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    L'Encyclopédie sur la mort


    Tous les hommes sont mortels

    Simone Beauvoir

    Tous les hommes sont mortels est un roman de Simone de Beauvoir publié le 17 décembre 1946 aux éditions Gallimard. Par cet ouvrage Simone de Beauvoir propose que le vrai sens de la vie n'est défini que par la mort qui la clôture et démontre le paradoxe d'une quête de la vie éternelle qui au final ôterait l'humanité de l'être concerné et ne lui apporterait que le cynisme que ferait naître la perte successive des personnes aimées. (Tous les hommes sont mortels [Simone de Beauvoir], résumé) - ulike.net)

    Si l'on nous offrait l'immortalité sur la terre qui est-ce qui accepterait ce triste présent?, demande Jean-Jacques Rousseau* dans l'Émile. Ce livre est l'histoire d'un homme qui a accepté. (page 4 de la couverture de Simone de Beauvoir, Tous les hommes sont mortels, Paris, Gallimard, «Folio», 1990)
    En 1311 Raymond Fosca devient prince de Carmona, cité ducale d'Italie. Il ambitionne ardemment, pour sa petite principauté, Bonheur el Gloire - mais comprend vite que limités dans le temps et l'espace, les moyens de son action déforment, voire anéantissent les fins par lui visées. Pour maîtriser le destin de Carmona il faut, de proche en proche, dominer l'Italie entière, et pour cela, diriger la vaste Chrétienté, c'est-à-dire élargir sa prise à la totalité du monde connu. Alors son action retrouvera sens et portée. Ambition démesurée pour un homme mortel, mais pour un immortel? Quand donc l'occasion lui est offerte de de boire l'élixir d'immortalité, c'est-à-dire d'échapper aux bornes mesquines et frustrantes de la condition humaine, Fosca n'hésite qu'à peine: «Je pensai: "Que de choses je pourrai faire! "».

    Le roman est l'histoire de sa lente mais inexorable désillusion. Car, le lecteur en prend progressivement conscience avec Fosca, il y a illusion tragique à croire qu'une existence humaine aurait tout à gagner en acquérant la dimension d'immortalité.

    Fosca se jette dans la réalisation de ses amours comme de ses projets politiques: avec enthousiasme. Il travaille à la grandeur de Camona, mais il ne réussit qu'à favoriser les entreprises du roi de France. Délaissant l'Italie envahie et déchue, il entre au service des Habsbourg, devient l'éminence grise de Charles Quint. L'Ancien monde cependant ne lui suffit bientôt plus et à la fin du XVi' siècie il traverse l'Océan et découvre en Amérique des terres nouvelles en compagnie du Malouin Pierre Carlier. Revenu en France deux siècles plus tard, il fréquente les milieux éclairés près des Encyclopédistes. En 1830, en 1848, il participe aux Révolutions parisiennes.

    Mais l'indifférence l'accable; dérisoire, puisque toujours relatif: le sens de tout acte se dilue sous son regard immortel, l'ambition, l'espoir ne signifient plus rien, ses amours successives se confondent, ses amitiés meurent faute de la complicité vivante et unique qui leur donnerait un contenu. En perdant ses limites temporelles, son existence a perdu son humanité : l'immortalité qui paraissait un tel privilège se révèle une malédiction. Elle a rejeté à jamais Fosca hors de la condition humaine.

    «Son regard dévaste l'univers : c'est le regard de Dieu, tel que je le refusai à quinze ans, le regard de celui qui nivelle et transcende tout, qui sait tout, peut tout et change l'homme en ver de terre. L 'immortalité de Fosca équivaut à une damnation pure et simple: aussi étrangère en définitive au monde humain qui l'entoure qu'un météorite chu des espaces sidéraux, elle est condamnée à ne jamais saisir la vérité de ce monde fini : l'absolu de toute conscience éphémère. A travers cette rêverie sur une immortalité hors d'atteinte, ce qui est également mis en cause c'est le mythe de l'Humanité enfin une et réalisée légué par Hegel au marxisme.»
    (S. de Beauvoir, Tous les hommes sont mortels, 1990, p. 7-8 avant le «Prologue»)

    EXTRAITS

    [après avoir frappé mortellement Tancrède]

    - Vous êtes blessé, Monseigneur, me dit un garde
    - Ce n'est rien.
    Je me relevai et glissai ma main sous ma chemise. Je la retirai pleine de sang. Je regardai ce sang et je me mis à rire. Je m'approchai de la fenêtre et respirai profondément. L'air entrait dans mes poumons et gonflait ma poitrine. Le moine poursuivit sa prêche et la foule des condamnés à mort l'écoutait en silence; ma femme était morte, et mon fils et mes petits-enfants, tous mes compagnons étaient morts. Moi je vivais et je n'avais plus de semblable. Le passé était tombé de moi; plus rien ne m'enchaînait: ni souvenir, ni amour, ni devoir; j'étais sans loi, j'étais mon maître, et je pouvais disposer à mon gré des pauvres vies humaines, toutes vouées à la mort. Sous le ciel sans visage je me dressais vivant et libre, à jamais seul. (op. cit, , p. 162)

