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    L'Encyclopédie sur la mort


    Antoine pleure la mort de César

    William Shakespeare

    En deuil de César «mon coeur est dans le cercueil avec César», Antoine, devant ses concitoyens, ne veut pas contredire Brutus qu'il présente comme un «homme honorable», mais il n'est d'accord avec lui lorsqu'il dit que César était ambitieux. Antoine exhibe le manteau de César, traversé par le poignard de Cassius et de Brutus afin d'attirer les larmes de la pitié populaire sur César dont le corps lui-même est déchiré par une «trahison sanguinaire».
    ANTOINE.—Amis, Romains, compatriotes, prêtez-moi l'oreille.—Je viens pour inhumer César, non pour le louer. Le mal que font les hommes vit après eux; le bien est souvent enterré avec leurs os. Qu'il en soit ainsi de César.—Le noble Brutus vous a dit que César était ambitieux: s'il l'était, ce fut une faute grave, et César en a été gravement puni.—Ici par la permission de Brutus et des autres (car Brutus*est un homme honorable: ils le sont tous, tous des hommes honorables), je viens pour parler aux funérailles de César. Il était mon ami, il fut fidèle et juste envers moi; mais Brutus dit qu'il était ambitieux, et Brutus est un homme honorable.—Il a ramené dans Rome une foule de captifs dont les rançons ont rempli les coffres publics: César en ceci parut-il ambitieux? Lorsque les pauvres ont gémi, César a pleuré: l'ambition devrait être formée d'une matière plus dure.—Cependant Brutus dit qu'il était ambitieux, et Brutus est un homme honorable.—Vous avez tous vu qu'aux Lupercales, trois fois je lui présentai une couronne de roi, et que trois fois il la refusa. Était-ce là de l'ambition?—Cependant Brutus dit qu'il était ambitieux, et sûrement Brutus est un homme honorable. Je ne parle point pour contredire ce que Brutus a dit, mais je suis ici pour dire ce que je sais.—Vous l'aimiez tous autrefois, et ce ne fut pas sans cause: quelle cause vous empêche donc de pleurer sur lui? O discernement, tu as fui chez les brutes grossières, et les hommes ont perdu leur raison!—Soyez indulgents pour moi; mon coeur est dans ce cercueil avec César: il faut que je m'arrête jusqu'à ce qu'il me soit revenu.

    [...]

    ANTOINE.—Hier encore la parole de César aurait pu résister à l'Univers: aujourd'hui le voilà étendu, et parmi les plus misérables, il n'en est pas un qui croie avoir à lui rendre quelque respect! O citoyens, si j'avais envie d'exciter vos coeurs et vos esprits à la révolte et à la fureur, je pourrais faire tort à Brutus, faire tort à Cassius*, qui, vous le savez tous, sont des hommes honorables. Je ne veux pas leur faire tort: j'aime mieux faire tort au mort, à moi-même, et à vous aussi, que de faire tort à des hommes si honorables.—Mais voici un parchemin scellé du sceau de César; je l'ai trouvé dans son cabinet. Si le peuple entendait seulement ce testament, que, pardonnez-le-moi, je n'ai pas dessein de vous lire, tous courraient baiser les blessures du corps de César, et tremper leurs mouchoirs dans son sang sacré; oui, je vous le dis, tous solliciteraient en souvenir de lui un de ses cheveux qu'à leur mort ils mentionneraient dans leurs testaments, le léguant à leur postérité comme un précieux héritage.

    [...]

    ANTOINE.—Si vous avez des larmes, préparez-vous à les répandre maintenant.—Vous connaissez tous ce manteau.—Je me souviens de la première fois où César le porta: c'était un soir d'été dans sa tente, le jour même qu'il vainquit les Nerviens.—Regardez; à cet endroit il a été traversé par le poignard de Cassius. Voyez quelle large déchirure y a faite le haineux Casca! C'est à travers celle-ci que le bien-aimé Brutus a poignardé César; et lorsqu'il retira son détestable fer, voyez jusqu'où le sang de César l'a suivi, se précipitant au dehors comme pour s'assurer si c'était bien Brutus qui frappait si cruellement; car Brutus, vous le savez, était un ange pour César. Jugez, ô vous, grands dieux, avec quelle tendresse César l'aimait: cette blessure fut pour lui la plus cruelle de toutes; car lorsque le noble César vit Brutus le poignarder, l'ingratitude, plus forte que les bras des traîtres, acheva de le vaincre: alors son coeur puissant se brisa, et de son manteau enveloppant son visage, au pied même de la statue de Pompée qui ruisselait de son sang, le grand César tomba.—Oh! quelle a été cette chute, mes concitoyens! Alors vous et moi, et chacun de nous, tombâmes avec lui, tandis que la trahison sanguinaire brandissait triomphante son glaive sur nos têtes.—Oh! maintenant vous pleurez; je le vois, vous sentez le pouvoir de la pitié. Ce sont de généreuses larmes. Bons coeurs, quoi, vous pleurez, en ne voyant encore que les plaies du manteau de notre César! Regardez-ici: le voici lui-même déchiré, comme vous le voyez, par des traîtres!
    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:-1-11-30

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