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    L'Encyclopédie sur la mort



    Sati

    La sati désigne une forme de deuil institutionnel, pratiqué par les veuves hindoues afin de rejoindre leur époux dans la mort. Traditionnellement, la sati est réservé à une élite, plus précisément aux castes de guerriers, qui occupent une position dominante. Au sein de cette élite, ce rite demeure exceptionnel. C’est une mort féconde dont le prestige rejaillit sur «le défunt, l’épouse et la famille du défunt. La question de savoir si l’épouse est consentante ou si elle succombe à des pressions est impossible à trancher. Il est probable qu’il y avait à chaque fois combinaison des deux facteurs. Il importe avant tout que tous les acteurs tirent de l’holocauste un surcroît considérable de prestige: le mari, qui bénéficie d’une marque aussi extraordinaire de fidélité; l’épouse, passée au rang de quasi-divinité; la famille, qui peut s’enorgueillir de l’honneur fait à son chef défunt, honneur perpétué par les dévotions populaires sur le lieu du sacrifice» (J. Baechler, Les suicides, p. 517).

    Étymologiquement, le mot est dérivé de la racine sanskrite as qui signifie «être» et dont le participe présent sat donne sati au féminin. Sat signifie «qui est», «qui existe» et, associé à la loi, reçoit un sens éthique: «qui devrait être» ou «qui est bien». La sati est l'épouse chaste et fidèle, la pativrata, qui s'immole sur le bûcher de son mari défunt. La pativrata (pati =mari, vrat=voeux), est «l'épouse dévouée à son mari» dont les devoirs sont décrits dans le Mahâbhârata:

    «Les devoirs de la femme sont créés par le rite des noces quand, en présence du feu nuptial, elle devient l'associée de son Seigneur pour l'accomplissement de tous actes justes. Elle doit être belle et douce, considérer son époux comme son dieu, et le servir dans la fortune et l'infortune, la santé et la maladie, obéissant même s'il lui commande des actions contraires à la justice ou des actes qui peuvent la conduire à sa propre destruction. Elle doit, levée tôt, servir les dieux, entretenir toujours la propreté dans sa maison, soigner le feu sacré domestique, ne pas manger avant que les besoins des dieux, des hôtes et des serviteurs soient satisfaits, dévouée à son père et à sa mère, et au père et à la mère de son époux. La dévotion à son Seigneur est l'honneur de la femme. C'est son ciel éternel.»

    Le rite de la sati peut prendre deux formes distinctes. La première Sahamarana (mourir ensemble) ou Sahagamana (aller avec) est l'immolation de la veuve avec le corps de son mari, tandis que la seconde, dite Anumarana (mourir après) ou Anugamana (aller après) désigne le sacrifice de la veuve effectué au lieu même des funérailles de son époux mais à une date ultérieure. Dans la religion hindou, la sati, qui s'immole sur le bûcher de son mari n'est pas une suicidée, mais un être sacré, tandis qu'une épouse qui s'empoisonne, se pend, se noie ou se défenestre est considérée comme une suicidée (
    Gaël de Graverol, Le rite de la Sati. La crémation des veuves en Inde, Mémoire rédigé en 1997; Edward Thompson, Suttee: a Historical and Philosophical Inquiry into the Hindu Rite of Widow Burning, London, Allen & Unwin, 1928; Catherine Weinberger-Thomas, Cendres d'Immortalité, la Crémation des Veuves en Inde, Paris, éditions du Seuil, Librairie du XXè siècle, 1996).

    Selon le missionnaire Jean Antoine Dubois (1765-1848), «Le suicide est-il particulier aux veuves hindoues et existe-t-il des pays libres de si détestables excès? Plus de personnes périssent en France et en Angleterre au cours d'un mois par le suicide ou le duel que pendant toute une année en Inde par la sati.» Il est d'avis que «la femme hindoue commet un suicide à partir de motifs religieux déplacés et du fait qu'elle considère ceci être son devoir conjugal de dévotion alors que les européens mettent fin à leur existence contre tout principe religieux, en violation ouverte des devoirs les plus sacrés envers Dieu et les hommes»( Jean-Antoine Dubois, Letters on the State of Christianity in India, New Delhi, 1977).

    En 1812, le Gouverneur Général émettra des directives aux officiers de police afin d'empêcher toutes les pressions exercées sur les femmes hindoues de la part de leurs proches, des Brahmanes ou d'autres personnes, visant à les inciter à s'immoler, de prévenir les usages criminels de drogues et de liqueurs pour l'accomplissement de ce rite, de s'assurer que la femme ait bien l'âge minimum requis par les lois hindoues pour être apte au sacrifice, de se renseigner sur une éventuelle grossesse de la femme et, dans ce cas d'en prévenir l'exécution. Cependant, la tradition a suivi son cours surtout dans le Nord de l'Inde. En 1987, la sati, libre et volontaire, de Roop Kanvar de la famille Rajput du Rajasthan a suscité un débat idéologique entre les traditionalistes et le mouvement féministe où l'opposition entre la rationalité du droit moderne et la sacralisation de la femme indienne a été âprement disputée.

    Aujourd'hui encore, à la mort de son époux, une femme n'a pas le droit de se remarier. Elle est considérée comme responsable de la mort de son mari, car elle n'a pas su retenir l'âme du défunt. Une veuve appartient à sa belle-famille, qui le condamne à l'isolement afin de ne pas induire les autres hommes à la tentation. Elle doit se terrer dans la maison, ôter ses bijoux, porter le blanc du deuil et faire pénitence. Certaines veuves s'enfuient vers les grandes villes, où elles disparaissent parfois. D'autres trouvent un refuge à Vrindavan, au sud de Delhi qui compte de nombreuses «maisons de veuves», dont les propriétaires leur offrent des oboles lorsqu'elles chantent, des heures durant, des prières à Krishna. Environ 5 000 femmes vivent là en permanence. La plupart viennent du Bengale et de l'Etat d'Orissa (nord-est de l'Inde). On les appellent les «veuves blanches» (Gyan Chaturvedi et Marc Epstein, «L'exil des veuves blanches», L'Express, 18 mars 1999)

    En ligne

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    Natalia Fernandez Diaz, «Les femmes et le suicide: une exploration depuis la périphérie discursive (I)
    < http://agora-2.org/thematiques/mort/edition.nsf/(idx)/x5645C0BB1BA432CB8525784400519E6B?OpenDocument >

    À voir

    «La cité des veuves», reportage de Céline Galipeau, Christine Chanpestre, réalisatrice, Radio-Canada, 2008.


    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-13
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