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    Amok (La course à l')

    Amok est une forme de folie furieuse observée chez les Malais avec tendance à l'homicide aveugle et à l'autodestruction. Le terme Amok désigne également la personne atteinte de cette fureur obsessionnelle. Par extension, le terme désigne un forcené et une maladie mentale* (troubles psychiques) dont le symptôme est la grande propension du sujet à injurier ceux qui l'entourent.

    Le comportement de l'amok a été décrit par Stefan Zweig* dans sa nouvelle Amok (Der Amokläufer). Un jeune médecin raconte comment, dans la jungle malaise, sa vie a basculé en quelques instants, quand une jeune femme jusque là inconnue a déchaîné en lui l'amour et la folie.

    L'amok est également a été évoqué dans le roman d'anticipation de John Brunner, Stand on Zanzibar (1968). L'auteur essaie de représenter le monde en 2010, dans une optique sociologique. La population vit alors sous la menace constante d'une crise d'Amok chez l'un de ses contemporains, appelé Amocheur. Les Amocheurs, souvent crées par la pression sociale, deviennent pris d'une folie furieuse qui les conduit à s'attaquer à leur entourage tout en les dotant d'une force physique surhumaine. L'un des héros du roman, agent secret américain, est amené a rencontrer un Amocheur, sur l'île indonésienne imaginaire du Yatakang. (Traduction française: Tous à Zanzibar, LGF - Livre de Poche,1995)

    En termes très suggestifs, une description anthropologique de l'amok nous est proposée par Peter Sloterdijk lorsqu'il essaie de saisir la furie meurtrière qui se manifeste dans la société contemporaine comme un phénomène extatique semblable à celui des sociétés guerrières de l'Antiquité:

    « Dans notre espace traditionnel, le modèle en est fourni par la colère d'Achille chantée par Homère*, celle que les milieux guerriers de l'ancienne Europe invoquèrent des millénaires durant comme source «numineuse» de leur métier distingué et cruel. Il ne fait aucun doute que la colère héroïque se situe dans la même lignée que les manifestations de l'ivresse au combat dont témoignent de nombreuses cultures - ivresse comparable, quant à elle, aux extases prophétiques. Du point de vue physiologique, on peut discerner dans les épisodes de la fureur héroïque le résultat d'une identification entre le combattant et les énergies motrices qui le submergent. Il s'inscrit dans l'éventail des enthousiasmes des guerriers, parmi lesquels on compte le fameux symbole de la course à l'Amok des peuples malaisiens (repris avec avidité par la culture de masse occidentale et instrumentalisée, dans la perspective de la psychologie ethnique, comme un exemple de sauvagerie venue de l'intérieur), ou encore le ravissement extatique des guerriers védiques et l'ardeur qui va jusqu'au plaisir de périr. Dans presque tous les cas, la fureur prend avec une quasi-nécessité, du point de vue de celui qui la porte, la forme d'une obsession insufflée depuis en haut dans laquelle l'énergie combative des agents est intégralement absorbée, et qui lui fait apparaître la lutte comme une mission à remplir. Figure originelle de l'expérience endogène de la révélation, la fureur fournit en quelque sorte la religion* naturelle des excités » (La folie de Dieu. Du combat des trois monothéismes. Traduit de l'allemand par Olivier Mannoni, Paris, Libella- Maren Sell, 2008, p. 16).

    Sloterdijk a sans doute tort s'il associe, d'une manière généralisée, l'origine de l'amok aux religions monothéismes. Cependant le militantisme fanatique que l'on a pu observer dans le christianisme, le judaïsme et l'islamisme au cours de l'histoire et aujourd'hui encore dans des États dits chrétiens juifs ou musulmans, comme dans des discours des chefs d'État, manifestent des ressemblances avec la course à l'amok. La folie furieuse, l'irrationalité et la paranoïa qui ont accompagné la déclaration de la guerre* contre l'Irak et qui se sont poursuivies durant les opérations ainsi que dans la guerre en Afghanistan démontrent que la course à l''amok n'est pas uniquement une maladie mentale individuelle, genre Marc Lépine (Canada), Jeff Weiss (États-Unis), Robert Steinhauser (Allemagne), Robert Dunn (France) ou Friedrich Leibacher (Suisse) parmi d'autres. Elle est aussi un phénomène social extrêmement menaçant, si des gouvernants en sont des instigateurs au nom de l'amour de la patrie ou de la foi et en vertu d'une «légitime défense» après l'événement spectaculaire du World Trade Center à New Yotk 2010 est l'année anticipée par le roman fiction de Brunner pour l'avènement d'une crise mondiale d'amok. Puisse-t-il avoir tort!

    Sénèque*, lorsqu'il décrit la colère, semble parler en terme de l'amok. Ainsi, écrit-il que la colère est une «passion», de toutes «la plus hideuse», «la plus effrénée». La colère « est toute agitation, elle est toute à l'impétuosité de son ressentiment, ivre de guerre, de sang, de supplices, transportées de fureurs humaines, sans souci d'elle-même, pourvu qu'elle nuise à d'autres, s'élançant au milieu des glaives, et avide de vengeances qui, à leur suite, entraînent un vengeur. Aussi, quelques sages ont-ils défini la colère une sorte de folie. Car non moins impuissante à se maîtriser, elle oublie toute bienséance, méconnaît toute affection; elle est opinâtre et acharnée à ce qu'elle poursuit, sourde aux conseils de la raison, s'emportant contre des fantômes, inhabile à reconnaître le juste et le vrai, semblable en tout à ces ruines qui se brisent sur ce qu'elles écrasent » (De la colère», Livre premier, I, dans Traités de Sénèque, Paris, France-Loisirs, 1994, p. 31).

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-10
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