    Allais-je me lever et continuer à vivre? Catherine était morte. et Antoine, Béatrice, Carlier, tous ceux que j'avais aimés étaient morts, et j'avais continué à vivre; j'étais là, le même depuis des siècles; mon coeur pouvait battre un moment de pitié, de révolte, de détresse; mais j'oubliais. J'enfonçai les doigts dans la terre, je dis avec désespoir: «Je ne veux pas». Un homme mortel aurait pu refuser de poursuivre sa route, il aurait pu éterniser cette révolte: il pouvait se tuer. Mais moi j'étais esclave de la vie qui me tirait en avant vers l'indifférence et l'oubli. Il était vain de résister. Je me levai et je pris lentement le chemin de la maison.» (o. c., p. 438)

    Je marchai vers la porte; je ne pouvais pas risquer ma vie, je ne pouvais pas leur sourire, il n'y avait jamais de larmes dans mes yeux ni de flamme dans mon coeur. Un homme de nulle part, sans passé, sans avenir, sans présent. Je ne voulais rien; je n"étais personne. J'avançais pas après pas vers l'horizon qui reculait à chaque pas ; les gouttes d'eaux jaillissaient, retombaient, l'instant détruisait l'instant, mes mains étaient à jamais vides. Un étranger, un mort. Moi, je n'étais pas des leurs. Je n'avais rien à espérer, Je franchis la porte. (op. cit., p. 520)

    Adaptation théâtrale

    Tous les hommes sont mortels
    est aussi une pièce de théâtre de Simone de Beauvoir, montée par Alexandra Dadier.

    En 1311, le comte Fosca choisit de croire dans les vertus d’un élixir d’immortalité. Un avenir radieux s’offre à lui. Les rêves les plus fous deviennent possibles. Quelques siècles plus tard, une comédienne en devenir, Régine, est aux portes de la gloire. Elle croise dans un hôtel, à l’occasion d’une tournée, un personnage étrange. Il n’a besoin de rien, ne mange pas, ne dort pas, et semble avoir trouvé un remède contre l’ennui. Régine découvre son nom : Raymond Fosca. Elle parvient à le faire revenir à la vie, sa récompense est grande : il lui dévoile son immortalité. Etre aimée d’un immortel, n’est-ce être soi-même éternelle dans son souvenir ? Sans doute, mais si Fosca a une bonne mémoire, parfois il oublie. C’est une malédiction.

    Les personnages de la pièce


    Régine

    Femme de son temps, le 20ème siècle, elle est la femme moderne par excellence : pleine de vie, libre, ambitieuse, indépendante… Elle veut tout simplement être célèbre et reconnue pour son talent. Elle est actrice. Un jour, son regard se pose sur Fosca. Elle sent l’être exceptionnel. Elle n’a de cesse de se faire remarquer par lui et se faire aimer. Etre aimée par un immortel, une situation peu commune qui permet bien des espoirs : être immortelle dans un souvenir éternel. Un rêve digne de Régine. Mais Fosca sait aussi oublier.

    Raymond Fosca

    Né en Italie à Carmona, ville dont il est le prince, il accède à l’immortalité en 1311. Homme d’action, il consacre plusieurs siècles à changer le monde pour faire le bonheur des hommes. Il comprend au 16ème siècle que les hommes ne cherchent pas tant le bonheur que la liberté d’agir selon leur conscience. Sa vie devient alors une succession de périodes de sommeil et de brèves périodes actives où l’amour le maintient à la vie. Le 20ème siècle est pour lui un long sommeil, jusqu’à ce que Régine ne le sorte de lui-même. Une fois encore, il croit à la vie. Pour combien de temps ?

    Bartholoméo
    Mendiant à Carmona, il refuse de quitter la ville. Il est arrêté et condamné à mort. Il demande à voir le comte Fosca. Il sait un secret qui peut intéresser le prince. Le secret de l’immortalité.

    Charles Quint
    Elevé par Fosca, mis sur le trône impérial par Fosca, Charles Quint considère l’immortalité de son conseiller comme une marque divine. Les deux hommes partagent un rêve commun : le bonheur des hommes. Ils partageront la même désillusion.

    Bompard
    Au siècle des Lumières, ayant blessé son honneur dans un siècle où la réputation et la vie se valent, Bompard voit la preuve de sa faute tomber entre les mains de Fosca. Fosca l’oblige à être son domestique, son souffre-douleur et le témoin de son cynisme. Un jour, Fosca ayant trouvé l’amour, Bompard doit quitter son maître. Sentant la faiblesse Fosca, il entrevoit la vengeance.

    Roger
    Amant de Régine, il est le spectateur de son idylle avec Fosca. Il voit le danger que représente Fosca pour Régine. Mais peut-on lutter avec un immortel ?

    Tous les hommes sont mortels (déchargeurs) - Théâtre On Line

    Bibliographie

    SIMONE DE BEAUVOIR, LA NARRATION EN QUESTION
    Yasue Ikazaki
    Approches littéraires
    LITTÉRATURE ETUDES LITTÉRAIRES, CRITIQUES

    Les qualités intrinsèques de l'écriture de Simone de Beauvoir sont restées largement méconnues. Par une approche narratologique, Yasue Ikazaki propose une relecture de l'ensemble des récits de cet auteur (fictions et autobiographie), comprenant les publications posthumes (Lettres à Sartre, Lettres à Nelson Algren, Journal de guerre) et les inédits (Malentendu à Moscou, les chapitres initiaux de L'Invitée).
    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:-1-11-30

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