnes sans domicile fixe, les mal logés, les vieillards*; d’ordre psychosocial: les enfants perturbés, les isolés, les toxicomanes; d’ordre culturel: les analphabètes, les premières nations, les minorités visibles ou culturelles; d’ordre symbolique: les jeunes*, les motards, les membres du crime organisé et tous les autres groupes cités qui, ayant leur propre échelle de valeurs, leur propre éthique et leur propre réseau de socialisation, s’opposent aux modèles sociaux de la culture dominante. Cette diversité nous empêche de considérer ou de traiter les exclus, réels ou potentiels, comme une catégorie homogène et comme une population candidate au suicide. Il est plus approprié de faire des distinctions entre des personnes ou des groupes. 1. Ceux qui sont touchés par un facteur spécifique d’exclusion dans un domaine particulier, par exemple, celui de l’école (abandon), de l’économie (chômage*), de la santé (accident de travail, handicap, maladie mentale*), de la justice (crime ou délit) et de la culture (ghetto, analphabétisme). 2. Ceux qui sont victimes d’un cumul de facteurs d’exclusion. 3. Ceux qui ne sont pas encore exclus dans le vrai sens du terme, mais qui risquent l’exclusion si leur situation ne s’améliore pas. C’est le deuxième groupe qui est le plus vulnérable à la crise* suicidaire à cause d’une trop grande concentration de caractéristiques d’excommunication. Tout se passe comme si une société pouvait tolérer l’accroc à la soi-disant «normalité» sur un point, mais était incapable de supporter la présence simultanée de plusieurs incapacités sociales. L’exclusion est la négation de l’autre, le verdict de sa non-existence ou de son non-être, c’est l’équivalent de l’enfer (J. Le Goff, «Marginalité, exclusion et société globale», dans B. Vincent, Les marginaux et les exclus dans l’histoire, Paris, uge, 1979, p. 136). Lorsque la société considère ou traite certains de ses membres comme étant «de trop», elle démontre son incapacité d’intégration et expose ou condamne à la mort volontaire ceux qui échappent entièrement à ses critères habituels de référence. Le suicide devient alors une stratégie de sanction, de mise à mort et de meurtre sacrificiel, accompli par la société, selon le célèbre mot d’Artaud* au sujet de Van Gogh*: «le suicidé de la société». Avant de poser son geste fatal, le suicidé n’existe déjà plus, il n’y a plus de place pour lui dans la société. Le suicide est la simple confirmation d’un non-lieu, d’un fait accompli. La prévention* du suicide parmi cette catégorie de personnes à exclusion multiple ne peut pas se faire sans une concertation de nombreux intervenants ni sans des réformes sociales radicales. Des interventions d’ordre psychologique, psychiatrique ou psychothérapeutique sont nettement inadéquates pour aider ce genre d’exclus. En effet, des individus ou des groupes constituan t une menace pour la communauté parce qu’ estimés impurs ou déclarés out of order et rejetés en dehors de l’ordre social devront disposer de mécanismes pour devenir eux-mêmes les acteurs sociaux de leur propre destin, capables de lutter pour donner une direction particulière à l’histoire dans une collectivité concrète pour préserver leur propre existence (A. Touraine, La voix et le regard, Paris, Seuil, 1978, p. 103-104). Seulement à ce prix, à payer par eux-mêmes et par la société, ils pourront échapper à la mort physique ou à la dégradation morale.

     

    Denis Langlois (Les dossiers noirs du suicide, Paris, Seuils, «Combats», 1970, p. 73-74) décrit le destin de Maurice Guerrau, marié et père d’une fille de 14 ans, habitant la cité Lucien-Fauvel aux Mureaux dans les Yvelines. Il exerçait depuis plus de vingt ans la profession de dessinateur industriel, lorsqu’il fut remercié de ses services à 50 ans. Il se sentit encore jeune et se mit en quête de travail*, mais sans succès. Il erra pendant deux jours, seul dans Paris, en cherchant désespérément à comprendre pourquoi à cinquante ans personne ne voulait plus de lui. Le 23 novembre 1970, il se tua à l’aide d’une carabine dans les toilettes de la gare Saint-Lazare. En deuil d’un statut, qui l’aurait intégré à la société et auquel il aurait pu s’identifier en tant que homme et citoyen, il refusa de mener une vie inutile à ses yeux.

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-12

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